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Vous avez dit ''voyou'', comme c'est voyou ! (info # 010109/3)
Par Stéphane Juffa

Lundi 01 septembre [17:49:00 UTC]

Menapress
© Metula News Agency

Il faut revenir sur les remarques faites par Gérard Araud à notre collègue du Yedioth Aharoronot Boaz Bismuth. Tout d'abord, pour étayer la plausibilité du témoignage du journaliste. Cela fait des années que nous suivons les reportages de Bismuth et nous n'y avons jamais décelé la moindre irrégularité, la plus petite dérive.

Ce matin, j'ai parlé au reporter franco-israélien alors qu'il venait d'atterrir au Maroc afin d'y suivre la visite du ministre des affaires étrangères Sylvan Shalom. Il m'a confirmé les propos tenus par Araud, en présence de deux autres membres de la diplomatie française. Pour le diplomate de carrière, Sharon est bel et bien un "voyou" et le peuple d'Israël est "paranoïaque".

Lorsque Boaz Bismuth lui a tendu sa carte de visite, Araud s'est écrié : "Vous n'allez pas publier ça !" et "si j'avais su que vous étiez journaliste, je ne me serais pas exprimé de la sorte". Mais au fond, et c'est là mon avis, point n'importe que les diplomates tricolores – on se souvient du little shitty country de Daniel Bernard - insultent Israël en privé ou en public, le mal est exactement le même.

Quant à jauger de la crédibilité de Bismuth, qu'on ne se trompe surtout pas de problème. Lorsqu'on est titularisé au Yedioth, correspondant à Paris et grande figure du journalisme israélien, on ne s'amuse pas à risquer sa carrière sur un coup d'esbroufe. L'éventualité d'un coup de pub à la Scoopy, dans le cas de Boaz, ne soutient pas la critique, aussi vaudrait-il mieux, pour la réputation déjà passablement écornée de la diplomatie française et pour Araud lui-même, ne pas s'aventurer à mettre en cause la crédibilité de notre confrère. Elle chuterait aussi sec de Charybde en Sylla.

Au Quai, on a annulé aujourd'hui les rendez-vous de Gérard Araud, pour cause d'une affaire urgente. Sur le Monde et à Libération, on limite l'écho de cette nouvelle bévue diplomatique anti-israélienne, on étouffe. Seul, le Figaro fait état de l'incident en détails.

Mais c'est largement insuffisant. A la Ména, on pense que d'autres questions s'imposent. L'une d'elle a trait à la réaction qu'adoptera le gouvernement israélien. Je vois mal le Président Katzav accepter les lettres de créances d'un ambassadeur qui se permet d'insulter le Premier ministre d'un pays au demeurant ami et certainement démocratique. Plus encore, le diagnostique collectif de paranoïa possède une connotation raciste certaine, lorsque dressé à l'endroit d'Israël dans sa totalité. Quelle arrogance de la part du Français, que de se prendre pour le médecin de notre peuple et de croire que la paranoïa serait une pathologie de groupe, qui nous atteindrait, parce que génétiquement transmissible.

Baste ! On ne veut pas de ce praticien granguignolesque, présomptueux et raciste. S'il repose le pied chez nous, on l'enverra aux nèfles.

J'ai écrit "repose", car Gérard Araud a déjà passé deux ans à l'ambassade de Tel-Aviv. C'était en 82-83, il y faisait ses classes de diplomate et les paranos que nous sommes l'avaient alors très bien reçu. Il commença comme second secrétaire d'ambassade et finit comme premier.

Ces confidences très mal placées vont d'ailleurs lui coûter cher. A cinquante ans, Araud allait recevoir son premier poste d'ambassadeur et c'était en Israël. Ce choix en étonnait plus d'un, car d'habitude, au Quai, on leur choisit une première délégation dans un pays moins chaud, moins central. Lui allait devenir ambassadeur par la grande porte. C'est que le bonhomme ne manque ni d'éducation – formelle s'entend – ni de titres. Enarque, diplômé de trois grandes écoles, Dr. Knock a fait partie du Centre d'Analyses et de Prévisions du ministère. Actuellement, il y est toujours le directeur des affaires stratégiques, de sécurité et du désarmement, position importante s'il en fut.

Ceci nous amenant à la considération suivante : Il règne assurément sur les bords de la Seine une atmosphère encourageant les agressions verbales contre l'Etat hébreu. Cette ambiance est conditionnée par les positions adoptées par De Villepin et par l'Elysée au sujet du conflit arabo-israélien. Une option durable qui soutient, par exemple, le retrait immédiat et sans conditions des territoires palestiniens par l'armée israélienne, la relaxe de tous les assassins arabes détenus en Israël et ayant participé à des crimes contre l'humanité et l'envoi d'une force internationale d'interposition. Un choix insensé de soutien de la stratégie du porte-avions d'Arafat qui, si elle était implémentée, et de l'aveu même des ministres du gouvernement palestinien, marquerait la pliure définitive de la Carte Routière ainsi que la multiplication immédiate des assassinats collectifs racistes par les édennistes palestiniens.

A cette politique boutefeu, aussi éminemment irresponsable qu'anti-israélienne, est venue s'ajouter la suggestion de Jacques Chirac, qui nous semble stratégiquement délirante, de passer sans attendre la réalisation de la première phase de la Road Map à la phase deux.

C'est dans cet environnement, où les gouvernants français se permettent tous les excès, sans tenir compte des exigences de la réalité, pourvu qu'ils s'affichent au détriment d'Israël et qu'ils rendent – en théorie car ils ne seront jamais appliqués – la situation sécuritaire de l'Etat hébreu intenable. En d'autres termes, le Quai et l'Elysée diffusent des solutions objectivement paranthésistes – pourquoi avoir peur des mots – qui sont reprises, dans le fond et dans la forme, par le porte-parole des Affaires Etrangères et qui font licence au personnel diplomatique – comment en irait-il différemment – de ressentir et d'exprimer impunément les idées les plus racistes et les plus injurieuses à l'égard d'Israël.

La situation entre les deux pays est celle d'une guerre sèche. Oui mais seulement de la part de la France, Israël étant exempte (et pas complètement consciente de l'effort parenthésiste qui sévit à Paris) de tout sentiment anti-français.

S'il fallait une preuve supplémentaire pour se persuader de la véracité des lignes précédentes, il suffira de remarquer que Daniel Bernard n'a subi aucun blâme suite à son commentaire scatologique au sujet d'Israël, qu'il a poursuivi sans encombres sa carrière diplomatique et qu'il en sera très vraisemblablement de même pour Gérard Araud. Au Quai d'Orsay, on ne punit malheureusement pas les égarements antisémites de ses diplomates, on les protège et on les plébiscite.

Reste que le voyou Sharon est interrogé par la justice israélienne pour les relations économiques douteuses qu'il a entretenues avec un certain milliardaire sud-africain et que, dans le même temps, l'assemblée nationale française a promulgué l'immunité des voyous tricolores qui seraient – par inadvertance - devenus présidents de la République. Et si c'était pour faire progresser la parenthèse, que Jacques Chirac recevait régulièrement le fantoche Hariri à Paris (qu'on nous propose une raison politique plausible à la densité de ces rencontres. Ah que mes confrères français, dans certains cas, ne sont pas curieux !) ? Que se passerait-il au Quai d'Orsay ? Je veux dire, que s'y passerait-il qui ne se passe pas aujourd'hui ?
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