Etrange
comportement de notre consoeur Reuters, ce vendredi matin, qui fait
état, dans plusieurs dépêches, d’un attentat survenu contre
un café du centre de Gaza, peu après minuit, en dissimulant aux
lecteurs tous les repères significatifs de l’évènement.
Le mobile
est pourtant simple : il s’agit d’un café tenu par des
chrétiens, et le doute sur la nature raciste de l’attentat n’est pas
permis, puisque c’est au moins la troisième fois, depuis la prise de
pouvoir des islamistes il y a un an, que ce commerce est attaqué de la
sorte.
Même
le porte-parole du Hamas, qui avait tenté, dans un premier temps, d’imputer
l’attaque au Fatah, a été contraint d’avouer ensuite que le
terroriste, qui est mort dans l’explosion prématurée de son
engin, était actif dans le milieu proche d’Al-Quaïda.
Quelques
minutes plus tard, une explosion beaucoup moins importante – la première
avait été entendue partout dans Gaza city – se produisait devant
la demeure d’un responsable de la Résistance Islamique, Marouane Abou
Rass, sans faire ni dégâts ni victimes.
La Ména
est en mesure de faire savoir à ses abonnés que la seconde
déflagration était un leurre, perpétré par les
islamistes eux-mêmes afin de créer la confusion et de dissimuler
la répression sans états d’âme qu’ils font subir aux 3 500
chrétiens restés à Gaza.
Car, outre
les agressions à répétitions contre le café en
question, les magasins chrétiens ont été jetés en pâture
aux meutes de fondamentalistes qui règnent en maîtres dans la
Bande.
En octobre
dernier, un chrétien de Gaza, qui résistait pacifiquement
à ces pogroms, avait été assassiné au couteau,
après avoir été maintes fois menacé de mort.
Désormais,
en vertu d’un nouveau décret d’imam, les chrétiennes vivant dans
le califat ont l’obligation de sortir voilées de la tête aux pieds,
au risque, pour les contrevenantes, de se voir molester en pleine rue :
cela devrait donner matière à réflexion aux Etats occidentaux
dans lesquels les musulmans fondamentalistes réclament le droit pour
leurs femmes de paraître voilées dans les écoles et les hôpitaux.
A Gaza,
lorsqu’ils exercent le pouvoir, les fondamentalistes font exploser les
écoles non-musulmanes et les mettent à sac. C’est ce qu’il
advint, par exemple, de l’école et du couvent tenus par les Sœurs du
Rosaire à Gaza, sitôt la réussite du putsch
intégriste.
Il est
à la fois préoccupant et révélateur d’un
état d’esprit que la dépêche
de Reuters ait fait l’impasse sur les raisons avérées
des incidents de la nuit dernière.
Et pendant ce temps, le Hamas fabrique des roquettes et intensifie la
contrebande d’armes et de munitions en provenance d’Egypte. Ce qui a fait
réagir le chef des services israéliens de contre-espionnage (le
Shin-Bet. Ndlr.) Yuval Diskin, lors de la remise d’un important rapport au
parlement israélien, mardi dernier.
Diskin, qui s’exprimait devant le Comité des Affaires
Etrangères et de la Défense, a informé les
députés israéliens que la Résistance Islamique
était passée à la fabrication, à Gaza, de Qassam
améliorés, possédant une portée de 19 km. De quoi
semer le terrorisme toujours plus loin dans les villes israéliennes.
D’autre part, toujours selon le chef du contre-espionnage hébreu,
les fondamentalistes au pouvoir dans la Bande ont réussi à faire
passer du Sinaï des roquettes et des mortiers fournis par l’Iran. Les
premières pouvant aisément frapper la ville d’Ashdod et les seconds
étant capable de générer des dégâts
conséquents jusqu’à 9 km du point de tir.
Diskin a ajouté, qu’en dépit d’une légère
amélioration, les autorités égyptiennes "acceptent le
fait que la contrebande d’armes se déroule à partir de leur
territoire".
Résumant la situation sécuritaire prévalant dans
la confrontation intégristes-armée israélienne, Diskin a
clairement établi que le cessez-le-feu en vigueur servait les
intérêts du Hamas et non ceux d’Israël. Il a émis,
à cette occasion, l’avertissement à caractère
stratégique répété depuis des mois par tous les
analystes de la Ména opérant au Proche-Orient : "en
acceptant les termes de la Tadyé (trêve), Israël a
sauvé la vie du Hamas".
En échange de l’inaction de leur armée contre les
positions et les leaders islamistes de Gaza, en échange de la
réouverture des points de ravitaillement, l’Etat hébreu a obtenu
une accalmie temporaire, que le chef du renseignement qualifie aussitôt d’
"essentiellement illusoire", affirmant que, dans les
prévisions de ses services, "les attaques à la roquette vont
reprendre à un moment ou un autre à l’avenir".
Le rapport présenté aux députés
israéliens réserve également des observations, qui me
semblent cardinales, relatives à la Cisjordanie. Ainsi, Diskin
établit que si l’IDF (Forces armées d’Israël. Ndlr.) n’avait
pas appréhendé les membres du parlement palestinien appartenant
au Hamas, ainsi que ses (ex) ministres, "l’OLP ne serait plus en charge de
l’Autorité Palestinienne en Cisjordanie".
Cette conclusion rejoint celle que j’ai moi-même plusieurs fois
exprimée dans ces colonnes, mais qu’il convient de lier à la
destruction de toutes les cellules terroristes du Hamas, de la Djihad Islamique
Palestinienne et des Tanzim en Cisjordanie, ainsi qu’à la construction
de la barrière de séparation. C’est une évidence : Mahmoud
Abbas, Salam Fayyad, Erekat et sa clique, ne doivent leur salut qu’à
Israël et à son armée, cela fait d’eux, en plus d’être
redevables à nos voisins de la conservation de leur pouvoir, des leaders
faiblards, sans colonnes vertébrales, presque des baudruches, face
à la motivation d’origine céleste des combattants et politiciens
islamistes.
Cela fait dire à M. Diskin, que l’ "Autorité
Palestinienne ne combattra pas le Hamas, car le Hamas est plus fort que le
Fatah".
Ce qui m’oblige à poser la question fatidique, pour un
Palestinien qui voit dans la création de son Etat un
élément prédominant du salut de son peuple : qui ira
déloger le Hamas de Gaza ?
Diskin prévoit une radicalisation supplémentaire des
nouveau maîtres de Gaza, qui, d’ores et déjà, refusent
toute idée de cohabitation avec l’Etat hébreu. Les faits tendent
à lui donner raison.
Diskin prophétise, sans avoir à forcer son talent, que si
un nouveau "cabinet d’experts" inter palestinien voyait le jour, cela
aiderait le Hamas à dévorer le Fatah.
Avec quoi riment alors les négociations – mêmes si elles
sont indéniablement les plus sérieuses à avoir jamais
été conduites – entre Abbas et Olmert ? Car tout le monde
sait parfaitement qu’aucun traité ne sera jamais signé entre
Jérusalem et les seuls Palestiniens de la Rive Occidentale du Jourdain.
Je n’endosse pas l’attitude des négociateurs, qui veut qu’on s’occupe
d’abord de résoudre les différends existants et qu’on voie
ensuite comment réaliser la nouvelle entente. A mon avis, cela
transforme ces négociations en simulation de négociations, ce,
tandis que la société palestinienne a besoin de résultats
tangibles à échéance visible, si on veut qu’il en reste
quelque chose. Et l’expérience historique a montré que c’étaient
les peuples en déshérence qui étaient le plus souvent
à l’origine des grands conflits.
Alors ? En cas d’avancée péremptoire des
négociations en cours, Israël ferait-elle le sale boulot de déhamassiser
Gaza ? Je n’y crois pas une seconde. Si j’entends bien Diskin, l’Etat
hébreu n’interviendra dans la Bande que si sa sécurité est
manifestement menacée par les fondamentalistes, et non pour aider l’OLP
à regagner son ascendance sur ce territoire. Ce, d’autant plus que les
leaders pleutres de Ramallah, qui doivent pourtant leur survie à Israël,
ne manqueraient pas de stigmatiser une action militaire de Jérusalem
à Gaza, ne se privant pas de la qualifier de génocide, comme cela
s’est déjà vu.
Une intervention internationale ? Européenne ?
Egyptienne ? Vous m’en voyez désolés, mais je n’y crois pas
du tout. Les observateurs ont eu tout le loisir de remarquer combien ces forts
en gueule préfèrent se contorsionner, quitte à adopter des
postures indéfendables – et même dangereuses pour leurs propres intérêts
– plutôt que se frotter militairement aux islamistes. Dans ce bas monde,
les encouragements sont gratuits et les aides financières ne coûtent
pas cher pour la Palestine, mais de là à engager des troupes dans
une guerre contre le Hamas, il existe une distance à parcourir qui est
plus grande que la largeur du Sahara.
A la Moukata de Ramallah, j’ai entendu des ministres me dire que si les
Juifs avaient préféré la Tadyé à la force
à Gaza, c’était, cyniquement, pour repousser la création d’un
Etat de Palestine aux Calendes grecques. Je leur ai répondu que "lorsque
les Juifs font mine d’attaquer, vous les traitez de génocidaires de
notre peuple, et lorsqu’ils acceptent la trêve, ce sont des cyniques".
Je leur ai dit que "les Juifs se mêlaient de ce qui leur importait, qu’ils
avaient bien raison et que c’était ainsi qu’agissent tous les peuples et
les gouvernements qui se respectent".
Le problème vient de l’état moral exécrable à
la direction de l’Autonomie et parmi ses forces de l’ordre. A force d’entendre,
depuis un an, qu’elles s’améliorent de jour en jour, nous devrions
déjà être une superpuissance militaire.
Revenons un instant sur terre : nous pouvons soit prier – surtout sans
intervenir dans leur processus de décision – pour que les
Israéliens comprennent leur intérêt stratégique
à chasser le Hamas, soit continuer à "négocier"
l’avenir de terres et de gens dont nous n’avons pas le contrôle, tout en
réalisant que les clés de notre avenir n’étaient pas entre
nos mains. Et si cette attente se révèle trop longue, nous nous
désintégrerons et il ne restera plus personne pour fonder l’Etat
de Palestine. Peut-être qu’un peuple qui attend sur ses ennemis pour
faire le ménage dans ses écuries n’est pas un véritable peuple,
et qu’il ne mérite pas de voir son drapeau flotter sur le parvis des
Nations Unies à New York.
Les choses qui doivent arriver surviennent. Des autres, personne n’a l’occasion
de parler.