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En ces temps troublés où la France glisse dangereusement vers un glauque mélange d’antisémitisme et d’anti-américanisme frénétique, il m’a paru utile de prendre de la distance et de regarder tout cela de plus loin. Je suis donc parti, comme je le fais souvent quand j’ai besoin d’air frais, vers l’Amérique, et plus exactement la Californie. Il m’a paru utile aussi d’avoir une conversation sur la situation en France et dans le monde avec David Horowitz. Celui-ci m’a reçu, longuement et amicalement chez lui, sur les hauteurs de Malibu.
David Horowitz n’est pas très connu en Europe ou en Israël. Aux Etats-Unis, c’est une célébrité, presque une légende. Voici trente cinq ans, il se situait à la gauche de la gauche et dirigeait un magazine marxiste depuis le campus de Berkeley. Il a bien connu, alors, les fondateurs de divers groupes violents, dont le Black Panther Party. Et puis, peu à peu ses yeux se sont ouverts. Il a enclenché une évolution mentale qui l’a conduit vers des positions qu’on appelle en Amérique “néo conservatrices”. Il a gardé de son séjour de ”l’autre côté” du spectre politique un art consommé de l’autodéfense verbale.
Parce qu’il a pensé autrefois comme ceux qui sont aujourd’hui ses adversaires, il connaît mieux que personne leurs arrières pensées et leurs façons d’utiliser le mensonge. Il fait preuve, qui plus est, d’un courage physique et moral rare, et n’hésite pas à aller porter la contradiction jusqu’au coeur même des citadelles du “politiquement correct”. Il a publié de nombreux livres, qui ont connu un succès mérité. L’un d’entre eux me semble être une arme de combat utile en France aujourd’hui, et c’est pourquoi je viens de le traduire. Comme c’est un petit livre, il sera aisément diffusable. Il circule aux Etats-Unis à des dizaines de milliers d’exemplaires. Son titre annonce la couleur: “Pourquoi Israël est la victime au Proche-Orient”. En quelques pages lapidaires et définitives, tout est dit, et seuls les pratiquants obstinés de la mauvaise foi peuvent faire semblant de ne pas s’en apercevoir.
Notre conversation porte d’abord sur la France. David me répond qu’à ses yeux, c’est un pays perdu. “La population vieillit. Les jeunes qui veulent réussir s’en vont. L’immigration musulmane grandit et ne s’intègre plus. L’économie s’essouffle. Vous allez connaître des lendemains qui déchantent”.
Sur la situation des juifs français ? - “Je crains que ce ne soit pas très brillant là non plus. Les musulmans installés en France sont souvent antisémites, et comme ils sont de plus en plus nombreux, il ne faut pas s’étonner de la démultiplication des violences antisémites. Cela ne devrait pas s’arranger”.
Peut-on compter sur les hommes politiques pour arranger la situation ? “Non, je ne pense pas. La gauche française glisse de l’antisionisme à une hostilité latente vis-à-vis des juifs, sauf, bien sûr, s’ils se désolidarisent d’Israël. L’extrême gauche voit dans l’islamisme un allié dans son combat contre l’Occident. L’extrême droite commence à penser qu’elle a quelque chose en commun avec les immigrés arabes: la haine des juifs !
La droite, pour sa part, a choisi depuis De Gaulle de mener une politique arabe, et son attitude ces dernières semaines et ces derniers mois vis-à-vis des Etats-Unis et vis-à-vis d’Israël montre que la politique arabe se poursuit plus que jamais”.
Que feriez-vous si vous étiez juif en France? - “Je partirais si je peux, ou alors, je m’achèterais un fusil. Cela risque de devenir utile bientôt”. Je résume à David, qui n’en a pas entendu parler, les thèses développées par Guy Sorman dans Les enfants de Rifaa, son dernier livre, concernant les juifs et Israël. “Cela pue l’antisémitisme”, me dit-il. Je lui dis que Guy Sorman est juif. “Eh bien, c’est un juif antisémite. Cela existe. Peut-être se prépare-t-il une place de dhimmi dans une France islamique. Il devrait se méfier. Les dhimmis ne sont pas toujours bien traités dans un pays islamique”.
Nous parlons d’Israël, bien sûr. “J’ai conscience qu’Israël se bat pour sa survie, et c’est pour cela que je me bats comme je le fais au côté des Israéliens. Israël est devenu, dans le monde arabe, le prétexte qui expliquerait l’échec lamentable de tous les pays de la région. L’antisionisme est devenu une haine pathologique, la haine pathologique la plus abjecte qu’ait connu l’humanité depuis le nazisme. Et ce qui est terrible est que nombre de ceux qui, en Occident, prétendent être les ennemis du nazisme d’hier, se comportent comme les alliés fervents du nazisme d’aujourd’hui. Car ils ne semblent pas le voir : Arafat est un nazi, Ben Laden aussi.
L’Europe a abandonné les juifs une première fois, au temps d’Adolf Hitler, elle les abandonne une seconde fois. Les Français sont particulièrement coupables : le régime de Vichy a fait du zèle en matière d’abandon des Juifs, à sa façon. le régime de Chirac fait du zèle aussi. S’il ne tenait qu’à la France et à l’Europe, Israël aurait déjà été rayé de la carte du monde. Heureusement, Israël peut compter sur les Etats-Unis”.
Le soutien des Etats-Unis envers Israël vous semble-t-il solide ? - “Très solide. De plus en plus solide au fil du temps. En dehors de l’extrême gauche haineuse et de quelques conservateurs isolés, tels Pat Buchanan, les Américains se sentent toujours davantage une communauté de destin avec Israël. Les Etats-Unis sont la seule puissance qui compte sur la planète aujourd’hui, mais les Américains se souviennent, qu’au temps des fondateurs, ceux qui venaient en Amérique fuyaient les famines et les persécutions. Ils comprennent les souffrances des juifs, et ils les comprennent d’autant mieux que les juifs sont nombreux aux Etats-Unis.
Mais les principaux soutiens d’Israël aux Etats-Unis, ce sont les non juifs, les chrétiens, les patriotes, ceux qui croient en les idéaux de l’Amérique. Pour eux, le peuple d’Israël est un peuple de défricheurs et de pionniers, comme les Américains autrefois. Pour eux, Israël est un îlot de démocratie au milieu d’un océan de sauvagerie, et il leur arrive de percevoir les Etats-Unis comme un îlot de démocratie au milieu d’un océan mondial de sauvagerie. En plus de cela, les Israéliens se tiennent debout et se battent, et c’est là un état d’esprit très américain. Tout cela s’est particulièrement accentué depuis le onze septembre. Les Américains sont confrontés au terrorisme, comme les Israéliens”. Vous ne partagez donc pas les craintes de ceux qui disent qu’Israël pourrait faire les frais des suites de la guerre en Irak? - “Non, pas du tout. George W. Bush est sans doute le Président le plus pro israélien que les Etats-Unis aient eu dans leur histoire. Il a évoqué la création d’un Etat palestinien, mais il a posé des conditions très strictes. Arafat doit sortir du jeu. Bush ne l’a jamais reçu et ne le recevra jamais. Bush est profondément chrétien et pour lui Arafat est un terroriste et un menteur. C’est irrémédiable. Ensuite, le terrorisme doit cesser complètement, et quand Bush dit cela, il ne parle pas d’une trêve, il parle d’un démantèlement total et complet de toute organisation susceptible de financer ou d’abriter le terrorisme.
C’est une condition non négociable. Enfin, Bush parle de la nécessité de traiter avec des dirigeants palestiniens présentables et démocratiques. Aux Palestiniens de montrer que cela peut exister. Si un Etat palestinien doit voir le jour, il reste beaucoup d’obstacles à franchir. L’Etat palestinien qui verrait le jour devrait, en supplément, ne pas posséder d’armée et serait sous étroite surveillance... Si un Etat palestinien devait voir le jour, ce serait en outre après le changement de régime en Irak, et après que le changement de régime en Irak ait donné tous ses effets”.
Quels effets ? - “Un changement de physionomie de toute la région. Le renversement de Saddam Hussein sera un signal clair pour tous les dictateurs de la région. Cela montrera aussi à tous ceux que cela tente ce qu’il en coûte de défier les Etats-Unis. Je pense qu’on peut s’attendre à beaucoup de changements. Le renversement de Saddam Hussein aura une puissance symbolique considérable. C’est pour cela que nous, Américains, le souhaitons.
C’est parce qu’ils ont déjà tout abandonné à l’islamisme et à sa cinquième colonne, que des pays comme la France font tout pour éviter que Saddam soit renversé”. Que pensez-vous de l’attitude de la France concernant cette question? - “Un seul mot: répugnant. Chirac parle de grands principes, alors que c’est un cynique sans scrupules. Chirac n’a rien à faire de la population irakienne. Il serait prêt à la destruction d’Israël si cela pouvait rapporter quelques contrats à la France. Ses manoeuvres mensongères à l’ONU, lui ont fait perdre toute décence et, ce qui est plus grave, ont retardé la guerre. Chirac a une lourde responsabilité. Quand des soldats de la coalition mourront à cause des vents de sable, à cause du réchauffement du climat ou parce que Saddam aura eu davantage de temps pour se préparer, c’est à la responsabilité de Chirac que je penserai. C’est pour cela que dès aujourd’hui je m’abstiens de consommer des produits français, et j’invite tous ceux qui aiment vraiment la paix et la liberté à faire la même chose”.