Tout le monde est-il beau, tout le monde
est-il gentil ?
Les nominations auxquelles a procédé le président
Obama pour les postes de son cabinet sont superficiellement rassurantes :
Hillary Clinton n’est pas une extrémiste, quel que soit le mal que je pense
d’elle ; l’amiral Blair, qui hérite du poste de Directeur national du
renseignement, est un militaire carré et expérimenté, de même que le général
des Marines Jones, directeur du Conseil National de Sécurité ; le
secrétaire au Trésor ne paie pas ses impôts de bon gré, mais fait partie de la
même équipe qui a contribué au désastre financier actuel ; Obama a placé
un Républicain mou au Commerce et un autre aux Transports ; on sait peu de
choses de la nouvelle patronne de la Protection du Territoire (Homeland
Security) Jane Napolitano ; il a gardé Bob Gates à la Défense, ce qui
console un peu.
Il y a certes le cas de l’attorney general
Eric Holder (ministre de la Justice), qui traîne quelques énormes casseroles de
vénalité et de corruption politique, et le curieux choix du politicard
clintonien Leon Panetta à la tête de la CIA, alors qu’il n’a aucune expérience
du renseignement. Ces deux derniers sont sans doute des flancs-gardes.
Après le règne de dangereuses médiocrités adorées
par Bush, illustration avec Condoleezza Rice, ce n’est pas un désastre. Par
contre, Obama centralise très fortement le pouvoir à la Maison Blanche, en
coiffant chaque ministère d’un « conseil » aux pouvoirs étendus, qui
siège près du président, et dont les patrons sont chargés d’avoir la main haute
sur « leur » ministre, qu’ils marqueront « à la culotte »,
comme disent les footballeurs.
C’est ainsi que les pouvoirs du NSC sont très
fortement renforcés, au détriment des figures de proue. Il est probable,
le trait est amusant, qu’Obama dirige une « présidence impériale »,
au détriment des ministères traditionnellement pourvus d’une réelle autonomie,
mais aussi au dépens du Congrès : il faut s’attendre à de multiples
conflits.
Mais le gouvernement des Etats-Unis, à part les
figures de proue qui en sont le versant politicien et publicitaire, c’est
aussi, et largement, les 3 300 political appointees, les membres des
cabinets ministériels et les équipes de ministres-adjoints, sous-ministres et
sous-sous-ministres, qui font « tourner la baraque », et les
conseillers spéciaux du président. Nommés à la discrétion du président, quoique
certains doivent être approuvés par le Sénat, ils sont à proprement parler les
hommes du président.
C’est là que le bât blesse. Je n’en prendrais que
quelques exemples. Le conseiller spécial d’Obama pour les affaires
scientifiques et technologiques est John Holdren. Ce dernier est l’ami et
collaborateur de l’écologiste charlatan Paul Ehrlich, dont le livre, paru en
1968, – que Holdren recommandait chaudement comme « prescient » (prémonitoire.
Ndlr.) - affirmait que « la bataille pour nourrir l’espèce humaine est
perdue ». Et prévoyait que, « dans les années soixante-dix et
quatre-vingt, des centaines de millions d’hommes allaient mourir de
faim ».
Ehrlich proposait en conséquence de lancer un vaste
programme de stérilisation forcée, de mettre en quarantaine et d’abandonner les
pays trop surpeuplés. Est-ce là de ma part une inculpation par
association ? Que non ! A la demande d’Ehrlich, Holdren avait prédit,
en 1980, que cinq métaux, le chrome, le cuivre, le nickel, l’étain et le tungstène,
allaient se raréfier, et leur prix grimper sans limite, pas plus tard qu’en
1990.
En vérité, ils baissèrent de moitié… En 1971, il
annonçait que le pétrole aurait disparu de la planète « de notre
vivant ». Et voilà-t-y pas – que l’on me permette un léger sarcasme – que
le même Holdren, pas déconfit pour trois sous, est l’une des figures de proue
de l’idéologie de l’ « effet de serre » et du
« réchauffement global ». Il veut exterminer les industries qui
carburent au carbone, parce que c’est l’espèce humaine elle-même qui pollue
notre belle Nature. Voilà l’homme qui aura la haute main sur le programme
d’Obama en matière d’environnement.
Son partenaire sera le nouveau ministre de l’Energie,
le physicien Steven Chu. Sommes-nous rassérénés par sa qualité de savant ?
L’homme n’a pas peur des grands horizons : le changement climatique va
faire de la Californie un désert, en ruiner les villes, qui devront être
abandonnées.
Commentaire d’un sénateur Républicain :
« J’espère que M. Chu prendra note des données qui viennent du monde
réel ». Chu, qui n’est pas climatologiste, pas plus que Holdren, est un
fanatique de l’Apocalypse revêtant ses lubies d’un verni pseudo-scientifique.
Mais les ravages qu’ils sont susceptibles de causer sont énormes.
Deuxième exemple des seconds ou troisième couteaux
dangereux, Samantha Powers, qui dirigera le département du Moyen-Orient au
Conseil National de Sécurité aux pouvoirs renforcés. C’est cette universitaire qui
avait tout bonnement asséné que les Etats-Unis doivent couper les vivres à
Israel et au besoin l’envahir (« y envoyer des troupes nombreuses »)
pour imposer une « solution » au « massacre des
Palestiniens ». Et ce, avait-elle lourdement insisté, en dépit du vaste
pouvoir « d’un certain lobby dans les finances et les media » aux
Etats-Unis.
L’aile gauche des Protocoles des Sages de Sion
avait parlé. Cette idéologue de la vision ONGueuse du monde, baba cool ou bobo,
a épousé, sans réserve, le fantasme arabo-palestinien, et cultive une haine
sauvage et grossière d’Israel. Sur l’écran de son cinéma intérieur, elle voit
des ombres qu’elle va tâcher d’imposer à la réalité : mélange de niaiserie
et de vilénie.
N’est-elle pas contrebalancée par Mme
Clinton ? Il est certain que les conflits ne manqueront pas là aussi. Mais
c’est elle dont le bureau jouxtera celui d’Obama. Quand on entend ce dernier
demander complaisamment pardon au monde islamique pour les offenses commises
depuis vingt ou trente ans par l’Amérique – Oh ! mânes de l’Ayatollah
Khomeiny ! Oh ! mémoire des soldats américains tombés pour sauver les
musulmans bosniaques, albanais, irakiens, afghans !
Mais Obama n’a-t-il pas insisté pour mettre en
avant ses propres racines musulmanes (le simple fait d’en parler pendant la
campagne électorale vous valait les foudres du camp obamien et des media), se
faisant annoncer par le protocole sous son nom complet de Barack Hussein
Obama ?
Son premier coup de téléphone à l’étranger n’a pas
été adressé à l’allié anglais, australien, japonais, allemand – mais à
l’affligeant ectoplasme Mahmoud Abbas ; sa première interview, de même, à
une media étrangère, est allée à la chaîne de télévision al Arabiya,
plutôt connue pour ses apologies de la terreur djihadie.
On a déjà parlé de l’incroyable définition de
l’Amérique par Obama, comme « un pays de chrétiens, de musulmans, de
Juifs… » - c’est la recette du pâté d’alouette : un cheval, une
alouette – alors que l’unique tradition de l’Amérique, en matière d’Islam,
c’est la première intervention militaire extérieure de son histoire, contre les
pirates djihadis d’Alger, de 1801 à 1805 et en 1830.
Notons d’ailleurs que ce fut l’acte de naissance de
l’U.S. Navy, et que les nations européennes continuèrent de payer tribut
aux pirates jusqu’en 1830 ! Et qu’il y a un toupet étonnant à offrir cette
seconde place démographique, alors que la population musulmane de l’Amérique se
chiffre sans doute à un million et demi, sur trois cent millions, soit 0.5 pour
cent !
Tous les signaux émis vont dans le même sens :
on dit vouloir fermer Guantanamo, là où les djihadis se refont une santé avant
de repartir en guerre contre l’Amérique, ce qui est le cas d’un sur huit, au
moins, des prisonniers libérés.
On vous assure qu’on traitera les terroristes
capturés avec des gants de beurre frais pour ne pas les vexer ; on fait
des risettes aux bouchers de Téhéran et aux charcutiers de Damas ; on annonce
l’intention de diminuer de dix pour cent le budget de la défense…
Voilà pour l’extérieur. A l’intérieur, on imite le
New Deal de Roosevelt, on le parodie, sans s’aviser qu’il fut un retentissant
échec, avec un programme de relance de 800 milliards de dollars.
En énumérer les mesures, c’est faire concurrence au
« Dîner de têtes » de Jacques Prévert : il y a même des
subventions pour le raton-laveur. Pour l’essentiel, il s’agit de financements
de projets non-économiques, qui permettront aux élus Démocrates d’ « amener
du lard » dans leurs Etats et leurs circonscriptions sans relancer grand
chose.
Sur les 800 milliards de dollars du plan, il y en a
30 pour les ponts et chaussées, 40 pour développer l’infrastructure des
communications informatiques, et 20 de baisses de l’impôt sur les entreprises.
Voilà qui totalise 90 milliards sur 800, soit huit à neuf pour cent de dépenses
économiques.
Ce n’est pas tant qu’Obama fasse pire que
l’administration Bush expirante – mais on double la mise de l’endettement des
Etats-Unis. Pour que l’Etat finance tant de choses improductives, il faut
prendre les ressources quelque part : les prendre tout de suite – par
l’impôt ou par l’inflation – ou les extraire de l’avenir – par la dette.
Dans les deux cas, on évince le secteur privé et on
en fait un simple appendice de l’Etat. Le potentiel de reprise est compromis.
Le Bureau parlementaire du budget (CBO), organisme spécialisé du Congrès,
prévoit que le plan Obama infligera, à terme, une soustraction nette au PNB.
Comme l’Obama de campagne l’avait avoué dans un
moment de candeur : « Je veux étaler la richesse », en clair,
prendre à Pierre pour donner à Paul, en prélevant au passage la dîme du
fonctionnaire et celle de la corruption politique. Les Démocrates du Congrès et
les syndicalistes s’agitent également pour que les Etats-Unis partent en guerre
commerciale contre le reste du monde, l’Europe, la Chine, et qui sais-je
encore. Une grosse couche de protectionnisme pour résoudre la crise, répétons
donc les années trente !
Dans les affaires politiques, on assiste au
spectacle ébouriffant d’une gredinerie déchaînée. Ce n’est pas que les
Républicains aient donné le bon exemple : ils ont été sortis par
l’électorat en partie pour avoir pataugé sans vergogne dans les auges
fédérales, et été pris en flagrant délit. Mais que trois des choix ministériels
aient oublié de payer leurs impôts, voilà qui « ternit l’image »,
comme disent les communicants. Le dialogue entre les partis dont se gargarisait
Obama n’a pas résisté à un mois de pouvoir. On passe en force.
Cela dit, l’Obama, que je critique ici, a été élu par une majorité
(53 pour cent) d’électeurs, et a suscité beaucoup d’espoir et d’enthousiasme.
Sa conférence de presse du 10 février a été retransmise en direct par
d’innombrables chaînes de télévision, et suivie par une audience record de 50
millions de téléspectateurs : le sujet – le plan de sauvetage du système
financier – s’y prêtait.
Mais à l’évidence, quoique écornée par telle gaffe, tel scandale,
ou, en général, par la rencontre de l’illusion lyrique avec la dure réalité, la
confiance envers le chef de l’exécutif, et la demande de leadership qui va vers
lui, sont encore extrêmement importantes. Plus dure sera la chute…
Le plus inquiétant, c’est l’orientation générale,
la stratégie nationale d’Obama : pour la résumer, il s’agit d’européiser
l’Amérique dans ce qu’il y a de moins souhaitable. On transfère à l’Etat
fédéral de gigantesques sommes prises aux consommateurs et au privé ; la
proportion du Produit National Brut accaparée par l’Etat va monter en flèche.
On va recruter par millions de nouveaux
fonctionnaires ou para-fonctionnaires (hautement syndicalisables à gauche, et
qui devront leur emploi au Parti Démocrate). On va rediriger les fonds - c’est
à cela que sert le plan de relance – vers toutes sortes d’organisations
« charitables », de community organizers (lire :
agitateurs payés par l’Etat, comme Obama soi-même avant sa carrière politique),
etc.
On va, j’en ai touché mot, consacrer d’énormes
moyens au combat contre les moulins à vent, en l’espèce, le réchauffement
climatique : le fardeau qui pèse sur l’économie productive va être
aggravé, le ratio des productifs aux improductifs va augmenter.
L’Etat, les fonctionnaires, les subventions
étatiques, les organisations et associations paraétatiques : l’Amérique
d’Obama, tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, ressemblera de
plus à l’Europe. Le pouvoir n’ira pas aux Soviets, mais aux fonctionnaires et
aux experts, au détriment des élus.
Un pouvoir faible à l’extérieur, étatisateur et
centralisateur à l’intérieur, contre l’esprit même de l’expérience
américaine : j’y vois un désastre en gestation. Le début des courbes
logistiques est toujours lent ; l’accélération sera rapide. Obama
président me semble être un mélange inhabituel de charisme roublard, de
politicien habile à emballer le cynisme dans le flot de la parole, d’ego
surdimensionné et de puérilité idéologique. Le dernier cuisinier à avoir
appliqué la recette s’appelait Jimmy Carter.