Certes,
nous recevons des appels inquiets de nos correspondants à Beyrouth, nous
informant que le pays aux cèdres est en train de sombrer dans une guerre
civile totale, et que le Hezbollah contrôle désormais le Sud et
l’Ouest de la capitale libanaise. Il y a également le scandale financier
au centre duquel se débat le 1er ministre israélien,
Ehoud Olmert, qui retient notre attention, mais c’est à un reportage du
JT de France2 d’hier soir (jeudi) que notre rédaction a
décidé de consacrer l’article de ce jour.
La raison
de notre choix ? Ce qui s’y est dit est très grave. Cela
procède d’un travestissement inacceptable, non seulement de la
vérité, mais encore de l’œuvre et des initiatives
d’individus qui nous semblent en tous points remarquables, et que les
téléspectateurs français ont été invités
à prendre pour ce qu’ils ne sont pas.
Le sujet
du 60ème anniversaire de l’Etat d’Israël était
déjà mal parti dans le JT présenté par David
Pujadas. On y vit, l’espace de quelques secondes, des images de l’accident d’un
parachutiste sur la plage de Tel-Aviv. Ce malheureux homme volant, poussé
vers l’Est par des vents plus violents que prévus, a été
l’auteur d’un atterrissage dramatique sur la foule. Bilan : dix personnes
blessées, le parachutiste, qui est moyennement atteint, et trois
spectateurs qui se trouvent, ce vendredi, dans des conditions jugées
sérieuses par le personnel médical.
Or les
images de FR2 ont montré l’accident, mais Pujadas, qui
n’était visiblement pas au courant de ce qu’elles illustraient, a fait
un commentaire généraliste, parlant des festivités du Jour
de l’Indépendance.
Il s’agit,
plus que probablement, d’une erreur non intentionnelle, qui, néanmoins,
traduit la légèreté et l’indolence avec lesquelles les
sujets traitant d’Israël sont montés sur la chaîne publique
d’information tricolore.
Le sujet-Israël
s’est poursuivi avec un reportage de Charles Enderlin, consacré aux
soins apportés par l’admirable association israélienne des Médecins
pour les droits de l’Homme à des patients palestiniens,
situés dans des villages reculés et privés d’attention
médicale spécialisée.
Le choix
du sujet était certes digne d’intérêt, mais on ne peut pas
s’empêcher d’observer, qu’en ce jour où Israël fêtait
le 60ème anniversaire de son existence, il ne pouvait
symboliser à lui seul, ni l’expérience israélienne, ni les
réalisations de l’Etat hébreu, non plus que les sentiments et
pensées de 7.3 millions de personnes en train de célébrer
leur liberté.
Soixante
ans d’Israël, ce n’est pas que le différend avec les Palestiniens,
ni les problèmes de santé que ces derniers rencontrent. Enderlin
avait toutefois choisi de traiter, c’est une déviance que l’on retrouve
fréquemment chez lui, une réalité particulière du
pays dont il est citoyen. Une réalité qui demeure marginale, mais
qui donne prétexte à de nombreuses critiques de la
société et de l’establishment israéliens. Happy birthday
to you !
Encore
eût-t-il fallu qu’Enderlin parlât fidèlement des objectifs
et des réalisations de cette association de médecins, ce qui,
vous allez vous en rendre compte assez vite, fut loin d’être le cas. Médecins
pour les droits de l’Homme compte un millier de docteurs volontaires – un
chiffre en tous points considérable, qui n’a pas retenu l’attention de
l’imposteur de la Controverse de Nétzarim – qui passent
fréquemment leurs week-ends à prodiguer des consultations gratuites
au fin fond de la Cisjordanie.
Sur le
film de la chaîne publique française, on voit, initialement, le
docteur Rafi Walden administrer des soins à un Palestinien sur le bord
d’une route de campagne. On retrouve ensuite le Dr. Walden dans une maison du
village arabe de Bet Dajan, livré aux praticiens israéliens et
à des dizaines de patients faisant la queue dans l’attente de leurs attentions.
Le Dr.
Walden s’adresse aux malades en hébreu. On entend le début de
l’une de ses phrases, dont la fin est couverte par la traduction
française d’Enderlin. Le spécialiste israélien des
affections vasculaires dit, littéralement, d’après la
traduction : "Nous sommes venus exprimer notre solidarité avec
le peuple palestinien et son combat".
Son
combat ? Les Qassam sur Sdérot et les terroristes suicidaires
venant se faire exploser dans les restaurants et les bus des villes
israéliennes ? Cela ne correspondait en aucun cas avec la
description apologétique – et méritée ! - que
m’avaient fait de Rafi Walden certains de ses confrères que je fréquente
de longue date. Aussi, connaissant les manipulations de DVD que l’on peut
réaliser lors du montage d’un sujet, et sachant ce dont est capable l’inamovible
correspondant de FR2 à Jérusalem, je décidai
d’appeler ce matin le Dr. Walden à son domicile.
Il n’avait
pas eu l’occasion de visionner le JT de France2 ; je lui
répétai donc, mot pour mot, au téléphone, le
commentaire que Charles Enderlin lui avait prêté. "Je n’ai
pas pu dire une chose pareille", fut la réaction immédiate de
mon interlocuteur, "je suis un fervent patriote israélien,
très au fait des dangers sécuritaires posés par des
Palestiniens", poursuivit-il. "Il y a des raisons à cela, non
seulement j’ai fait mon service militaire dans les parachutistes, mais il
m’arrive fréquemment, à l’Hôpital Sheba de Tel Hashomer, de
soigner les blessés des attentats perpétrés par des
terroristes".
"Ce
que j’ai pu dire", continua Walden, "c’est qu’à Médecins
pour les droits de l’Homme nous luttons pour les droits des Palestiniens
à avoir accès aux soins". Pour éviter tout
malentendu, je répète lentement et distinctement la phrase qu’il
vient de me soumettre et le médecin approuve.
Les Médecins
pour les droits de l’Homme, outre les soins qu’ils prodiguent dans
les zones éloignées de l’Autorité Palestinienne, exercent
un travail de lobby louable sur les autorités militaires afin que les
Palestiniens nécessitant des soins urgents ou approfondis ne soient pas
empêchés de se rendre dans des hôpitaux israéliens.
Le Dr. Walden me cite le cas d’une Palestinienne âgée, qu’un jeune
soldat a refoulée à un barrage, à deux reprises, et qui
est décédée d’une crise cardiaque lorsqu’elle eut
réintégré son domicile. Mais le médecin, qui est
tout sauf naïf, me rapporte également des cas de terroristes,
porteurs de faux certificats médicaux, qui tentent de franchir les mêmes
barrages pour déposer leurs bombes à Tel-Aviv.
Rien de
tout cela n’existe dans le reportage d’Enderlin. Rafi Walden y soutient
"le combat du peuple palestinien" ; difficile, en tous cas de
défigurer à ce point la réputation et le patriotisme d’un
médecin israélien d’exception, honnête et
dévoué corps et âme à son art et à toutes les
personnes qui en ont besoin. Un docteur qui n’a pas hésité, voici
quelques semaines, à sauter dans le premier avion, à ses frais,
pour partir sauver la vie d’une jeune fille, hospitalisée en Espagne, et
qui n’était même pas israélienne.
Le
reportage de FR2 ne fait aucune mention des soins, à très
grande échelle, apportés à la population palestinienne par
tout le reste de l’institution médicale israélienne, y compris
militaire. A regarder le documentaire d’Enderlin, les
téléspectateurs français vont croire que l’action des Médecins
pour les droits de l’Homme est exceptionnelle et unique. A trois ou quatre
reprises, des figurants du film parlent de ces Israéliens-là,
différents des autres, qui ne sont pas forcément méchants (à
notre instar ?).
C’est le
cas d’un transplanté cardiaque palestinien, traité à
Tel-Aviv, qui déclare au micro de FR2 "Il y a des
Israéliens qui traitent humainement les Palestiniens (…) d’autres
veulent nous faire partir". Partir où, Ahmed Shahar ? Charles
Enderlin ?
La
vérité est fort différente de cette fiction
malhonnête : même en plein bombardement de Sdérot, et
au milieu des attaques islamistes visant sciemment à assassiner le plus
grand nombre de civils israéliens possible, chaque jour, les
médecins de Gaza transfèrent plusieurs cas graves à leurs
homologues israéliens.
Il y a
quelques jours, à Hébron, un médecin militaire de la 50ème
brigade a ausculté de la tête aux pieds un Palestinien qui venait
d’être appréhendé, et qui était
considéré comme une bombe humaine à retardement ;
l’un de ces Shahyds dont l’explosion en Israël était
programmée pour les jours suivants. Le "martyr" en puissance
se plaignait de douleurs abdominales. Il avait été vu par les
médecins de l’hôpital palestinien de la ville, qui n’avaient rien
décelé de particulier.
En fait,
la bombe humaine avait, quelques jours auparavant, été victime
d’un accident de la circulation. Le Dr. David conclut rapidement à une
rupture de la rate, un diagnostic médical qui s’accompagne d’une
hémorragie interne de plusieurs litres de sang et qui nécessite
une intervention chirurgicale, faute de quoi le patient décède.
Tsahal a immédiatement pris les dispositions pour que cet individu, qui
s’apprêtait à faire un carnage parmi nos civils, soit
transporté dans un hôpital, opéré et sauvé.
Des
dizaines de milliers de Palestiniens sont soignés chaque année
dans les centres médicaux de l’Etat hébreu. L’unité du Dr.
Walden à Sheba, en traite, ces jours, entre 60 et 80. Beaucoup
d’enfants, suivis pour des malformations congénitales, beaucoup de
patients en oncologie.
Entre 1980
et 2000, le chirurgien Yehuda David a ainsi opéré, dans le
même hôpital de Tel-Aviv, "des centaines de
Palestiniens". Dans le nombre, il pratiqua une greffe sur la personne de
Jamal A-Dura - une autre vieille connaissance de Charles Enderlin - en 1994,
pour lui rendre l’usage de sa main droite, sectionnée, en 1992, à
Gaza, à coups de hache donnés par des "activistes". Des
blessures ayant entraîné des cicatrices présentées
par France2, en 2004, lors d’une conférence de presse
exceptionnelle destinée à contrer nos arguments, comme les traces
laissées par des balles israéliennes.
Fin du
nouveau reportage frelaté de la chaîne d’Etat française, on
croit qu’on va pouvoir reprendre son souffle. Erreur grossière, espoir
déçu : Pujadas, en plein JT, édition principale,
présente, sans critique ni commentaire, la photo du dernier bouquin
d’Enderlin "Par le feu et par le sang" (Albin Michel
éditeur). Gros plan sur le livre sur toute la largeur de l’écran,
Pujadas et le studio lui cèdent leurs places.
Charles ne
pouvait rêver meilleure publicité pour un livre qui ressemble au
reportage d’hier : gros plan sur des organisations marginales
d’extrême droite, ayant participé au combat d’Israël pour son
indépendance. A croire que la Haganah et le Palmach, les constituants de
la première armée d’Israël, faisaient de la figuration…
Enderlin y rappelle même que certains leaders de groupuscules
ultranationalistes microscopiques avaient brièvement fricoté avec
l’Allemagne nazie.
Impossible
cependant de comparer ces quelques dizaines d’égarés avec les
millions de sympathisants du courant collaborationniste en France
occupée, avec le pétainisme, ce qui n’empêche pas Enderlin
de faire, dans son livre, des mouvements d’extrême droite des acteurs
centraux de l’accession d’Israël à l’indépendance. Cela
procède d’un rhabillage de l’histoire à la sauce
néosioniste. D’une tentative forcenée et partant écoeurante
de tirer un trait d’union entre les actes terroristes – moyens de
prédilection des Palestiniens islamistes – et ceux d’une petite
minorité des organisations sionistes combattantes, qui plus est,
rejetées sans équivoque par le main stream de la
révolution nationale juive.
Mais je
fais dans la critique littéraire, alors qu’il s’agit de publicité
gratuite, intentionnelle et dévoyée. Au Journal de 20 heures.
Et
à la Ména, nous ne nous y trompons guère : la
rédaction de France2, en faisant aussi grossièrement
l’article pour un livre d’Enderlin, a voulu signifier son mépris
à l’Etat d’Israël, qui, par la voix de son responsable national de
la presse, M. Daniel Seaman, a publiquement accusé
l’intéressé d’avoir mis en scène l’assassinat de Mohamed
A-Dura. De loin la plus grande faute que l’on puisse reprocher à un
journaliste.
Difficile
de ne pas voir, aussi, dans cette pub illicite, un bras d’honneur de la
chaîne à notre agence de presse, destiné à nous indiquer
qu’elle se sent assez forte et sûre d’elle-même pour déroger
aux principes de sa charte éthique et aux prescriptions du CSA. Et pour
nous dire qu’elle se moque bien de notre enquête aboutissant à la
culpabilité incontestable de Charles Enderlin dans la plus grande
imposture de l’histoire de la Télévision.
Nous
prenons bonne note, les assurant bien que ce n’est pas cette
démonstration militante de soutien à un fauteur de guerre qui
sauvera le coquin de la justice des hommes et du verdict de l’Histoire.
L’Histoire authentique, s’entend, cette fois-ci. Et que nous y veillerons avec
une persévérance infatigable, qui n’a d’égale que notre passion
de la justice et de la profession.
Ceci dit,
cette forme d’expansion provocatrice à l’antenne est corruptrice par
delà l’intention. FR2 feint d’ignorer que le comportement
professionnel du journaliste qu’elle plébiscite de façon si
voyante est à l’analyse à la Cour d’Appel de Paris. Un tribunal
qui a déjà pu se rendre compte que les images de l’assassinat de
Mohamed A-Dura, que FR2 déclarait détenir, n’existent pas,
de même que celles de l’agonie de l’enfant, que l’auteur de Par le feu
et par le sang a déclaré épargner au public, au
prétexte qu’elles étaient insupportables à regarder. Enderlin
avait inventé purement et simplement l’existence de ces images afin de
soutenir la crédibilité chancelante du reportage.
La
chaîne de Mademoiselle Chabot aura-t-elle voulu également avertir
le tribunal qu’on ne confond pas son faussaire national, quels que soient ses
torts, dans un prétoire d’Ile de France ? Au point où nous
en sommes, toutes les intimidations peuvent avoir cours.