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Fermer les yeux. Nous ? (info # 011509/4)
Par Stéphane Juffa

Mercredi 15 septembre [11:44:00 UTC]

sylvan
© Metula News Agency




Ilan Cohen, le choix de Sylvan Shalom




Certes, Yasser Arafat est l’une des personnalités politiques les plus corrompues parmi les leaders de ce bas monde. Il n’est que de lire les témoignages circonstanciés de Sami al-Soudi, jamais mis en doute par personne et même repris par des sites arabes et islamistes, pour s’en persuader. Certes, aussi, tous les régimes du globe, qu’ils soient d’ailleurs démocratiques ou totalitaires, subissent, à des degrés différents bien sûr, le fléau de la corruption. Mais ne parler que de la poutre qui se trouve dans l’œil du voisin, en omettant de mentionner ce qui se passe dans le nôtre, tiendrait d’un travail de propagande et pas d’information. Ca n’est assurément pas de cette manière que notre agence de presse conçoit sa mission, n’en déplaise à ceux que cela dérange.

A en juger par ce qui se passe ces temps dans les ministères israéliens, ça n’est pas à une paille volage, échappée fortuitement de quelque fenaison lointaine, que nous avons à faire. Ne pas parler de ce mal profond, qui mine l’homogénéité du peuple d’Israël, autant que sa confiance en ceux qui le dirigent, serait faire preuve d’irresponsabilité. D’autant plus qu’aucun problème n’a jamais été résolu du fait qu’on avait choisi de l’ignorer.

On rapporte dans la presse européenne beaucoup de sornettes relativement à l’œuvre du présent Premier ministre, Monsieur Ariel Sharon. Les mesures qu’il a prises, en construisant le mur de sécurité, par exemple, enlèvent l’assentiment de l’immense majorité des Israéliens ; certains, comme nous, lui reprochent d’avoir trop attendu et d’avoir perdu du temps sur le tracé du mur, en tentant de contenter trop d’opinions inconciliables. Mais tous, ici, savent reconnaître que, sans déroger aux règles élémentaires de la démocratie et en adoptant des tactiques sécuritaires économes en vies humaines, Sharon a réussi le tour de force de faire tomber le nombre des assassinats collectifs palestiniens de un et demi par semaine à quasiment zéro. Il a rendu aux Israéliens la possibilité de vivre sans avoir à compter leurs victimes de la terreur plusieurs fois par mois.

La politique est une chose assez simple, somme toute, et pour ce que je viens de vous dire, lors de n’importe quelle consultation électorale globale, Ariel Sharon est assuré de l’emporter haut la main. Les Israéliens sont sensibles au comptage de leur sang. Pour eux, et on devrait pouvoir les comprendre, ce succès à mâter le terrorisme l’emporte, hors mesures, sur toutes leurs autres préoccupations.

Le prix politique qu’ils paient contre le retour relatif de leur sécurité, toutefois, commence à être salé ; la machine de l’Etat, soumise à un parti composé principalement de cadres dévoyés, ne remplit plus son œuvre. Tandis que le budget de la santé consacré au remboursement des médicaments, qu’on appelle ici le "panier des médicaments", fond comme neige au soleil, vouant précisément des malades indigents traitables à une mort certaine, le ministre de la Santé, Dan Naveh, avait pris la décision de créer cinquante postes de "surveillants contre la cigarette dans les hôpitaux". Ce qui a fait écrire à Akiva Eldar dans Haaretz "qu’il fallait un esprit juif spécialement inventif afin de créer cinquante jobs pour les membres du Comité Central du Likoud en qualité d’inspecteurs de fumée dans les hôpitaux publics". Et le Professeur Barabash, directeur du complexe hospitalier Ichilov à Tel Aviv, complétait, assurant "que ses employés savaient parfaitement gérer tout seuls les contrevenants aux dispositions contre la fumée".

Autre ministre, autre cas de corruption pour cause de clientélisme. Le ministre de l’Environnement, Tzakhi Hanegbi, anciennement ministre de la Justice, vient être mis en examen et provisoirement destitué de ses fonctions pour nominations illégales d’employés (du Likoud) dans son ministère.

Le problème a traversé les considérations politiciennes, puisque, même le très sérieux Président de la Commission pour la Constitution, la Loi et la Justice à la Knesset, membre de l’aile conservatrice du Likoud, le député Michaël Eytan, a récemment affirmé que "sous certains aspects, le régime de Sharon au Likoud est pire que le régime de Ceausescu". Eytan de préciser : "que sous le règne du tyran roumain, il y avait au moins une façade de procédures ordonnées dans les prises de décisions du parti au pouvoir, alors qu’ici, tout est décidé dans la ferme des Sharon entre lui et son fils Omri" et le député de prédire "qu’un jour, les historiens auront des difficultés à croire que l’Etat d’Israël avait accepté des pratiques de ce genre".

Ce qui nous paraît le plus tragique, dans les révélation de Michaël Eytan, c’est ce qu’il dit de ce qui se passe au Comité Central du Likoud et qui rejoint notre propre observation : Il fait état de "mercenaires" et de "chefs de gangs" s’employant à former des clans parmi les membres dudit Comité.

L’un de ces chefs de bandes principal est, sans conteste, un certain Uzi Cohen, qui occupe accessoirement les fonctions d’adjoint au maire de Ra’anana. Dans les faits, inutile pour un membre du Likoud d’essayer de briguer n’importe quelle fonction aux mains du parti, s’il ne s’est pas préalablement arrangé avec Uzi Cohen. C’est ce même Cohen, à propos duquel le ministre de la Justice actuel ne mâche pas ses mots : "Il est répugnant. Le populisme à droite, spécialement au Comité Central du Likoud, met la démocratie en danger et met en danger le Likoud lui-même. Uzi Cohen est le pire exemple de ce phénomène" (in Jerusalem Post, livraison du 15 juillet).



Uzi Cohen. La tête de l’emploi ?


Mais d’autre part, lorsqu’on s’est arrangé avec Cohen, que l’on a payé le prix fort, en deniers du peuple ainsi qu’au détriment de l’efficacité de la gestion des tâches publiques, on peut nourrir les plus grandes ambitions. Il suffit de s’engager à employer des parasites suggérés par le macher [1] à des postes de hauts fonctionnaires. Et comme charité bien ordonnée commence par soi-même, Uzi Cohen a placé deux de ses frères à des postes pour lesquels ils ne sont assurément pas qualifiés. Le premier, Yoël, a été nommé par Dan Naveh au poste clé de chef du bureau du Ministre. Au moment où le système hospitalier israélien est menacé d’implosion, voilà une désignation qui promet des jours meilleurs.

Ce d’autant plus que pour engager Yoël Cohen, il a fallu déplacer l’ancien chef de cabinet, un fonctionnaire de carrière répondant au nom de David Laniado, qui sera transféré à "un poste de confiance au sein du bureau du directeur général". Et si ce poste n’existe pas, eh bien on le créera, pardi !

Quant au second, Ilan Cohen, il a été embauché par Sylvan Shalom au poste de Conseiller politique auprès du Ministre. Un coiffeur pour participer à formuler notre politique étrangère ? Ceci dit, bien que nous n’ayons strictement rien contre les coiffeurs. Précisons que le ministre des Affaires Etrangères avait le droit théorique de procéder à la nomination d’Ilan Cohen. Il lui suffisait d’inclure, par décision personnelle, ce personnage parmi les huit postes de confiance qu’il peut pourvoir à sa guise, sans devoir en référer à la Commission du Service Civil.

Le droit, peut-être, mais cela fournit à qui a les yeux en face des trous une solide explication quant à l’indigence insigne des performances de ce ministère, à la fonction ô combien nécessaire par temps de conflit.

Il faut préciser que le chef du clan Cohen est véritablement une brute, ne nourrissant aucun égard pour les institutions démocratique censées faire fonctionner son pays. Ainsi, le macher n’a-t-il pas hésité à fustiger publiquement Monsieur Shmouel Hollander, le Commissaire au Service Civil pour avoir, je cite "gonflé exagérément son rapport sur les nominations politiques".

Mais il y a pire encore. Ce système de clientélisme exacerbé a permis aux dévoués, frères d’Uzi Cohen, de faire entrer dans les ministères des adeptes de ses théories simplistes, incultes, populistes et fascisantes. Uzi Cohen est en effet l’un des seuls Israéliens qui soit partisan d’un "nettoyage ethnique massif" des non juifs de Palestine-Israël, qu’il considère comme la "solution finale" (il faut le dire, pour un juif !) du conflit israélo-palestinien. Ce stratège des pissotières allant jusqu’à préciser son idée : "Il faut donner aux Palestiniens vingt ans pour s’en aller volontairement et s’ils ne partent pas volontairement, il faudra élaborer des plans pour les expulser de force".

Bien, la pensée profonde qu’a fait entrer Sylvan Shalom aux Affaires Etrangères… Cela ajoute du lustre à notre blason… et de l’intelligence dans nos prises de décisions. Il paraîtrait, d’après ceux qui avaient invité le co-fondateur de la légende du meurtre de Mohamed A-Dura à les aider à formuler une meilleure image d’Israël, qu’Ilan Tsadik aurait eu tort de stigmatiser – dans son style fleuri mais ô combien lisible – ce ministre ? Il y en a donc pour s’accommoder de nous voir vivre dans un système dirigé par la corruption, le clientélisme, la médiocrité, le racisme et les Uzi Cohen ?

Pas nous. Nous traitons de choses riantes chaque fois que nous en trouvons et des choses nécessaires, à l’orée des "dix jours terribles" [1]. Ce qui ne me prive pas, au nom des rédacteurs de la Ména, où qu’ils se trouvent et quelles que soient leur origine et leur nationalité, ainsi que du personnel technique et administratif de l’agence, de souhaiter à tous nos lecteurs un Rosh ha-Shana de santé et de qualité. Puisse le bon sens, le goût de la justice et l’humanisme prévaloir. Partout.


Notes
[1] "Macher", du Yddish et de l’allemand "machen", faire. Un "Macher", dans l’hébreu moderne, est un arrangeur, une personne qui vit de ses bonnes combines, qu’il vend à ceux qui en ont besoin.

[2] Les Yamim norahim, les dix jours terribles, séparant Rosh ha-Shana de Yom Kippour, durant lesquels, les juifs passent en jugement pour l’année écoulée et se purifient de leurs actes. A la suite des Yamim norahim, à l’époque du Temple, le Grand Prêtre pénétrait dans le Saint des Saints et prononçait les lettres du Tétragramme. S’il était pur et que le peuple s’était purifié de ses pêchés, l’alliance était reconduite ; si ça n’était pas le cas, le Grand Prêtre était consumé vif.

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