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Un ectoplasme nommé Egypte (info # 012512/7)
Par Sami El Soudi

Mardi 25 décembre [17:37:00 UTC]

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© Metula News Agency








Tant de fois ai-je entendu, de mes oreilles, Omar Suleiman (photo) pousser les dirigeants du Fatah à l’action contre les "terroristes" islamiques



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Le gouvernement israélien a transmis à l’Administration U.S des images, filmées depuis ses avions sans pilotes, sur lesquelles on distingue nettement des soldats égyptiens, occupés à aider les miliciens du Hamas à transporter du matériel de guerre par un tunnel de contrebande. Or, d’après les clauses du traité de paix entre le Caire et Jérusalem, l’Egypte est censée empêcher, au contraire, ce genre de trafic.

 

Ces films sont produits par les Israéliens un jour avant le déplacement de leur ministre de la Défense à Sharm-El-Cheikh, où il y rencontrera, entre autres, le président Moubarak. Ils surviennent également au moment où le Caire réclame un amendement au traité de paix, pour lui permettre d’envoyer d’avantage d’hommes aux confins de Gaza, afin, selon les Egyptiens, d’améliorer leur prise en charge de la frontière.

 

En réponse au film israélien, l’armée de Pharaon a fait connaître qu’elle avait acquis, à prix d’or, un système américain destiné à localiser l’emplacement des tunnels. Cet achat s’est fait avec l’argent de l’aide étasunienne attribuée à l’Egypte, dont l’une des conditions d’utilisation implique que ces fonds doivent être impérativement dépensés à se procurer des produits américains.

 

Il s’agit, sans doute, d’un geste de bonne volonté du Caire en direction de Washington, qui a déjà, durant l’année qui se termine, procédé à une baisse de son aide à l’Egypte, précisément pour sanctionner l’attitude de l’armée de Moubarak dans la région de Rafah. Les images fournies par le renseignement hébreu pourraient valoir une nouvelle tirée de bretelles au raïs, si ce n’est pas une réduction supplémentaire du soutien économique dont il bénéficie.

 

Ce, à moins, bien sûr, qu’Ehoud Barak, à son retour d’Egypte, puisse annoncer au président Bush un changement radical dans la gestion, par ses interlocuteurs de demain, du problème de la contrebande avec les islamistes de Gaza. C’est, plus que probablement, là qu’il faux chercher la vraie raison du choix du moment de l’envoi de ces images accablantes.

 

L’ambiguïté du rôle de l’armée égyptienne à la frontière pèse d’un poids stratégique sur tout ce qui se déroule entre le Hamas et Israël, mais aussi, ne l’oublions pas, entre le Hamas et le Fatah.

 

En ce qui concerne Israël, c’est on ne peut plus simple : si l’Egypte respectait ses engagements, les islamistes ne pourraient pas confectionner de Qassam. Ils ne les tireraient pas sur la ville de Sderot, le gouvernement israélien n’aurait pas imposé des sanctions économiques contre Gaza, et il n’en serait pas à envisager des options militaires pour assurer la sécurité de ses administrés.

 

De plus, Jérusalem pourrait se contenter d’accepter une trêve avec le Hamas, puisqu’une tahadiyeh ne pourrait pas, si la courte frontière entre Gaza et l’Egypte était hermétique, servir aux miliciens islamistes à se réarmer et à se réorganiser.

 

Politique-fiction ? Certes non, il s’agit uniquement d’expliquer les dégâts causés par le non-respect par le Caire de la chose signée. La situation stratégique, au regard des accords passés, devrait être fort différente de ce qu’elle est en raison du défaut égyptien.

 

J’ai écrit, dans des articles précédents, que Hosni Moubarak ne possédait pas l’autorité nécessaire afin d’obliger ses propres troupes à lui obéir. J’aimerais compléter ainsi cette proposition : si le raïs décidait que l’herméticité de cette frontière constituait une priorité absolue pour le maintien de son régime, il pourrait envoyer des contingents d’élite, capables de mettre fin à la contrebande. On est donc véritablement en présence d’une décision politique prise sur les bords limoneux du Nil.

 

Une décision qui ne traduit ni la cohérence, ni la rectitude du pouvoir égyptien. Moubarak montre ainsi qu’il n’a jamais souhaité le règlement du problème palestinien. Il est fréquemment intervenu, certes, par l’entremise de son chef du renseignement, Omar Suleiman, afin que l’Autorité Palestinienne ne finisse pas dans une implosion cataclysmique, mais il agit, on le voit aussi, pour que l’affrontement Hamas-Israël ne cesse pas, et pour que les milices islamistes ne disparaissent pas de l’échiquier moyen-oriental.

 

En fait, Moubarak apprécie de voir les Israéliens constamment affairés à contenir les attaques islamistes ; de ne pas voir s’instaurer une période de calme militaire entre tous les Palestiniens et l’Etat hébreu, qui serait propice à l’instauration de la discussion nécessaire sur ce que l’on nomme maintenant les questions du "foyer du conflit israélo-palestinien".

 

Moubarak poursuit, ce faisant, le dessein traditionnel de l’Egypte, de s’imposer comme la seule grande puissance arabe et régionale. Pour y parvenir, il a besoin d’un Israël faible, rapetissé à des dimensions lilliputiennes, cessant d’être la plus grande puissance du Moyen-Orient, pour devenir un confetti du genre de Hong-Kong ou de Singapour. Il a également besoin d’un conflit inter palestinien qui dure, car qui dit conflit inter arabe, dit nécessité de l’intervention de LA grande puissance arabe, pour y mettre fin.

 

Voilà pourquoi l’Egypte n’assure pas la sécurité de sa frontière avec Gaza. Cela lui vaut d’autres bénéfices annexes, tels que des commissions pour ses marchands de canons et ses entreprises de transport, le soutien du régime en place par le QG de l’islamisme sunnite, constitué dans l’université d’Al-Azhar du Caire, et contrôlant, cent fois plus que Ben Laden, les agissements, à l’échelle mondiale, de la nébuleuse terroriste connue en Occident sous le nom d’Al-Quaëda.

 

Evidemment, la perméabilité de la ligne Philadelphie ne vaut pas à Moubarak que des avantages, on l’a déjà vu, de par la colère qu’elle suscite sur les bord du Potomac. De plus, cette perméabilité est synonyme d’instabilité et d’activités terroristes dirigées contre le pays de l’embouchure du Nil et ses habitants : l’économie égyptienne paie ainsi un lourd tribut aux diverses attaques islamistes menées contre les touristes occidentaux fréquentant ses plages paradisiaques. Or Omar Suleiman sait parfaitement que ces assassinats ont été préparés depuis Gaza, avec des explosifs de contrebande, et qu’ils privent désormais l’Egypte de 20% de ses revenus bruts. C’est énorme.

 

La politique de Caire ne brille pas non plus par sa cohérence, je l’écrivais il y a quelques instants. Pour la comprendre, il faut connaître un peu le pays des pyramides, savoir que, si l’Egyptien moyen est probablement l’un des êtres le plus souriant, serviable et pacifique de la planète, l’oligarchie au pouvoir depuis la révolution est mue uniquement par la sauvegarde de ses privilèges, par le mépris et même la haine de tous ceux qui n’en font pas partie. Elle haït Israël et les Juifs, bien sûr ; il n’y a qu’à consulter, n’importe quel jour de la semaine, les caricatures d’inspiration nazie, faisant florès dans la presse cairote – il n’existe pas de presse libre en Egypte – pour s’en assurer.

 

Elle haït la minorité chrétienne copte, dont les droits rétrécissent comme une peau de chagrin. Les voisins soudanais réfugiés sur son sol, sur lesquels la police de Moubarak fait volontiers et impunément des cartons chaque fois qu’une occasion se présente. Les homosexuels, qui croupissent, sans faute, par milliers dans les prisons du régime. Les Occidentaux et les Américains, traités avec hauteur et mépris par les oligarques, qui n’hésitent jamais à stigmatiser leur modèle de civilisation "en faillite". Les Saoudiens "qui reçoivent "tout" de l’Egypte et qui ne partagent rien des revenus du pétrole", et nous, les Palestiniens, bien entendu, qui n’évitons pas la haine de la classe dirigeante du Caire.

 

Il est d’ailleurs significatif, qu’à Rafah, les armes passent mais les personnes ne sont admises en Egypte qu’au compte-gouttes. Il faut avoir été un responsable palestinien reçu au Caire, pour saisir l’étendue du dédain qu’ils nous portent. Ils persistent à nous considérer tels des auxiliaires voués à la construction de la grandeur de l’Egypte ; nous sommes les descendants des fedayoun palestiniens du début des années 60, volontaires enrôlés dans leur armée pour accomplir les missions sans retour, bref, leurs instruments.

 

Tant de fois ai-je entendu, de mes oreilles, Omar Suleiman pousser les dirigeants du Fatah à l’action contre les "terroristes" islamiques. Et combien de promesses a-t-on entendues à Ramallah, quant au soutien "déterminant" que nous apporterait le Caire, "si nous nous décidions à faire le ménage à Gaza".

 

Nous ne savions pas, qu’après avoir été renversés et humiliés par les islamistes en juin dernier, devant l’armée de Moubarak impassible, ceux-ci recevraient leurs armes d’Egypte, leur argent, ainsi que les formateurs iraniens. Sans ces apports, qui ne servent qu’à poursuivre la provocation contre les Israéliens et à renforcer le contrôle de la population et les arrestations des opposants, les islamistes se seraient déjà écroulés.

 

Car, il ne faut jamais le perdre de vue, le camp palestinien est divisé entre les destructeurs, partisans de l’apocalypse religieux, et ceux qui veulent établir un Etat, afin d’intégrer la communauté des nations et procurer une qualité de vie acceptable à nos concitoyens. L’Egypte, elle, joue entre ces deux camps pour maintenir les braises au rouge, tant elle n’a rien à proposer dans une situation apaisée et constructive. Elle n’a aucun intérêt à la démocratie non plus, puisque, si des élections libres s’y déroulaient, je doute que l’oligarchie en place obtînt cinq pourcent des suffrages exprimés. Et comme la paix dans la région enlèverait à Moubarak et Cie le prétexte principal de la misère dans laquelle croupissent les Egyptiens, la paix constitue le dernier de leur souci. Il n’y a qu’à observer comment le pays du Nil vit sa paix avec Israël pour le comprendre…

 

Ni les Palestiniens, ni les Israéliens, ni personne d’autre dans cette galaxie n’a un quelconque besoin de l’Egypte, des promesses de son président et de son chef barbouze Omar Suleiman. L’Egypte, elle, a besoin de tout, à commencer par un peu de logique et d’humilité politiques.

 

 

 

 

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