Je crains que les émeutes qui ont soulevé l’Iran ces derniers
jours, et qui se poursuivront peut-être, ne s’achèvent sans le moindre
changement de régime et dans la couleur gris béton du totalitarisme ordinaire.
Plus que jamais, les Iraniens qui aspirent à la liberté, en tous
cas, sont seuls. Ils n’ont aucun soutien de l’Europe, qui, même si des
encouragements se font entendre ici ou là, est impuissante, s’étant couchée
depuis longtemps devant le régime des mollahs.
Les Iraniens n’ont pas non plus à attendre quoi que ce soit de
l’administration Obama, qui a, depuis des semaines, comme l’ont souligné divers
analystes, dont Robert Kagan, choisi son camp, et qui a, par le biais du
discours de Barack Hussein au Caire, le 4 juin dernier, affirmé plus
explicitement que jamais ses positions.
Barack Hussein veut négocier avec les mollahs et Ahmadinejad. Si
Mousavi avait accédé au pouvoir, il l’aurait accepté comme interlocuteur, mais
Ahmadinejad lui convient très bien. Il sait, de toute façon, qu’Ahmadinejad et
Mousavi ne sont que deux visages d’une même dictature. Il sait que des millions
d’Iraniens aspirent à un changement de régime, et il sait aussi que lui, Barack
Hussein, est en faveur de la « stabilité », du « calme »,
même si ce calme doit se révéler être celui des cimetières.
Ce dont rêve Barack Hussein, c’est d’un Proche-Orient apaisé,
parsemé de dictateurs et d’islamistes peut-être, mais de dictateurs et
d’islamistes prêts à s’entendre avec les Etats-Unis. Si le prix de l’entente
est le sang de milliers d’Iraniens, Barack Hussein est prêt à le payer ;
si le prix est l’humiliation des Etats-Unis, Barack Hussein est prêt à le payer
aussi ; si le prix est une nucléarisation de l’Iran, Barack Hussein a déjà
déclaré, je l’ai dit, qu’il acceptait celle-ci. Si le prix doit être un
anéantissement d’Israël, Barack Hussein n’hésiterait guère, je le crains, à
condition que l’anéantissement se fasse par étapes, graduellement, par
étouffement et amputations successives, sans effusion de sang susceptible
d’effaroucher l’électorat juif américain.
Je pense, d’ailleurs, que c’est parce qu’Ahmadinejad et les
mollahs savent à qui ils ont affaire qu’ils se permettent la radicalisation et
la violence actuelles. Obama ne l’ignore pas, mais pense déjà à l’étape
suivante. Or l’étape suivante est, sur son agenda, la discussion avec un Iran
nucléaire et avec des régimes arabes inquiets de voir l’Iran doté du nucléaire.
Les composants de cette étape sont déjà en place. Et c’est parce
que les composants de cette étape sont déjà en place, que la radicalisation se
lit aussi dans le discours des dirigeants palestiniens, qui, ces derniers
jours, ne s’embarrassent guère de circonlocutions, pas plus d’ailleurs que des
dirigeants arabes « modérés » tel Hosni Moubarak.
Cette étape consistera à tenter d’installer Israël en position de
bouc émissaire, puis de victime expiatoire. Le premier mouvement vers cette
étape a consisté à incriminer Israël pour les « implantations » en
Judée-Samarie, et à comparer celles-ci à des colonies, et Israël à un Etat
colonial, voire à un Etat pratiquant l’esclavagisme ou l’apartheid.
Le message en filigrane est : ou bien Israël se retire de
tous les territoires « colonisés », ou bien Israël mérite d’être mis
au ban de l’humanité. Le second mouvement a consisté à expliquer que la
colonisation israélienne, si elle ne s’interrompait pas, serait responsable de
la nucléarisation de l’Iran.
Le message, là, est destiné au monde arabe et européen :
nous, Américains, avons fait ce que nous avons pu, vous déplorez la
nucléarisation de l’Iran ? Voyez le responsable, qui est Israël.
Le mouvement suivant, présent entre les lignes dans le discours
du 4 juin, est : nous, Américains, sommes en faveur d’une dénucléarisation
généralisée ; l’Iran s’est doté du nucléaire, mais il y a déjà une
puissance nucléaire dans la région, Israël.
Le message ? Si Israël se dénucléarise, diront de charmants
diplomates made in Obama nous obtiendrons un arrêt de la course au
nucléaire dans la région et une possibilité de voir l’Iran renoncer au
nucléaire militaire.
Le dernier mouvement consistera à placer les dirigeants
israéliens face à une offre que, comme on dit dans la mafia et autour d’Obama,
ils ne pourront pas refuser. Soit, dira Barack Hussein, Israël accepte le plan
de paix saoudien dans son intégralité, et y ajoute l’adhésion au traité de non
prolifération nucléaire, soit Israël perdra le soutien des Etats-Unis, qui se
rangeront sur la position unanime des Européens, du monde arabe, et, au delà,
du monde musulman tout entier.
Barack Hussein ne désespère pas d’avoir l’assentiment de la
communauté juive américaine pour parvenir à ses fins. Avoir parlé de la
naissance d’Israël comme d’un effet secondaire de la Shoah n’est, en ce
contexte, pas une « erreur de compréhension » de l’histoire de la
part d’Obama, comme on l’a dit ici ou là. Dans le monde arabe et musulman, et
de plus en plus en Europe, c’est ainsi qu’on présente Israël, et cela permet
d’identifier ceux qui parlent des racines du peuple juif sur sa terre au
Proche-Orient comme des « extrémistes », voire des
« fondamentalistes », donc des êtres détestables.
Binyamin Netanyahu a parfaitement conscience de ce qu’est la
stratégie d’Obama, et son discours du 14 juin a constitué une tentative
d’arrêter la machine infernale qui est en marche. Aux fins de faire un geste
d’apparence en direction d’Obama, il a admis la nécessité de deux Etats, donc
celle d’un Etat palestinien, avec son drapeau et son hymne.
Aux fins de désamorcer le geste et de montrer aussitôt qui ne
veut pas de la paix et d’un Etat paisible à côté d’Israël, Netanyahu a ajouté
que cet Etat devait être démilitarisé. Quel besoin d’une armée, si les Palestiniens
veulent vivre en paix avec des voisins prêts à accueillir favorablement l’Etat
palestinien nouveau né ? Autre condition posée par Netanyahu au futur
Etat de Palestine : ne pas passer d’accords avec des entités hostiles à Israël ;
mais quel besoin de passer des accords avec des Etats hostiles à Israël, si
l’Etat palestinien entend vivre en paix avec l’Etat hébreu ?
Bien entendu, et comme c’était prévisible, les dirigeants
palestiniens ont refusé la création d’un Etat ainsi défini, tout comme ils ont
refusé de reconnaître Israël en tant qu’Etat du peuple juif.
Netanyahu en a profité pour rétablir certaines vérités
historiques et pour rappeler le danger d’une nucléarisation de l’Iran.
En parlant, Netanyahu savait qu’il ne s’adressait pas uniquement
à sa nation, mais aussi au reste du monde, et, tout particulièrement, au peuple
américain. Obama l’a discerné. Consultant les sondages qui n’approuvent pas un
lâchage trop évident d’Israël, il a dû concéder que Netanyahu avait fait un «
pas dans la bonne direction ».
La partie n’est pas finie pour autant. Et Obama n’a pas
l’intention de la perdre et n’a, selon toute vraisemblance, pas renoncé à ses
objectifs. Si, comme je le crains, le régime des mollahs et Ahmadinejad
survivent, on peut s’attendre à ce que Barack Hussein reparte à l’assaut et
reprenne le cours de sa stratégie.
Pour l’heure, si les Iraniens qui aspirent à la liberté sont
seuls, Israël est seul aussi.
Les ministres des Affaires Etrangères et émissaires européens
n’ayant, à la différence d’Obama, pas à se préoccuper de leurs opinions
publiques, ont parlé de manière unanime. Sans reprendre les termes des
dirigeants palestiniens, ils ont clairement montré que l’Europe se rapprochait
du dar el islam, et qu’elle se plaçait, plus que jamais, dans une
perspective anti-israélienne. Le soutien des Etats-Unis à Israël se trouve sur
une corde raide qu’Obama aimerait voir se rompre.
Barack Hussein ne s’arrêtera que si quelqu’un ou quelque chose
l’arrête. Cela pourra être un changement de majorité aux élections de mi-mandat
de l’automne 2010. Et c’est un fait que nombre d’électeurs américains, tout en
trouvant Obama et son téléprompteur charismatiques, se montrent de plus en plus
sceptiques vis-à-vis des politiques proposées.
C’est un fait aussi que, d’ores et déjà, des membres éminents de
la communauté juive, qui avaient appelé à voter Obama, manifestent ce que l’on
appelle aux Etats-Unis, the buyer’s remorse, le remords de l’acheteur
qui découvre que la marchandise qu’il a acquise est frelatée.
Marty Peretz de "The New Republic" est de ceux-là. Il
s’inquiète et il est en colère. Le rabbin Morton Pomerantz, a même accusé
récemment Obama d’inciter à une remontée de l’antisémitisme dans le monde et
aux Etats-Unis, et de mettre Israël en péril. Des organisations chrétiennes,
telle Christians United for Israel se mobilisent. Tout ce qui peut être
fait pour que davantage d’yeux s’ouvrent aux Etats-Unis est en train de se
mettre en place.
En Europe, la question majeure que les amis d’Israël doivent se
poser dans les mois à venir n’est pas celle du risque de nucléarisation de
l’Iran, quand bien même c’est une question importante. Elle n’est pas celle de
la lutte contre la remontée de l’antisémitisme et contre la diabolisation
d’Israël en Europe, quand bien même c’est, là aussi, une question importante.
Elle est celle de savoir comment il est possible de faire prendre
conscience à un nombre plus important de gens du danger pour le monde incarné
par la politique suivie par Obama. Plus Obama sera délégitimé aux yeux des
opinions européennes, plus la lucidité à son sujet gagnera du terrain, plus le
scepticisme concernant l’administration la plus dangereuse de l’histoire des
Etats-Unis pourra prendre de l’ampleur. Il faut arrêter Obama, par tous les moyens
légitimes, le mettre hors d’état de nuire, ou tout faire pour qu’il nuise le
moins possible jusqu’au moment où il quittera un lieu où il n’aurait jamais dû
entrer.