Notre enquête sur la Controverse a probablement
démontré que Charles Enderlin était un journaliste
médiocre, qui collectionne la diffusion de contrevérités
en quantités astronomiques. En revanche, le correspondant de FR2 est
tout aussi assurément un expert des relations publiques et
personnelles : le nombre de journalistes prêts à sacrifier tout
de leur curiosité professionnelle, de même que leur respectabilité,
pour prendre la défense du commentateur de la mise en scène de
Nétzarim est en effet étonnant.
En France, ces confrères se comptent par dizaines. En citant
Schneidermann et Vincent Hugeux de l’Express, Dominique Vidal et Nicolas
Delesalle de Télérama, on ne fait qu’effleurer la liste de
ceux qui sont disposés à dire ou écrire n’importe quoi,
à médire sur la qualité de n’importe qui, dans le seul but
d’épargner à Enderlin l’obligation de s’expliquer sur l’imposture
de Nétzarim et d’en rendre compte.
On trouve ainsi des "enderlinistes" parmi les dirigeants
politiques de l’Hexagone – le plus célèbre d’entre eux étant
l’ex-président Chirac -, dans les media, et jusqu’au sein des
organisation représentatives de la communauté israélite.
Des gens qui considèrent que faire la lumière sur l’une des plus
sanglantes affaires d’accusation de meurtre rituel juif, qu’Enderlin a
contribué à confectionner et à diffuser, a moins
d’importance que sauver la culotte de leur héros.
Dans l’atmosphère de licéité à fustiger
Israël, sans discernement, pour tous les actes qu’elle commettait, qui
prévalait à Paris sous la Chiraquie, on peut se faire une raison,
sans pour autant leur trouver des excuses, du choix, déontologiquement
inqualifiable, qu’on fait ces personnes. On continue cependant à s’étonner
que l’"enderlinite" frappât également de ce
côté-ci de la Méditerranée.
Car ce virus malin est solidement implanté dans les murs du
ministère israélien des Affaires Etrangères, et il a
également inoculé un nombre inquiétant de journalistes.
Parmi eux, Nicolas Rosenbaum, l’un des rédacteurs en chef de
l’information de la principale radio d’Etat, Réshet Bet, qui n’a
pas hésité à qualifier par écrit son homologue de
la Ména de nazi, pour sa responsabilité éditoriale
dans la conduite de l’enquête sur la Controverse de Nétzarim.
Comme ce fut le cas lors de l’Affaire Dreyfus, les
"enderlinés" n’ont aucun argument sérieux à
opposer aux centaines d’indices et aux dizaines de preuves de l’imposture que
notre enquête a réunis, aussi, s’attèlent-ils à
invectiver personnellement les Dreyfusards, à leur coller des
étiquettes politiques infamantes, dont on ne peut objectivement soupçonner
qu’elles soient leurs, et à diffuser de gras mensonges, qui
appartiennent autant au journalisme que la cueillette des cèpes est
liée au Mont Sinaï. Cela nous chagrine de le dire, mais on
connaît ces méthodes de dialogue et les périodes durant
lesquelles elles ont sévi.
Ce qui caractérise encore les enderlinés, c’est leur
propension chronique à l’évitement : évitement de
citer correctement les thèses qui condamnent leur Charles ;
évitement d’aller chercher au-delà d’un intérêt nano
superficiel dans les faits établis ; évitement de tout
dialogue avec les Dreyfusards, et, bien sûr, évitement de toute
confrontation publique des thèses avec ceux d’en face.
En prenant connaissance d’un article dans la livraison du 22 courant d’Haaretz,
nous avons eu la douloureuse tâche de constater que leur
éditorialiste-phare, Tom Segev, avait été
enderliné. Tous les symptômes du diagnostic, que j’ai
listés plus tôt, sont repérables dans la partie
intitulée Qui a tué
Mohammed al-Dura ? du commentaire de
Segev, Payer pour les pêchés des fils. Tous.
Cela débute (mal pour Segev) par deux affirmations aventureuses
dans sa seule première proposition : "Mohammed Al-Dura mourut
le 1er octobre 2000 (…)".
D’abord, en affirmant que Mohammed est mort, en tête d’article,
alors que cela constitue précisément l’objet de la polémique
en cours, on ne laisse pas beaucoup d’espace à la réflexion
partagée. Ensuite – il aurait tout de même fallu que le
confrère se documente un minimum -, le reportage-imposture de Fr2 situe
au 30 septembre à 15 heures la date de l’assassinat du petit palestinien
par les méchants soldats de Tsahal, non le lendemain.
Erreur technique, je veux bien, mais qui situe tout de même assez
bien le degré de connaissance de l’affaire par son auteur. Alors allons
directement au plat principal du menu que Tom Segev veut faire avaler à
ses lecteurs : "Il y a quelque chose de pathétique à
propos des efforts visant à prouver que France 2 a
fabriqué cette histoire, comme si cela pouvait démontrer le
bien-fondé de l’occupation israélienne. (…)".
Symptôme connu de l’enderlinite : qu’est-ce qui permet à
Segev de penser que les enquêteurs de cette controverse entendent
justifier (ou condamner d’ailleurs) l’occupation israélienne ?
Evidemment, si l’éditorialiste du Haaretz avait pris la peine de
nous appeler avant d’affirmer une telle sottise, il en rirait aujourd’hui avec
nous.
Mais cette ineptie porte bien plus à conséquence qu’il
n’y paraît initialement. A en croire son auteur, il faudrait
obligatoirement poursuivre un but politique lorsque l’on se pose la question de
l’authenticité d’une image d’actualité. Y a-t-il vraiment quelque
chose de pathétique à vérifier qu’une chaîne de
télévision occidentale n’est pas à l’origine de la
construction de l’icône de l’Intifada ? L’icône au nom de
laquelle le processus d’Oslo a été interrompu, Daniel Pearl, au
Pakistan, et d’autres otages aux mains des islamistes ont été
décapités au couteau de boucher, des milliers d’Israéliens
et de Palestiniens ont perdu la vie ?
Si l’on suit cette voie de la négation de l’importance de la
véracité du fait réel, au profit de la symbolique
"vraie" qu’il est censé représenter, il faut mettre un
terme à l’exercice de la profession de reporter. On devrait, sur la
même lancée, accepter l’affirmation selon laquelle Israël a
rasé jusqu’aux fondations la cité de Djénine, et qu’elle
avait massacré sa population, même si l’on a constaté de
visu que Djénine était intacte, et que sa population était
saine et sauve.
En faisant un pas de plus dans la direction proposée par Segev,
il serait pathétique de décrire la vérité, dans
l’accomplissement de notre métier, en affirmant que l’Etat hébreu
n’est pas engagé dans le génocide du peuple palestinien, et
qu’environ 4 000 morts, lors d’un conflit armé de sept ans, participent
de la guerre la moins létale de l’histoire des guerres modernes.
Il faudrait alors laisser à des "artistes", genre Abou
Rahma et Enderlin, le soin de mettre en scène les symboles qu’ILS jugent
importants pour l’illustration d’un différend. Pour Segev,
dénoncer, preuves à l’appui, que des mythes fauteurs de guerre
ont été fabriqués par des mains scélérates
n’est pas seulement pathétique, c’est aussi inutile, puisqu’il
poursuit : "Plus d’un enfant palestinien a été
tué par le feu de guerre de l’armée, sans que leurs morts n’aient
été filmées. Quoi qu’il en soit (même s’il s’agit
d’une mise en scène. Ndlr.) ces images ont désormais acquis une
viabilité mythologique qui n’est plus dépendante de la question
de savoir si ce qu’elles montrent a véritablement existé".
Nous sommes en présence du copié-collé de la
réponse faite par Enderlin à l’article de Juffa dans le Wall
Street Journal et à Jeambar et Leconte dans les pages d’opinion des
lecteurs du Figaro : la prééminence de la
vérité symbolique sur la vérité factuelle. Cette
réponse d’Enderlin lui avait valu, à l’époque de son
apparition, une cinglante leçon de journalisme de la part de Daniel
Schwammenthal dans le WSJ et de Daniel Leconte, dans le Fig.
L’arrogance et la volonté de sauver le soldat Enderlin à
tout prix ne feront pas accepter par l’opinion publique, que l’on a le droit de
mettre en scène une situation si l’on pense qu’elle illustre une
réalité. Cela nécessiterait, pour les gens qui pensent, de
déléguer leur droit à juger d’une situation au profit de
certains journalistes-metteurs en scène. Il fallait toute l’arrogance
d’un Charles Enderlin, sûr de son réseau d’amis, pour imaginer que
le public et les intellectuels allaient lui confier un mandat de ce genre. Que,
pour lui épargner l’accusation d’imposteur et de fauteur de guerre, ils
allaient accepter, au vol, d’entériner une révolution si absurde
et dangereuse des conditions dans lesquelles se fait l’information.
Tom Segev vient de répéter l’impudicité d’Enderlin,
il faut lui pardonner, car il ne sait pas ce qu’il écrit ! Lui dire
que la Ména n’a rien fait qu’analyser un reportage qui avait
été créé par d’autres. Et que le pathos, nous en
sommes sûrs, de même que la suspicion d’une démarche de
propagande, sont le lot de ceux qui ont inventé la mort d’un enfant
palestinien, et non celui de ceux qui ont dévoilé l’imposture.
Il est transparent que, dans son article, le confrère d’Haaretz
a repris, sans les examiner, les arguments fallacieux exprimés par
le correspondant de FR2. Il n’a pas procédé à la
moindre vérification – il est vrai que pour lui, les faits sont surtout
des mythes – et n’a pas pris la peine de confronter les mensonges d’Enderlin
à la dure réalité revendiquée par ses contempteurs.
C’est ainsi que Segev réitère la tentative d’escroquerie que son
camarade de galère avait tentée, en direct, sur les
téléspectateurs de FR2 lors de l’émission l’Hebdo du médiateur du 17 juin 2006 :
un tribunal de Tel-Aviv aurait jugé que l’enquête de Tsahal sur
l’Affaire Al-Dura aurait été non professionnelle et non
scientifique.
Bah, bah,
bah, Segev… La Ména, qui veille au grain, avait
déconstruit cette autre minable tentative de fuite d’Enderlin, avec tous
les détails nécessaires, dans son article Enderlin
à nouveau pris par la Ména en flag de contrevérité. En fait, le tribunal en question, présidé
par Madame Shoshana Almagor, en mai 2006, avait eu à trancher dans une
affaire en diffamation, opposant un certain Yossef Doriel (plaignant), à
Aaron Hauptman, pour une lettre que ce
dernier avait publiée au courrier des lecteurs de Haaretz. Les
remarques du juge concernaient une enquête privée, menée
par Doriel (dont une copie est en notre possession), et en aucun cas celle
diligentée par l’armée israélienne sur
l’"assassinat" de Mohammed. Priée par nos soins de confirmer
les faits, Tsahal s’était fendue d’un communiqué, qui figure dans
notre article en lien. Enderlin n’a pas dû parler de cet article à
Segev.
Toujours
dans son article, Tom Segev nous apprend que France 2 a froidement
opposé une fin de non recevoir à l’armée
israélienne, qui lui demandait une copie des rushes de Talal Abou Rahma pour
son enquête. "C’est comme si l’armée demandait à un
journaliste de lui transmettre ses notes", aurait répondu la
chaîne publique. Certes, sauf qu’il ne s’agit pas de notes, mais de
l’élément central du témoignage
judiciarisé, fourni volontairement par le cameraman de FR2 à
Gaza, le seul témoin de l’"assassinat" de Mohamed Al-Dura.
Inquiétude :
Segev, l’ânonneur de service des circonvolutions d’Enderlin, fait
état, parlant des rushes, "des chutes brutes du film qui ont
été prises pendant l’événement", et dont la durée
serait "d’environ 20 minutes de
film".
Que
nenni ! Au cas où Enderlinfrancedeux songerait à embrouiller
la Cour d’appel de Paris, qui a exigé de voir les rushes – plus rien de
leur part ne nous surprendrait ! –, les rushes dont parle le tribunal sont
ceux cités par Talala Hassan Abou Rahama dans son
témoignage : il s’agit "d’environ 27 minutes" que Rahama affirme avoir photographiées
"de l’incident" (et
non durant l’événement, ce qui est très différent),
qui s’est déroulé sur 47 minutes.
De
Metula, où le virus de l’enderlinite n’a pas encore frappé, nous
veillerons discrètement à ce que FR2 ne se trompe pas, une
fois de plus, d’images, devant la cour d’appel. Et tiens, nous diffuserons
également une version du présent article en hébreu,
histoire que les Israéliens saisissent bien le principe de la prééminence de la vérité
symbolique sur la vérité factuelle, selon Tom Segev.