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La vérité si je mens (info # 011811/4)
Par Stéphane Juffa

Jeudi 18 novembre [12:24:00 UTC]

Talal Abou-Rahma
© Metula News Agency




Le caméraman de France 2, Talal Hassan Abou Rahma, le seul témoin de la chaîne française, pris par la Ména en flagrant délit de faux témoignage



L’interview accordée mardi 16 novembre dernier par Madame Arlette Chabot, la directrice de l’information de France 2, à notre confrère Michel Zerbib au micro de Radio J marquera certainement la réputation du service public de l’Etat français d’une note d’infamie. Je n’ai pas souvenir d’un journaliste responsable de média prenant spontanément l’initiative de rouler dans la gadoue l’institution qu’il représente, comme l’a fait Madame Chabot. Il s’est seulement agi d’une suite d’invectives, de contrevérités, d’insultes et de manipulations sur des canevas infantiles ; icelles persillées de la proclamation de grands principes sur la transparence des médias, des désirs de débat, de comparaisons factuelles, de recherche de la vérité, d’attitudes responsables, que la directrice de l’info corrompait au fur et à mesure qu’elle les énonçait.

En parallèle, les actes manqués de FR2 se multiplient : Un dépôt de plainte dont les avocats de la Ména n’ont toujours pas pu obtenir copie, treize jours après qu’elle aurait été déposée. Un communiqué de presse dont ils ont épargné la presse. Pas de mise en cause au fond, sur le fait que nous accusons, de la manière la plus frontale qui puisse être, la chaîne d’Etat d’avoir diffusé un reportage aux conséquences gravissimes pour la paix du monde, sur la base de deux faux témoignages indiscutables et d’avoir possédé la preuve matérielle de la fausseté desdits témoignages durant quatre longues années, en développant les pires stratagèmes afin de priver le public de la connaissance des faits. Pas de mise en cause au fond, donc, mais une plainte fugace contre une ligne du texte de l’invitation à ma conférence de presse du 5 novembre dernier. Cela suffit à Chabot pour claironner que France 2 a porté plainte contre la Ména, laissant croire aux mal informés et aux néo-maurrassiens que c’est à propos de l’affaire A-Dura qu’elle este, lorsque en fait, cela se rapporte au bristol d’une invitation…

Nous n’allons pas commenter les propos marécageux de Chabot car il y a des fosses à fumure dans lesquelles les journalistes qui se respectent ne vont pas faire trempette. Et puisque la directrice de l’info ne veut nous parler "que dans les prétoires", c’est là que nous la retrouverons. Aussi ! Avec cependant un gros bémol à la clef : France 2 refuse "de répondre à des gens qui montent des opérations de manipulation", nous pas. Du moins n’allons-nous pas hésiter à continuer d’informer à leur place, en publiant des faits vérifiables et, qu’à l’antithèse de nos détracteurs, nous tenons véritablement accessibles à tous les journalistes ainsi qu’à notre lectorat.

Cet après-midi, Arlette Chabot organise ce qu’elle appelle une conférence de presse. Elle y montrera un document récemment filmé par les faussaires Abou Rahma et Enderlin, après qu’ils aient été pris en flagrant délit de fausses déclarations, ce qui aurait valu leur mise à pied immédiate dans n’importe quelle institution respectable. Pas à France 2. A France 2 on a choisi la fuite en avant, le passage en force, feignant d’ignorer que, plus on gonfle un ballon, plus il fait de bruit lorsqu’il éclate. Le collaborateur de la Ména, Luc Rosenzweig, l’un des plus respectés parmi les journalistes français, enseignant la profession dans une grande école de journalisme, ex-rédacteur en chef du Monde, a été interdit de visionnage de ce nouveau bordereau secret. Comme lui, seront arbitrairement exclues de la projection privée de la chaîne un grand nombre de personnes ayant émis le vœu d’y participer, parmi celles qui pourraient poser les questions démontrant l’imposture. Serge Farnel fait partie des bannis de France 2. Farnel, c’est pourtant ce jeune ingénieur français, qui, soutenu déjà par 1'700 personnes, a saisi le Conseil d’Etat à propos de l’Affaire A-Dura.

En ce qui nous concerne, nous n’avons pas l’ambition de commenter un document qu’on nous interdit de voir. Nous sommes, certes, des spécialistes mais nous n’exerçons pas notre expertise en Corée du Nord ni en Iran. Il paraît que le nouveau film traiterait des blessures occasionnées par les soldats israéliens à Jamal A-Dura, le père, dans la comptine des parjures. Que les lecteurs de nos analyses et que nos confrères sachent cependant que nous détenons des dossiers détaillés sur chacune des cicatrices parsemant le corps de Jamal et que nous ne manquerons pas de remettre l’église au milieu du village, si d’aventure FR2 poursuivait dans sa campagne de manipulation des faits.

Un point de principe sur le fait d’envoyer deux mythomanes dévoilés filmer des cicatrices de blessures et de présenter cela comme une preuve à décharge : Ce matin, par le plus inattendu des hasards, la justice israélienne a décidé, en collaboration avec les Palestiniens, de procéder à l’exhumation et à l’autopsie de la petite Ayman al-Haëms, probablement victime d’un crime de la part d’un capitaine de l’armée israélienne. Trois médecins légistes, spécialistes en balistique lésionnelle, examineront le corps ; l’un sera israélien, le second palestinien et le troisième, jordanien. Ils pourront alors établir à coup sûr la sorte des projectiles utilisés, la date des blessures, l’origine des tirs etc. C’est exactement ce qu’il convient de faire avec les cicatrices de Jamal A-Dura et que la Ména a déjà suggéré à de maintes reprises. Le reste, c’est de la télé réalité, un ultime coup de poker de France 2 avant le grand plongeon et l’opprobre public. Et c’est encore nettement plus facile à réaliser sur une personne vivante que sur un cadavre.

Je ne veux non plus résister à la tentation de m’arrêter sur quelques événements factuels aptes à recadrer des affirmations choisies du discours de Madame Chabot au contact de la dure réalité des hommes :

Ainsi Arlette Chabot affirmait-elle mardi que "officiellement quand on interroge encore une fois les autorités israéliennes aujourd’hui, elles ont toujours un doute".

Quant aux autorités israéliennes voilà ce qu’elles ont dit, officiellement, lorsqu’une équipe de la Ména les a effectivement interrogées aujourd’hui devant ses caméras, soit pas plus tard que le 1er novembre dernier (1) :

"Mais ce que vous voyez dans ces rushes c’est très clairement que Talal Abou Rahma était en train de mettre en scène ces événements dans le but de manipuler les médias dans quelque intention qu’il avait en tête", déclare le représentant autorisé du gouvernement israélien.

J’attends, à ce propos et avec une curiosité non dissimulée, de voir si France 2 va sombrer totalement dans l’inconsistance ou si elle va mettre à exécution contre l’Etat d’Israël les menaces explicites qu’elle proférait dans sont communiqué intimidateur du 5 courant, à savoir : "En outre France 2 se réserve le droit de poursuivre toute personne mettant en cause l’intégrité professionnelle de journalistes de France 2 dans cette « affaire » en alléguant qu’ils se seraient prêtés à une « mise en scène »".

Autre affirmation péremptoire de la directrice de l’info, faite au micro de Michel Zerbib, à propos des tirs qui ont visé Mohamed A-Dura : "On ne peut pas dire à 100% que ce sont les israéliens, on ne peut pas dire à 100% que ce sont les palestiniens !"

Ca n’est en tout cas pas l’avis de l’un des principaux intéressés, j’ai cité le correspondant permanent de France 2 à Jérusalem, Charles Enderlin. Dans le document inédit qui suit, dessiné récemment de sa main (le 31 octobre 2003), il explicite sans hésitation ce qui s’est passé le 30 septembre 2000 au carrefour de Netzarim :



Le dessin de la main de Charles Enderlin


Abscond pour les non initiés, dites-vous ? Si, et c’est pour cela que les graphistes de la Ména ont fidèlement transposé le dessin d’Enderlin en en faisant le croquis légendé suivant :



Le croquis schématisé du dessein d’Enderlin


Sur la base de son dessin, Enderlin montre au Professeur américain Richard Landes que les Israéliens – les Israéliens, Madame Chabot, à 100%, Madame Chabot – tiraient depuis leur position (en bleu sur le croquis) en direction a) d’une petite cabane en parpaing b) sur Jamal A-Dura et l’enfant qui se cachaient derrière un baril en béton et c) sur le poste de la police palestinienne. Pendant de longues minutes (45, exactement) la jeep (en vert olive) a protégé les deux civils des balles de Tsahal.

Nous avons respecté sur notre croquis les dispositions mentionnées par le correspondant permanent de FR2 en Israël, y compris ses petites imprécisions tout à fait pardonnables. Dans la réalité, et comme on le verra sur le croquis suivant, proposé par le Centre Palestinien pour les Droits de l’Homme, le baril se trouve plus à droite, en face de la position Pita. Elle-même se trouve plus en bas, à la hauteur de la flèche. Cette rectification possède son importance, car une fois appliquée, elle corrobore précisément les conclusions balistiques de la commission d’enquête de l’armée israélienne, celles de l’expert de l’armée française, Monsieur Philippe Moreau ainsi que celles de la Ména.

Le dessein de Charles Enderlin est donc assez précis et il correspond en gros à la réalité… à un "détail" près mais qui vaut son pesant de coups de pieds au derrière : Pita n’était pas la position de l’armée israélienne mais une position palestinienne. L’unique position israélienne située sur le carrefour de Nétzarim se situait à l’emplacement appelé Magen 3 sur notre croquis et Israel Military Tower, sur celui du Centre Palestinien, soit à 90 mètres de là où Enderlin l’a positionnée.

Et cela, cette démonstration, est infiniment révélatrice et tragique. Elle n’est pas constitutive d’une preuve, dans notre affaire, en cela que l’ignorance ici dévoilée du reporter franco-israélien ne dit pas qui a tiré sur qui. Par contre, cette démonstration établit, à suffisance de preuve, que celui dont le commentaire, que dis-je, l’affirmation que les tirs assassins provenaient de la position israélienne, celle sur laquelle on a échafaudé la symbolique de l’Intifada, ne savait toujours pas du tout, trois ans après les événements, où se trouvait la position israélienne.

Le croquis du CPDH palestinien, ci-dessous, montre au reporter "fiable et crédible" de la chaîne publique française l’emplacement authentique de la position de Tsahal. La représentation de la position de Pita a été rajoutée par nos soins. Elle permet, entre autre, de matérialiser que si les Israéliens s’étaient trouvés à Pita et qu’ils avaient tiré depuis cette position sur Jamal A-Dura et l’enfant, ils auraient probablement abattu Talal Abou Rahma (carré rouge) que le CPDH place en plein dans la trajectoire des tirs.



Le croquis du Centre Palestinien pour les Droits de l’Homme


Autre document important, témoignant de la capacité de certains Palestiniens armés à tirer sur des compatriotes afin de fabriquer des films de propagande et des ambiances de guerre, la photo qui suit. Elle montre un groupe de civils palestiniens situés précisément au point marqué [1] sur le croquis du CPDH. Le bâtiment auquel ils sont adossés est un hangar dépassant de plus de dix mètres en hauteur la position israélienne. Dans ces conditions le groupe échappe à la vue des soldats hébreux et sont à l’abri absolu de leurs tirs. Pourtant cet arrêt sur image effectué par le physicien Nahum Shahaf sur des rushes tournés par un caméraman de Reuters montre (information aisément vérifiable auprès de Reuters), sans aucun trucage, une balle heurter les manifestants. La trajectoire de ce projectile ramène indubitablement à la position Pita. Tout comme l’unique projectile que l’on voit sur la mise en scène de France 2 et qui percute le mur, 60 centimètre au-dessus et à gauche de la tête de l’enfant..



Tirs palestiniens sur des civils palestiniens


Vous voyez, Madame Chabot, contrairement à ce que vous affirmez sans réfléchir, tout le monde, y compris votre correspondant permanent à Jérusalem, savent au moins, et à 100%, comme vous dites, d’où sont parties les balles du film. Comme vous le dites, il y a ceux qui présentent des faits et les "gens qui montent des opérations de manipulation". Les choses se gâtent, lorsque ces gens travaillent pour un grand média d’Etat, qu’ils participent à mettre le Moyen Orient à feu et à sang et que leur direction n’hésite pas à perdre son âme afin de couvrir leurs crimes. Et là, les choses se sont irrémédiablement gâtées, ayez la perspicacité de me croire, et la patience d’attendre qu’elles soient publiquement reconnues. Pas longtemps.


Note :

(1) Reportage filmé d’une quinzaine de minutes tourné le 1er novembre dernier par une équipe de la Ména auprès de M. Daniel Seaman, Directeur du Bureau Gouvernemental de Presse (GPO) et dûment accrédité à exposer le point de vue officiel d’Israël sur l’Affaire A-Dura. Ce document a été présenté dans son intégralité, le 5 novembre lors de ma conférence de presse à la Maison France-Israël.
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