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  Rédacteur en chef : Stéphane Juffawww.menapress.com
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Par le mensonge et la manipulation (info # 010905/8)
Par Stéphane Juffa

Vendredi 09 mai [19:22:00 UTC]

Charles Enderlin (Photo Menapress)
© Metula News Agency








Des dizaines de milliers de Palestiniens sont soignés chaque année dans les centres médicaux de l’Etat hébreu (en photo, Charles Enderlin)


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Certes, nous recevons des appels inquiets de nos correspondants à Beyrouth, nous informant que le pays aux cèdres est en train de sombrer dans une guerre civile totale, et que le Hezbollah contrôle désormais le Sud et l’Ouest de la capitale libanaise. Il y a également le scandale financier au centre duquel se débat le 1er ministre israélien, Ehoud Olmert, qui retient notre attention, mais c’est à un reportage du JT de France2 d’hier soir (jeudi) que notre rédaction a décidé de consacrer l’article de ce jour.

 

La raison de notre choix ? Ce qui s’y est dit est très grave. Cela procède d’un travestissement inacceptable, non seulement de la vérité, mais encore de l’œuvre et des initiatives d’individus qui nous semblent en tous points remarquables, et que les téléspectateurs français ont été invités à prendre pour ce qu’ils ne sont pas.

 

Le sujet du 60ème anniversaire de l’Etat d’Israël était déjà mal parti dans le JT présenté par David Pujadas. On y vit, l’espace de quelques secondes, des images de l’accident d’un parachutiste sur la plage de Tel-Aviv. Ce malheureux homme volant, poussé vers l’Est par des vents plus violents que prévus, a été l’auteur d’un atterrissage dramatique sur la foule. Bilan : dix personnes blessées, le parachutiste, qui est moyennement atteint, et trois spectateurs qui se trouvent, ce vendredi, dans des conditions jugées sérieuses par le personnel médical.

 

Or les images de FR2 ont montré l’accident, mais Pujadas, qui n’était visiblement pas au courant de ce qu’elles illustraient, a fait un commentaire généraliste, parlant des festivités du Jour de l’Indépendance.  

 

Il s’agit, plus que probablement, d’une erreur non intentionnelle, qui, néanmoins, traduit la légèreté et l’indolence avec lesquelles les sujets traitant d’Israël sont montés sur la chaîne publique d’information tricolore.

 

Le sujet-Israël s’est poursuivi avec un reportage de Charles Enderlin, consacré aux soins apportés par l’admirable association israélienne des Médecins pour les droits de l’Homme à des patients palestiniens, situés dans des villages reculés et privés d’attention médicale spécialisée.

 

Le choix du sujet était certes digne d’intérêt, mais on ne peut pas s’empêcher d’observer, qu’en ce jour où Israël fêtait le 60ème anniversaire de son existence, il ne pouvait symboliser à lui seul, ni l’expérience israélienne, ni les réalisations de l’Etat hébreu, non plus que les sentiments et pensées de 7.3 millions de personnes en train de célébrer leur liberté.

 

Soixante ans d’Israël, ce n’est pas que le différend avec les Palestiniens, ni les problèmes de santé que ces derniers rencontrent. Enderlin avait toutefois choisi de traiter, c’est une déviance que l’on retrouve fréquemment chez lui, une réalité particulière du pays dont il est citoyen. Une réalité qui demeure marginale, mais qui donne prétexte à de nombreuses critiques de la société et de l’establishment israéliens. Happy birthday to you !

 

Encore eût-t-il fallu qu’Enderlin parlât fidèlement des objectifs et des réalisations de cette association de médecins, ce qui, vous allez vous en rendre compte assez vite, fut loin d’être le cas. Médecins pour les droits de l’Homme compte un millier de docteurs volontaires – un chiffre en tous points considérable, qui n’a pas retenu l’attention de l’imposteur de la Controverse de Nétzarim – qui passent fréquemment leurs week-ends à prodiguer des consultations gratuites au fin fond de la Cisjordanie.

 

Sur le film de la chaîne publique française, on voit, initialement, le docteur Rafi Walden administrer des soins à un Palestinien sur le bord d’une route de campagne. On retrouve ensuite le Dr. Walden dans une maison du village arabe de Bet Dajan, livré aux praticiens israéliens et à des dizaines de patients faisant la queue dans l’attente de leurs attentions.

 

Le Dr. Walden s’adresse aux malades en hébreu. On entend le début de l’une de ses phrases, dont la fin est couverte par la traduction française d’Enderlin. Le spécialiste israélien des affections vasculaires dit, littéralement, d’après la traduction : "Nous sommes venus exprimer notre solidarité avec le peuple palestinien et son combat".

 

Son combat ? Les Qassam sur Sdérot et les terroristes suicidaires venant se faire exploser dans les restaurants et les bus des villes israéliennes ? Cela ne correspondait en aucun cas avec la description apologétique – et méritée ! - que m’avaient fait de Rafi Walden certains de ses confrères que je fréquente de longue date. Aussi, connaissant les manipulations de DVD que l’on peut réaliser lors du montage d’un sujet, et sachant ce dont est capable l’inamovible correspondant de FR2 à Jérusalem, je décidai d’appeler ce matin le Dr. Walden à son domicile.

 

Il n’avait pas eu l’occasion de visionner le JT de France2 ; je lui répétai donc, mot pour mot, au téléphone, le commentaire que Charles Enderlin lui avait prêté. "Je n’ai pas pu dire une chose pareille", fut la réaction immédiate de mon interlocuteur, "je suis un fervent patriote israélien, très au fait des dangers sécuritaires posés par des Palestiniens", poursuivit-il. "Il y a des raisons à cela, non seulement j’ai fait mon service militaire dans les parachutistes, mais il m’arrive fréquemment, à l’Hôpital Sheba de Tel Hashomer, de soigner les blessés des attentats perpétrés par des terroristes".

 

"Ce que j’ai pu dire", continua Walden, "c’est qu’à Médecins pour les droits de l’Homme nous luttons pour les droits des Palestiniens à avoir accès aux soins". Pour éviter tout malentendu, je répète lentement et distinctement la phrase qu’il vient de me soumettre et le médecin approuve.

 

Les Médecins pour les droits de l’Homme, outre les soins qu’ils prodiguent dans les zones éloignées de l’Autorité Palestinienne, exercent un travail de lobby louable sur les autorités militaires afin que les Palestiniens nécessitant des soins urgents ou approfondis ne soient pas empêchés de se rendre dans des hôpitaux israéliens. Le Dr. Walden me cite le cas d’une Palestinienne âgée, qu’un jeune soldat a refoulée à un barrage, à deux reprises, et qui est décédée d’une crise cardiaque lorsqu’elle eut réintégré son domicile. Mais le médecin, qui est tout sauf naïf, me rapporte également des cas de terroristes, porteurs de faux certificats médicaux, qui tentent de franchir les mêmes barrages pour déposer leurs bombes à Tel-Aviv.

 

Rien de tout cela n’existe dans le reportage d’Enderlin. Rafi Walden y soutient "le combat du peuple palestinien" ; difficile, en tous cas de défigurer à ce point la réputation et le patriotisme d’un médecin israélien d’exception, honnête et dévoué corps et âme à son art et à toutes les personnes qui en ont besoin. Un docteur qui n’a pas hésité, voici quelques semaines, à sauter dans le premier avion, à ses frais, pour partir sauver la vie d’une jeune fille, hospitalisée en Espagne, et qui n’était même pas israélienne.

 

Le reportage de FR2 ne fait aucune mention des soins, à très grande échelle, apportés à la population palestinienne par tout le reste de l’institution médicale israélienne, y compris militaire. A regarder le documentaire d’Enderlin, les téléspectateurs français vont croire que l’action des Médecins pour les droits de l’Homme est exceptionnelle et unique. A trois ou quatre reprises, des figurants du film parlent de ces Israéliens-là, différents des autres, qui ne sont pas forcément méchants  (à notre instar ?).

 

C’est le cas d’un transplanté cardiaque palestinien, traité à Tel-Aviv, qui déclare au micro de FR2 "Il y a des Israéliens qui traitent humainement les Palestiniens (…) d’autres veulent nous faire partir". Partir où, Ahmed Shahar ? Charles Enderlin ?

 

La vérité est fort différente de cette fiction malhonnête : même en plein bombardement de Sdérot, et au milieu des attaques islamistes visant sciemment à assassiner le plus grand nombre de civils israéliens possible, chaque jour, les médecins de Gaza transfèrent plusieurs cas graves à leurs homologues israéliens.

 

Il y a quelques jours, à Hébron, un médecin militaire de la 50ème brigade a ausculté de la tête aux pieds un Palestinien qui venait d’être appréhendé, et qui était considéré comme une bombe humaine à retardement ; l’un de ces Shahyds dont l’explosion en Israël était programmée pour les jours suivants. Le "martyr" en puissance se plaignait de douleurs abdominales. Il avait été vu par les médecins de l’hôpital palestinien de la ville, qui n’avaient rien décelé de particulier.

 

En fait, la bombe humaine avait, quelques jours auparavant, été victime d’un accident de la circulation. Le Dr. David conclut rapidement à une rupture de la rate, un diagnostic médical qui s’accompagne d’une hémorragie interne de plusieurs litres de sang et qui nécessite une intervention chirurgicale, faute de quoi le patient décède. Tsahal a immédiatement pris les dispositions pour que cet individu, qui s’apprêtait à faire un carnage parmi nos civils, soit transporté dans un hôpital, opéré et sauvé.

 

Des dizaines de milliers de Palestiniens sont soignés chaque année dans les centres médicaux de l’Etat hébreu. L’unité du Dr. Walden à Sheba, en traite, ces jours, entre 60 et 80. Beaucoup d’enfants, suivis pour des malformations congénitales, beaucoup de patients en oncologie.

 

Entre 1980 et 2000, le chirurgien Yehuda David a ainsi opéré, dans le même hôpital de Tel-Aviv, "des centaines de Palestiniens". Dans le nombre, il pratiqua une greffe sur la personne de Jamal A-Dura - une autre vieille connaissance de Charles Enderlin - en 1994, pour lui rendre l’usage de sa main droite, sectionnée, en 1992, à Gaza, à coups de hache donnés par des "activistes". Des blessures ayant entraîné des cicatrices présentées par France2, en 2004, lors d’une conférence de presse exceptionnelle destinée à contrer nos arguments, comme les traces laissées par des balles israéliennes.

 

Fin du nouveau reportage frelaté de la chaîne d’Etat française, on croit qu’on va pouvoir reprendre son souffle. Erreur grossière, espoir déçu : Pujadas, en plein JT, édition principale, présente, sans critique ni commentaire, la photo du dernier bouquin d’Enderlin "Par le feu et par le sang" (Albin Michel éditeur). Gros plan sur le livre sur toute la largeur de l’écran, Pujadas et le studio lui cèdent leurs places.

 

Charles ne pouvait rêver meilleure publicité pour un livre qui ressemble au reportage d’hier : gros plan sur des organisations marginales d’extrême droite, ayant participé au combat d’Israël pour son indépendance. A croire que la Haganah et le Palmach, les constituants de la première armée d’Israël, faisaient de la figuration… Enderlin y rappelle même que certains leaders de groupuscules ultranationalistes microscopiques avaient brièvement fricoté avec l’Allemagne nazie.

 

Impossible cependant de comparer ces quelques dizaines d’égarés avec les millions de sympathisants du courant collaborationniste en France occupée, avec le pétainisme, ce qui n’empêche pas Enderlin de faire, dans son livre, des mouvements d’extrême droite des acteurs centraux de l’accession d’Israël à l’indépendance. Cela procède d’un rhabillage de l’histoire à la sauce néosioniste. D’une tentative forcenée et partant écoeurante de tirer un trait d’union entre les actes terroristes – moyens de prédilection des Palestiniens islamistes – et ceux d’une petite minorité des organisations sionistes combattantes, qui plus est, rejetées sans équivoque par le main stream de la révolution nationale juive.

 

Mais je fais dans la critique littéraire, alors qu’il s’agit de publicité gratuite, intentionnelle et dévoyée. Au Journal de 20 heures.

 

Et à la Ména, nous ne nous y trompons guère : la rédaction de France2, en faisant aussi grossièrement l’article pour un livre d’Enderlin, a voulu signifier son mépris à l’Etat d’Israël, qui, par la voix de son responsable national de la presse, M. Daniel Seaman, a publiquement accusé l’intéressé d’avoir mis en scène l’assassinat de Mohamed A-Dura. De loin la plus grande faute que l’on puisse reprocher à un journaliste.

 

Difficile de ne pas voir, aussi, dans cette pub illicite, un bras d’honneur de la chaîne à notre agence de presse, destiné à nous indiquer qu’elle se sent assez forte et sûre d’elle-même pour déroger aux principes de sa charte éthique et aux prescriptions du CSA. Et pour nous dire qu’elle se moque bien de notre enquête aboutissant à la culpabilité incontestable de Charles Enderlin dans la plus grande imposture de l’histoire de la Télévision.

 

Nous prenons bonne note, les assurant bien que ce n’est pas cette démonstration militante de soutien à un fauteur de guerre qui sauvera le coquin de la justice des hommes et du verdict de l’Histoire. L’Histoire authentique, s’entend, cette fois-ci. Et que nous y veillerons avec une persévérance infatigable, qui n’a d’égale que notre passion de la justice et de la profession.

 

Ceci dit, cette forme d’expansion provocatrice à l’antenne est corruptrice par delà l’intention. FR2 feint d’ignorer que le comportement professionnel du journaliste qu’elle plébiscite de façon si voyante est à l’analyse à la Cour d’Appel de Paris. Un tribunal qui a déjà pu se rendre compte que les images de l’assassinat de Mohamed A-Dura, que FR2 déclarait détenir, n’existent pas, de même que celles de l’agonie de l’enfant, que l’auteur de Par le feu et par le sang a déclaré épargner au public, au prétexte qu’elles étaient insupportables à regarder. Enderlin avait inventé purement et simplement l’existence de ces images afin de soutenir la crédibilité chancelante du reportage.

 

La chaîne de Mademoiselle Chabot aura-t-elle voulu également avertir le tribunal qu’on ne confond pas son faussaire national, quels que soient ses torts, dans un prétoire d’Ile de France ? Au point où nous en sommes, toutes les intimidations peuvent avoir cours.

 

 

 

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