L’étrange rapport du professeur
Walden

Afin de protéger la vie privée du prof. Raphaël Walden, nous avons
pris la liberté d’effacer son adresse et ses coordonnées téléphoniques, ce qui
n’affecte en rien notre enquête :
Je nourris une très sincère admiration pour l’être exceptionnel
qu’est Rafi Walden. Et il ne s’agit pas ici d’un compliment forcé, destiné à
équilibrer les remarques sévères que je m’apprête à écrire sur son rapport.
Ceux qui doutent de ma franchise peuvent s’en convaincre en prenant
connaissance de l’article Par le mensonge et la
manipulation que je lui avais consacré en mai dernier.
Je ne vais pas non plus discuter le bien-fondé médical du contenu
du rapport Walden. D’abord, parce que je ne suis pas médecin et que je craindrais
de me ridiculiser, ensuite, parce que les experts contactés par la Ména
sont déjà à pied d’œuvre, et que nous consacrerons prochainement une analyse
circonstanciée à ce sujet.
Au reste, je suis bien trop occupé avec tous les commentaires
tombant dans mon domaine d’analyste que ce rapport commande, pour me mêler de
ce que je ne connais pas.
Fait : le professeur Walden a rédigé, en date du 9
septembre 2008, soit presque huit ans jour pour jour après les faits, un rapport
médical sur le rapport médical des médecins de l’Hôpital Al-Hussein, daté
du 30 octobre 2000.
Ce n’est pas uniquement une initiative fort tardive, totalement
inaccoutumée, c’est également un procédé médical qui appelle des explications.
Le rapport initial était-il incomplet ? Ses rédacteurs jordaniens si
incompétents qu’il faille les reprendre, de Tel-Aviv, huit ans plus tard ?
Manquait-il, dans le rapport jordanien, des éléments médicaux indispensables
qu’il convenait d’ajouter ? Contenait-il des arguments erronés qu’il fallait
modifier ? Des données qu’il convenait d’ostraciser ?
Et quelle étrangeté, un spécialiste du sang qui corrige l’œuvre
d’experts des os dans une affaire de réduction de fractures. Rafi Walden, à
force d’avoir reçu des compliments mérités, s’est-il soudain pris pour le Dieu
d’Abraham, d’Isaac et de Jacob ?
Et dans tous ces cas, qu’elle mouche a donc piqué le
professeur ? Par qui a-t-il été mandaté, l’Hôpital Al-Hussein, Hippocrate
en personne, ou, beaucoup moins glorieusement, Charles Enderlin et France2,
méchamment ballotés dans les cordes, en manque d’argumentation présentable pour
défendre leur thèse corrompue ?
Une chose est claire, si le rapport jordanien avait fait
l’affaire d’Enderlin, on l’utiliserait tel quel, on ne lui aurait pas commandé
un palliatif.
Fait : le rapport jordanien n’est pas originellement
rédigé "en bon anglais", comme Walden en atteste par écrit. Il n’est
que de remonter de quelques pages dans cette analyse pour s’apercevoir qu’il
est en arabe.
Toutefois, si Rafi Walden, qui est un homme respectable, je le
répète, a cru que le texte anglais qu’on lui présentait était le rapport
original d’Al-Hussein, c’est que quelqu’un le lui a fait croire, c’est que ce
quelqu’un lui a dissimulé le rapport en arabe.
Fait : le rapport Walden ne porte aucune
mention du jour durant lequel Jamal "a été criblé de balles". Si la
substitution du rapport jordanien par celui du professeur israélien n’avait dû
servir qu’à dissimuler que l’original situe les événements de Nétzarim
le 29 septembre, la contribution de Walden se justifiait déjà pour Charles et
sa bande.
Fait : La liste des blessures subies par Jamal est
beaucoup plus fournie et détaillée chez Walden que sur le rapport jordanien. On
compte 11 blessures répertoriées dans le rapport de l’Israélien contre 5
seulement dans l’original.
D’où proviennent ces ajouts et ces compléments de diagnostic,
huit ans après les événements ? Walden a-t-il eu accès à d’autres sources,
d’autres rapports ; a-t-il eu l’occasion d’ausculter Jamal A-Dura, de
s’entretenir avec les médecins qui l’ont soigné à Amman ?
Non, si l’on en croit la déclaration liminaire du professeur, qui
affirme que son rapport "est basé sur le rapport médical de
l’hospitalisation à l’Hôpital Al-Hussein de la Cité médicale d’Amman le 1er
octobre 2000".
Non plus, si on se réfère au courrier adressé par Charles
Enderlin à Actualité juive : "ce document" – que le
journaliste de FR2 nomme, précipitamment à notre sens, "le dossier
médical jordanien" - "a été soumis au Professeur Raphaël Walden (…). Ci-joint
le rapport qu’il (Walden) nous a remis, en anglais, et que vous voudrez bien
reproduire".
Enderlin a envoyé ces documents en annexe à Actualité juive,
et "le dossier médical jordanien" est celui que nous reproduisons
dans cette analyse.
Tout porte donc à croire que Rafi Walden a extrapolé sur la base
d’informations et/ou de documents filmiques qui lui ont été présentés par
Enderlin. Le grand spécialiste de la chirurgie vasculaire aurait établi un
nouveau dossier médical, sur des éléments virtuels, en remplacement du travail
qui n’a pas été fourni par les médecins jordaniens, huit ans après l’admission
de Jamal dans l’hôpital jordanien.
C’est non seulement un exercice périlleux, c’est, de plus, un
exercice, disons-le, pas très limpide. Cela revient, pour Walden, à faire
croire qu’il cite une observation effectuée sur un patient de chair et d’os en
2000, alors qu’il a revisité les faits, sans patient, sans pouvoir observer
personnellement ses blessures, en 2008.
Fait troublant : d’après les sources médicales
palestiniennes, Jamal A-Dura aurait été blessé par 9 balles israéliennes à
haute vélocité. Une information qui pourrait être corroborée par la lecture du
rapport Walden. Lors, le 18 novembre 2004, quand mademoiselle Chabot convie une
partie de la presse à sa réunion d’information, précisément afin de lui
administrer les "preuves" de ce que Jamal a été touché par des balles
israéliennes, elle ne lui montre que des images des cicatrices de Jamal
occasionnées par les coups de haches ravageurs que le Gazaoui avait reçus en
1992.
Des cicatrices correspondant, au centimètre près, aux blessures
de 92 et aux soins prodigués à A-Dura par les chirurgiens David et Rachmanov, à
l’Hôpital Tel Hashomer de Tel-Aviv, en 1994 ; tous les relevés et
les soins figurant, comme de bien entendu, avec radios et illustrations, dans
le dossier médical israélien.
Hormis une blessure dont l’origine est incertaine et qui sera
discutée par les médecins que nous avons interpellés, Arlette Chabot n’a
présenté aucune cicatrice pouvant avoir été causée par l’une des neuf balles
des fusils israéliens, et répertoriées, au titre de blessures, dans le rapport
jordanien et celui du professeur Walden.
France2 aurait-elle voulu démontrer à la communauté
médicale que toutes les blessures de Jamal A-Dura ont été causées à la hache,
et qu’elles ont été relevées et soignées à Tel-Aviv, qu’elle ne s’en serait pas
prise autrement. Il est vrai que lorsque Talal Abou Rahma a filmé Jamal A-Dura
en caleçons, en 2004, il ne pouvait pas filmer sur son corps des cicatrices qui
ne s’y trouvaient pas.
Fait : En réclamant son droit de réponse à Actualité
juive, Charles Enderlin tente un coup d’esbroufe, en s’étendant sur les
mérites réels du professeur Walden plutôt que sur les circonstances dans
lesquelles il a rédigé son rapport.
Charles dit du professeur Raphaël Walden, de l’hôpital Tel
Hashomer, qu’il est spécialiste de la chirurgie vasculaire, ancien officier
supérieur et médecin personnel du Président de l’Etat d’Israël, Shimon Pérès.
C’est absolument exact, mais la liste de ses activités principales n’est pas exhaustive,
et elle est, de surcroît, de nature à fausser l’information du lecteur de ce
pli.
Car on ne peut pas évoquer Rafi Walden sans parler de son
activité au sein de l’ "Association des médecins en faveur des droits de
l’Homme". Non que je considère, de la moindre des façons, que
l’activité dans le comité de cette association ne soit pas respectable. Ce que
j’observe, en revanche, c’est que l’ "Association des médecins en faveur
des droits de l’Homme", du moins une bonne partie de ses membres, dont Walden,
est très engagée politiquement et judiciairement en Israël. Omettre la
participation militante de Rafi Walden dans l’énumération de ses activités peut
contribuer à tromper le public.
Un public qui est en droit de savoir que l’association à laquelle
participe le professeur Walden a participé à intenter pas moins de 213 procès
ces dernières années. Qu’elle a co-assigné presque toutes les instances et
personnalités civiles et militaires de ce pays, partant du ministre de la
Santé, au ministre du Travail, au ministre et au ministère de l’Intérieur,
passant par les généraux commandants du front Sud et du front Centre, et
jusqu’au gouvernement de l’Etat hébreu dans son entièreté.
Ceux qui pratiquent l’hébreu peuvent consulter le
détail de tous ces procès sur le site du ministère israélien de la Justice.
L’une des rares personnalités à n’avoir jamais été assignée par
Walden et ses amis est le président Shimon Pérès. Parce que le professeur est
son médecin attitré, comme le relate Enderlin, ou, peut-être, parce qu’il est
son gendre ? Rafi Walden ayant épousé Tsvia Walden-Pérès, la fille du
président et de son épouse Sonia. Tzvia Walden est, de plus, un docteur en
psycholinguistique au talent reconnu.
Ces manches de balais qui se
prennent pour des Winchester
Ce qui précède correspond à l’analyse préliminaire que la Ména
pouvait effectuer des rapports médicaux sortis par Enderlin de son chapeau
haut-de-forme.
L’un de nos amis médecins les a commentés ainsi : "le
rapport de Walden ressemble à un rapport d’admission aux soins intensifs et
celui des Jordaniens, à une lettre de sortie. Impossible de considérer que ces
deux rapports sont basés sur la même observation. Impossible d’accepter qu’un
professeur de médecine israélien établisse un rapport d’admission, sans avoir
vu le patient, ses blessures, huit ans après son admission.
De plus, il faudra que quelqu’un montre à Enderlin à quoi
ressemble un dossier médical, dans un hôpital moderne, pour un patient aussi
grièvement atteint et exhaustivement traité que Jamal. Prétendre de ces deux
documents qu’ils représentent le dossier médical de M. A-Dura est tout sauf
sérieux. A moins que ce soit le dossier qui ne soit pas sérieux".
A ce propos, notre correspondant à Amman nous a informé que certains
responsables du royaume étaient furieux à cause de ce qu’il leur avait montré
et expliqué, et qu’ils attendent de voir si Enderlin produira les rapports des
opérations subies par Jamal pour décider s’il y a lieu d’ouvrir une enquête judiciaire.
Le soupçon : des médecins palestiniens de l’Hôpital Al-Hussein pourraient
avoir roulé l’actuel monarque dans la farine et avoir exploité sa présence au
chevet de Jamal pour accréditer une mise en scène politique.
A Métula, on se félicite prudemment de ces réactions, on prépare
la suite, et on remercie le physicien Nahum Shahaf de nous avoir confié le
compte-rendu des mouvements de sorties à l’étranger de Jamal A-Dura. C’est
Shahaf qui a découvert l’incompatibilité entre le compte-rendu qui lui avait
été remis en 2000 par l’armée et le rapport Walden, au sujet de la date
d’arrivée de Jamal à l’hôpital d’Amman.
Question d’efficacité, nous sommes pour que les pompiers
éteignent les feux, que les boulangers préparent le pain et que ce soient les
astronautes qui marchent dans l’espace. Nous sommes persuadés qu’il ne suffit
pas de griffonner des idées personnelles sur un site Internet, de s’approprier
les enquêtes de la Ména, ou de voler ses documentaires pour devenir
journaliste d’investigation.
Le professionnalisme, dans la vie, évite déjà de passer son temps
à graviter entre l’euphorie exagérée et la dépression injustifiée. Aurait évité
à l’UPJF d’affirmer la
sottise suivante :
le "rapport du professeur
(israélien) Raphaël Walden, qui établit, sans contestation possible, que
les blessures de Jamal al-Dura sont authentiques et graves.
Pour l’instant, personne n’a encore
osé révoquer "publiquement" en doute son témoignage".
Je ne comprends pas le sens français de "révoquer
"publiquement" en doute son témoignage", mais s’il s’agit de
réfuter le rapport Walden, il semble que ce soit fait désormais. De plus, j’ai
beaucoup aimé le "sans contestation possible".
Temps pour ceux qui prétendent représenter les patrons et
les professionnels juifs de France de s’occuper de ce qu’ils maîtrisent ?
Je prédis aussi qu’on va voir les Karsenty-Landes fondre à
nouveau sur cette enquête de la Ména et faire comme s’ils venaient de la
terminer ?
Shlomo Malka, à l’antenne de RCJ, Elisabeth Lévy, sur France-Inter,
en parler en se gardant de dire que c’est nous qui l’avons menée et en
priant un invité que nous ne connaissons pas de défendre ce que nous avons
écrit ?
D’innombrables bloggeurs communautaires, plus besogneux que
réellement corrects, se partager les honneurs pour le travail que nous avons
fourni.
L’un des maux endémiques de la communauté institutionnelle et
médiatique juive française, c’est que moult de ses manches de balais se
prennent régulièrement pour des Winchester. Reste que les manches de balais ne
peuvent pas tirer.
A la Ména, nous n’avons aucune ambition à devenir des
héros, ni "les Croisés contre une grossière manipulation, distorsion, et
désinformation dans l’affaire al-Dura", le titre que nous a décerné, en
juin dernier, le Comité des Gouverneurs du B’nai B’rith mondial, l’une des
principales organisations israélites. Nous remercions le B’nai B’rith, mais
nous sentons indignes de cet honneur.
En revanche, nous entendons poursuivre notre travail
d’investigateurs et d’analystes, sans être sans arrêt importunés, plagiés et
pillés par des hordes de zozos paresseux, à la recherche de raccourcis sur le
chemin d’une gloire aussi éphémère que totalement superfétatoire.
Dans la Controverse de Nétzarim, il y a quelques journalistes qui
ont écrit d’excellents articles, et des centaines d’autres qui ont pondu des choses
indignes d’être publiées. Il y a des milliers de personnes qui croient
connaître l’affaire mais qui n’en maîtrisent qu’une fraction ; ce sont eux
les meilleurs alliés, à leur corps défendant, des antidreyfusards.
Puis il y a deux entités professionnelles sur lesquelles tout
repose : la Commission d’enquête de l’armée israélienne, et son chef Nahum
Shahaf, et la Metula News Agency. Les seules instances à avoir réalisé
des enquêtes sur la Controverse et à détenir toutes les preuves de l’imposture.
Gare aux avis de ceux qui parlent d’enquêtes qu’ils n’ont pas
conduites. Attention à ceux qui prennent leur opinion ou leurs vœux – qu’ils
soient dreyfusards ou antidreyfusards - pour la vérité, car mal
nommer les choses ajoute au malheur du monde. Camus savait de quoi il en
retournait.
FIN