Le 23 septembre dernier, Pierre Péan comparaissait à la barre de
la 17ème chambre correctionnelle du Palais de Justice de Paris,
suite à la plainte déposée, deux ans plus tôt, par l’association SOS Racisme.
Les charges contenues dans la plainte : diffamation raciale et incitation
à la discrimination raciale, ce, pour des écrits tirés de l’ouvrage de Péan Noires
fureurs, blancs menteurs [1] et jugés diffamatoires à l’encontre des
Tutsis.
Parmi les phrases extraites de l’ouvrage de Péan et produites
dans la plainte de SOS Racisme, certaines sont des citations d’autres
sources, que, selon les plaignants, l’auteur aurait reprises à son compte. Exemple :
« Dès leur plus tendre enfance, les jeunes Tutsis étaient initiés à la réserve,
au mensonge, à la violence et à la médisance », ainsi que cette autre citation,
qui considère la « race » des Tutsis comme étant « l’une des
plus menteuses qui soit sous le soleil ».
D’autres phrases incriminées sont directement issues de la plume
de Péan, telle « La culture du mensonge et de la dissimulation domine toutes
les autres chez les Tutsis, et, dans une moindre part, par imprégnation, chez
les Hutus ». Et encore : « (les associations de Tutsis) ont infiltré
les principales organisations internationales et d’aucuns parmi leurs membres
ont su garder de très belles femmes tutsies vers des lits appropriés. ».
Péan le sage
Il est 15 h. Pierre Péan s’avance à hauteur du micro, pose ses
deux mains sur la barre, et, d’un air grave, d’une voix faible, prend la
parole : « Je vis ma mise en examen pour incitation à la haine
raciale et diffamation raciale comme une flétrissure », avant d’ajouter :
« Si le droit pénal qualifie l'incitation à la haine raciale de délit,
alors moi je considère que c’est un crime. Car elle aboutit toujours à l'effusion
de sang ».
A peine l’auteur controversé vient-il de commencer à s’exprimer
publiquement, que déjà il admet avoir pleinement conscience de ce en quoi
l’incitation à la haine raciale entraînerait systématiquement la violence à
l’encontre de ceux qui en sont la cible. A-t-il seulement idée, à cet instant,
que l’engrenage haine-violence, qu’il vient d’inviter au débat,
constituera précisément l’un des nœuds de l’argumentation de la partie civile ?
Cette dernière ne va pas tarder, en effet, à l’occasion d’un
prochain témoignage, à lui rappeler que ce sont des propos identiques à
ceux qu’il s’approprie dans son ouvrage - quand il ne les écrit pas directement
de sa main - qui ont creusé le lit du génocide. Des propos qui ont, pour avoir
été soigneusement distillés à l’ensemble de la population du Rwanda, permis, en
1994, sur un simple appel de la radio génocidaire RTLM [2], la mise en chantier
de l’anéantissement d’un million de Tutsis sans défenses. Un
génocide « populaire » [3], le dernier du 20ème
siècle, commis par une population encadrée par des milices, et conditionnée par
des propos similaires à ceux qu’un tribunal correctionnel est, au cœur même de
la capitale française du 21ème siècle, amené à juger.
Péan la victime
Mais voilà le prévenu, enfilant maintenant l’habit de la victime,
aux fins d’attirer vers lui la compassion du tribunal : « Je suis »,
dit-il, « traîné dans la boue par les media. Dans le meilleur des cas, j'y
suis présenté comme un raciste, mais aussi comme un antisémite ou un révisionniste,
voire un négationniste ».
Péan a toujours prétendu « assumer » la qualification
de révisionniste afin d’affiner la recherche de la vérité historique. « Lorsque
l'Histoire est à ce point truquée », écrivit-il ainsi dans l’Express,
« la seule façon de reprendre le chemin de la vérité, c'est de la
réviser.
« Mon intention », poursuivit-il, « est bien de
procéder à une relecture des faits. Je ne nie pas ce qui s'est passé. Je ne
remets pas en question le génocide des Tutsis. Je le replace dans une histoire
dont j'explore la face cachée. »
C’est ainsi, en affirmant ne pas nier l’existence du génocide à
l’encontre des Tutsis, que Péan croit légitime de se plaindre, à la barre,
d’être indûment qualifié de négationniste, ce, notamment par Bernard Henri Lévy
dans le magazine Le Point. Or si Péan reconnaît effectivement
l’existence de ce génocide, c’est aussitôt pour lui greffer un autre massacre
de masse, illusoire celui-là, qu’auraient, selon lui, planifié les Tutsis à
l’encontre des Hutus.
Ainsi Péan tente-t-il de faire apparaître aux juges ce qu’il
qualifiera très souvent à la barre de « drame rwandais », procédant
d’un simple avatar de luttes interethniques ; suivant en cela le
sacro-saint principe selon lequel un génocide plus un génocide vaudrait une
lutte tribale. Ainsi entend-il indirectement nier le génocide subi par les
Tutsis, certes, sans le dire explicitement, mais en faisant en sorte que nous
le déduisions implicitement de ses propos.
Or ceux que Péan tint dans l’Express nous rappellent, avec
force, l’utilité du néologisme négationnisme, créé par l’historien Henry
Rousso il y a maintenant vingt ans. Ce, en ce qu’il permet de désigner,
sans ambiguïté, celui qui, tout en niant de façon malhonnête la réalité des
faits, entend, en reconnaissant l’existence du génocide, mériter en retour
d’être perçu comme pratiquant l’activité scientifique de révisionnisme historique dont il trahit pourtant
volontairement la règle.
Péan marque une pause avant d’indiquer ne pas avoir supporté
d’être qualifié ainsi, si bien que, deux mois après sa mise en examen, il
aurait, confesse-t-il, « fait une crise cardiaque ». Il précisera un
peu plus tard avoir eu « un coup au cœur quand Sopo (le président de SOS
Racisme) parlait d’escroquerie et Maingain de relent de pétainisme. »
Péan la cible
Le célèbre polémiste sait également se mettre en scène lorsqu’il
feint d’apparaître dans la ligne de visée de ce qu’il nous décrit être une
mécanique implacable, faite de courroies, de poulies et autres rouages, tendue
comme une arbalète vers l’unique objectif consistant à détruire l’œuvre de sa vie
: « Si vous devez suivre », déclare-t-il ainsi, « l’accusation
de SOS Racisme, qui émane d’Ibuka [Association des rescapés du
génocide] [4], elle-même courroie de transmission du régime dictatorial [5] de
Kigali, c’est toute ma vie, tous mes combats, tous mes engagements que vous
rayerez d’un trait. »
C’est sur ce coup de poker, en guise de stratégie de défense, que
Péan mise sur l’avenir immédiat, en annonçant faire tapis de son glorieux
passé.
Péan, cible autoproclamée d’une machination infernale, conseillerait
donc implicitement aux juges de ne pas, malgré eux, en constituer le dernier
rouage. Et s’ils ne sont pas en mesure d’apercevoir la manoeuvre, qu’ils
fassent alors confiance à l’enquêteur dont la renommée devrait suffire à les
convaincre de le suivre, lui et son aura, dans son propre délire.
Une notoriété qui fera bientôt dire à Dominique Sopo de Péan
qu’ « il n’est pas un farfelu » et que c’est précisément elle (sa
renommée) qui devrait le faire « s’interroger sur les conséquences de ses
écrits ».
Mais Péan n’en a cure, qui tente d’attirer les juges sur un
terrain de jeu qu’il déplie à leur attention. Jeu qui présuppose que
l’association des rescapés du génocide soit à la fois la courroie,
l’alternateur et toutes les autres pièces nécessaires au fonctionnement d’une
mécanique dictatoriale ; qui présuppose qu’un dictateur africain soit
parvenu à faire marcher au pas de l’oie les rescapés d’un génocide !
Quant à SOS Racisme, qui est également accusée par Péan d’être
à la solde de Kigali, son président fera remarquer que l’association antiraciste
qu’il dirige est systématiquement accusée d’être « à la solde des
Juifs » quand elle se porte partie civile dans une affaire
d’antisémitisme, avant de conclure que « faire de même ici est
particulièrement malvenu. »
Péan l’Africain
A l’instar de son éditeur, Péan entreprend désormais de parler de
Péan et, en particulier, de son « attachement à l’Afrique ». C’est,
affirme le journaliste, animé de ce qu’il considère avoir alors été un esprit
« tiers-mondiste », que, quelques mois après ses premiers engagements
pris à l’occasion de la guerre d’Algérie, il partit pour le continent africain,
en tant qu’attaché du cabinet du ministère des finances du Gabon.
Puis Péan précise que ce fut en Afrique qu’il rencontra sa femme,
que c’est au Burundi que vit aujourd’hui sa fille et ses trois enfants, que sa
femme a une filleule congolaise, que sa sœur a épousé un Camerounais et est
marraine d’une Congolaise.
Il n’est pas inutile de rappeler à notre confrère mis en examen que
personne ne lui a jamais reproché d’avoir écrit des Noirs qu’ils étaient des
menteurs, mais seulement des Tutsis.
Qu’à cela ne tienne. Péan l’époux, Péan le père, Péan
le grand-père, Péan le frère ainsi que Péan le beau-frère
prennent à partie, comme un seul homme, la formation du tribunal :
« En 2005, j’aurais donc envoyé par-dessus bord toutes mes convictions,
pété les plombs, pour tout d’un coup nourrir une haine inexpugnable à
l’encontre des Tutsis ? Cela n’a pas de sens », conclue-t-il avant de
préciser avoir … « de la compassion pour les Tutsis. ».
Le Tribunal est maintenant prévenu : il lui faudra compter
avec toute une smala composée d’une épouse, d’une fille, de petits-enfants,
d’un Camerounais, d’une Congolaise, d’une compassion pour les Tutsis menteurs,
sans oublier la liste des Védrine, des Debré, mais aussi des grands chefs
militaires, qui ne vont pas tarder à se suivre à la barre pour le soutenir et,
par la même occasion, se soutenir eux-mêmes.
Péan l’amortisseur
Précédant Péan à la barre, et aux fins de dresser de ce dernier
l’image d’un auteur courageux, le président des éditions Fayard, Claude
Durand, avait cru bon rappeler aux juges que son auteur avait, en 1994, écrit
un livre, Une jeunesse française [6],
consacré au passé douteux du président François Mitterrand alors en exercice. Pour
avoir notamment eu l’audace d’évoquer le passé vichyste de Mitterrand, on devrait, dans cette
dialectique, avoir du mal à saisir comment Péan aurait pu, quelques années plus
tard, truffer le livre Noires fureurs, Blancs menteurs, de contre-vérités
à caractère raciste, afin, cette fois, de laver l’honneur de l’ancien président
socialiste.
Si ce n’est que François Mitterrand avait reçu, en mars 1994, un
groupe d’auteurs projetant d’explorer son passé. Or ces derniers n’eurent droit
qu’à un seul rendez-vous avec le président en exercice, qui décida de ne pas
donner suite, leur préférant Pierre Péan. Un Péan qui eut tout loisir de
l’interviewer pour écrire Une jeunesse française.
La date de publication
d’Une jeunesse française, septembre 1994, allait coïncider avec celle
d’un livre écrit par trois auteurs bannis de l’Elysée, Emmanuel Faux, Thomas
Legrand, Gilles Perez, et consacré au même thème : La main droite de
Dieu (Éditions du Seuil, coll. L’épreuve des faits, sept 1994, 18,90 €).
La main droite de Dieu est un livre autrement plus
impertinent et révélateur que ne l’est celui de Péan.
Ce qui amène à se poser légitimement la question de savoir si la
fonction de Péan n’a pas alors été de parasiter les révélations relatives au
passé de Mitterrand dans La main droite de Dieu. Voire de circonscrire
la polémique vivace relative au passé vichyste de l’ancien président, en
allumant un contre-feu et en permettant à Mitterrand de gérer les questions
sensibles concernant son parcours.
Péan la courroie
L’auteur incriminé a également déclaré à la barre que ce sont les
« supporters de Kigali » qui auraient permis que soit mise en place
une mission d’information parlementaire en 1998. Péan rappelle à cet égard que
cette mission, présidée par Paul Quilès, « a conclu à des erreurs mais pas
à une participation de la France dans le génocide ». Il oublie toutefois
de préciser que son vice-président, Jean-Claude Lefort, refusa tout de même
d’en signer les conclusions.
C’est quand Péan constata que « Kigali et ses
supporters » n’avaient pas « été calmés » par la décision de la
mission parlementaire française d’absoudre la France officielle de toute
implication dans le génocide, et persistaient à l’en accuser, que son
« irritation » se serait transformée en « colère ».
C’est alors, à partir de mars 2004, après que le quotidien Le
Monde eut publié des passages importants de l’enquête Bruguière [7], que
Péan décida de commencer à investiguer. Et de confier
à cette occasion « avoir eu le privilège de recevoir les
confidences de François Mitterrand sur le drame rwandais. ».
« Privilégiant les écrits », Péan affirme s’être alors
procuré – second privilège présidentiel - « l’essentiel des documents (relatifs
à la période du génocide) à l’Elysée », des mains de l’ancien secrétaire
personnel de l’incontournable François Mitterrand, Hubert Védrine.
Des écrits parmi lesquels il aura eu tout loisir de sélectionner
ceux qui conviendront à bâtir la thèse de Noires fureurs, blancs menteurs.
[8]
S’il est absurde de considérer de l’association des rescapés du
génocide qu’elle serait la « courroie de transmission de Kigali », ça
ne l’est, en revanche, pas du tout de voir en Pierre Péan celle du pouvoir
mitterrandien.
Péan le sensible
Péan a expliqué à la barre que son intérêt pour le Rwanda prit
corps après son entretien du 1er juillet 1994 avec François
Mitterrand, alors sur le point de recevoir son homologue ougandais, Yoweri
Museveni.
Il prétend avoir vu, à cette occasion, dans les couloirs de
l’Elysée, « des responsables français de la politique africaine pleurer en
raison des attaques dirigées contre la France à l’occasion de l’opération Turquoise.
[9] ». Fut-ce là le même type de sanglots que ceux dont il va bientôt lui-même
irriguer la Cour ?
Sensiblerie réflective, lorsqu’on se rappelle qu’un témoin de la
partie civile avait démontré que son livre s’apparenterait, à certains
endroits, au Mein Kampf d’Adolphe Hitler ?
Si ce n’est que Kagamé n’eut pas, lui, l’indécence de se répandre
en larmes suite aux affronts que lui fit Pierre Péan, lorsqu’il le compara,
explicitement, cette fois, à Hitler. Sans prendre, en l’occurrence, la
précaution de se limiter à comparer leurs écrits – mais, au contraire, en
ajoutant d’autres glorieux personnages à la filiation prétendue du président
rwandais :
« Hitler ? Staline ? Pol Pot ? Non,
Kagamé », avait ainsi cru bon écrire Péan l’indigné, en page 20 de Noires
fureurs, blancs menteurs, avant, sur la même page, d’oser : « En somme,
un Führer qui serait devenu directeur de Yad Vashem, le musée de la
Shoah. »
Lorsqu’on sait que le musée de Jérusalem a invité une délégation
de l’association des rescapés d’Ibuka, - la courroie de transmission -,
la relecture des bonnes pages de l’ouvrage de Péan prend tout à coup un
goût cendré.
Celui qui a pris la liberté de comparer Kagamé à Adolf Hitler ne
se prive cependant pas de dénoncer à la barre toute « réduction
du drame rwandais à une confrontation entre le Mal et le Bien, les
Méchants et les Bons, les méchants Hutus et les bons Tutsis. ».
Péan n’est pas à une contradiction près. En suivant ses logiques
dérivées, on en viendrait rapidement à réduire le génocide rwandais à une
confrontation entre… les méchants Tutsis et les bons Hutus.
Le président du tribunal lui demandera d’ailleurs, un peu plus
tard, « s’il ne considère pas faire de même une généralisation abusive à
l’égard des Tutsis ». Non, rétorque Péan, dans la mesure où tous les
Rwandais s’accorderaient pour parler, dans l’intimité, de cette « culture
du mensonge ».
Pas vu pas pris ? Est-ce en important des ragots racistes de
chaumières africaines dans le livre d’un intellectuel proche du pouvoir
français qu’on les rend licites ? Est-ce un prétexte acceptable pour tenir
un discours raciste stigmatisant un million de morts et justifiant leur
massacre ? Un passe-droit juridique ? Quid d’appliquer le même principe
aux Juifs, que la vox populi décrit comme cupides, maîtres du monde, aimant à
se désaltérer du sang des nouveau-nés chrétiens et à maltraiter leurs
voisins ?
Le processus décrit par Péan pour sa défense est
anti-responsable. Le flux naturel du savoir et de la connaissance consistant,
pour les intellectuels, à persuader les attardés que les rumeurs ne sont pas le
reflet de la vérité et que le racisme n’est pas une thèse politique acceptable,
ni une conception du monde qui puisse jamais avoir sa place dans la conscience
des hommes.
Pierre Péan a tenté de persuader des juges parisiens du XXIème
siècle qu’on pouvait tout aussi bien renverser ce courant naturel. C’est
précisément ce qui lui est reproché lors de ce procès.
Notes :
[1] Editions Mille et une nuits, coll. Enquête, novembre
2005, 22€.
[2] Radio Télévision Libre des Mille collines autrement
appelée Radio machette.
[3] L’auteur de l’article s’inspire du titre d’un ouvrage
intitulé Rwanda, Un génocide populaire, de Jean-Paul Kimonyo (Rwanda,
Un génocide populaire, éd. Karthala, avril 2008, 29 €).
[4] Association des rescapés du génocide à l’encontre des Tutsis
du Rwanda. Ibuka signifie « Souviens-toi » en kinyarwanda. Un
peu plus tard, au cours de son audience, Péan s’en prendra directement à
l’ancien président d’Ibuka Rwanda, François Xavier Ngarambe, qu’il
considère être « la cheville ouvrière d’un complot dépassant les
frontières » ; à l’appui de sa thèse, les 217 personnes qui, en Belgique,
lui réclament chacune 10’000 euros, ce qui ne manquera pas de provoquer des
rires nourris dans la salle d’audience du Palais de justice.
[5] Péan va souvent, au cours de cette audience, qualifier le
pouvoir à Kigali de « dictature » ou de « régime de
terreur. » Il convient de rappeler, à ce sujet, que les récentes élections
législatives qui se sont déroulées, au Rwanda, l’ont été sous le contrôle de la
communauté internationale. Il convient également de rappeler qu’Hubert Védrine,
qui interviendra le lendemain comme témoin de la défense au côté de Péan, a, au
cours de son audition devant les parlementaires français en 1998, qualifié de
« légal » le pouvoir présidentiel du prédécesseur de Paul Kagamé,
Juvénal Habyarimana, ce, en dépit du fait que ce dernier avait accédé à ce pouvoir
à l’issue d’un coup d’Etat.
[6] Une Jeunesse française. François Mitterrand, 1934-1947,
édition Fayard, sept 1994, 26 €.
[7] Par le journaliste Stephen Smith, qui a déclaré, en son
temps, que ses sources provenaient des services secrets et qui fait également
partie des témoins de la défense.
[8] L’auteur de cet article a, en même temps que la revue Golias,
dévoilé un autre document que Péan n’a pas jugé, quant à lui, convenir à la
thèse qu’il entendait développer dans son livre.
Il s’agit d’un fax adressé à François Mitterrand, le 22 mai 1994,
un mois et demi donc après le début du génocide, dans lequel l’expéditeur,
Théodore Sindikubwabo, alors président du gouvernement génocidaire, lui
écrivait : « Le peuple rwandais Vous exprime ses sentiments pour le
soutien moral, diplomatique et matériel, que Vous lui avez assuré depuis 1990 jusqu'à
ce jour ». (Souligné par l’auteur de cet article).
[9] Opération menée à partir du 24 juin 1994 par la France au
Rwanda et mandatée par les Nations Unies. Officiellement humanitaire, elle eut,
en fait, pour objectif militaire de tenter de bloquer l’avancée des rebelles du
Front Patriotique Rwandais (à majorité tutsie et conduite par Paul
Kagamé). L’opération Turquoise servit également à exfiltrer les
génocidaires vers le Zaïre voisin (aujourd’hui République Démocratique du
Congo) aux fins de les réorganiser pour tenter de reconquérir le Rwanda.