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Affaire A-Dura : la requête du juge Laurence Trébucq (2ème et dernière partie)(info # 012509/7)
Par Stéphane Juffa

Mardi 25 septembre [09:38:00 UTC]

Charles Enderlin (Photo Menapress)
© Metula News Agency







La route des justes est encore longue, comme l’a prudemment souligné Me Marc Lévy, mais le sol brûle désormais sous les pieds des coupables (...) (photo Menapress Charles Enderlin)




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L’essentiel : le témoignage sous serment de l’unique témoin

 

Il importe de différencier de façon transparente l’étude du contenu des rushes, le montage des 55 secondes (diffusées par FR2) relatives à Mohamed A-Dura, le poids juridique de la présence de nombreuses saynètes dans les rushes, et la question de l’authenticité de l’assassinat.

 

J’ai traité, dans les paragraphes qui précèdent, de l’importance des deux premiers éléments de cet inventaire. Mais lorsqu’on entend appréhender l’existence ou non de la mise en scène, on doit absolument considérer l’interrogation principale : et l’interrogation principale n’est pas d’ordre filmique, puisqu’elle consiste à savoir si l’"enfant de l’après-midi", celui qui figure dans le reportage de France 2 [1], a réellement été tué, et si c’est le cas, dans quelles circonstances ?

 

Car si l’évènement n’a pas eu lieu, il en découle, en toute logique, que la scène de FR2 qui montre son assassinat procède d’une imposture, et l’analyse méticuleuse des rushes ne recèle plus aucune importance.

 

Il peut être utile de rappeler à cet égard que le reportage de 55 secondes de Rabah-Enderlin-FR2 ne constitue pas, si l’évènement est réel, sa description exhaustive. Comment serait-il possible de décrire dans sa complexité un fait d’actualité qui aurait duré 45 minutes (selon le témoignage judiciarisé de Rahma) en 55 secondes de prises de vues ? Ce n’est d’ailleurs pas ce que l’on demande à un reportage de JT : le journaliste doit faire état de l’existence d’un fait intéressant qu’il a constaté ; on n’exigera pas, de sa part, qu’en 55 secondes, il en fasse le récit complet. Sauf dans le cas d’une imposture, où c’est le reportage lui-même qui EST le fait d’actualité, puisque, dans cette hypothèse, il n’existe pas d’évènement authentique à filmer.

 

Si l’on entend honnêtement savoir si le reportage incriminé est une mise en scène, il faut, impérieusement, avoir accès au descriptif complet de l’évènement que le reportage est censé relater. Il faut également pouvoir juger de la fiabilité des sources d’information qui décrivent ledit évènement.

 

Dans le cas de l’Affaire A-Dura, cette tâche est facilitée par le fait qu’il n’existe qu’une seule de ces sources, tangible et questionnable. En effet, parmi les centaines de personnes qui se trouvaient au carrefour de Nétzarim au moment de l’assassinat "révélé" par Charles Enderlin, à 15 heures, il n’y en a qu’une seule qui ait vu Tsahal tirer sur l’adulte et l’enfant, l’enfant être mortellement atteint, et l’adulte, grièvement blessé par douze balles de fusils-mitrailleurs à haute vélocité (selon les sources médicales palestiniennes). Même le reporter palestinien Shams Huda, qui avait pourtant posé sa caméra sur le baril de béton derrière lequel "se protégeaient le père et l’enfant", et qui filmait (pour l’agence Reuters) depuis cette position, à quelques centimètres seulement de l’épaule de Jamal A-Dura, "n’a pas vu tirer sur les deux victimes" [2], et, par conséquent, ne les a pas vu défaillir.

 

Le seul endroit où l’on puisse se procurer le descriptif de "l’assassinat de Mohamed A-Dura", c’est le témoignage que Talal Abou Rahma, le cameraman de France 2, a fait de l’évènement. Mais cet unique témoignage est rehaussé par les conditions dans lesquelles il a été fourni : devant l’un des plus respectables avocats de Gaza, directeur du Centre Palestinien pour les Droits de l’Homme, membre de la Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme, de la Commission Internationales des Juristes, du Réseau euro-méditerranéen des Droits de l’Homme, et la liste des accréditations de Maître Raji Surani est loin d’être close.

 

Ceux qui ont envoyé le reporter Talal Abou Rahma effectuer une déposition sous serment devant Me Surani, authentifiée par lui, le 3 octobre 2000, soit trois jours après les faits allégués et la diffusion du reportage par France 2, avaient choisi le cabinet le plus sérieux de Gaza. Pour quel motif l’homme de FR2 est-il allé témoigner devant Me Surani, allumant ainsi la mèche de l’entrepôt de dynamite qui allait les faire exploser ? C’est l’une des rares questions auxquelles l’enquête de la Ména n’a pas pu répondre dans la Controverse. S’est-il agi d’une requête formulée par l’un des directeurs de FR2 ou de France-Télévisions, pris de doutes soudains quant à la véracité de l’info ? Ou effrayé par les proportions que la diffusion du reportage avait atteint ? Nous ne sommes qu’en mesure de le supputer, car, en fait, il est tout à fait extraordinaire qu’un reporter aille témoigner sous serment de ce qu’il a vu, ce, d’autant plus qu’au 3 octobre 2000, personne n’avait encore mis son reportage en doute. Ce genre de témoignage n’est pas seulement inaccoutumé dans la profession, il est également parfaitement inutile dans les situations normatives.

 

Toujours est-il que la justice dispose d’un document de grande valeur pour forger sa conviction, qu’il est accessible sur le site de l’organisation que dirige Me Surani, tout comme l’avocat palestinien est accessible, et répond courtoisement aux questions que l’on peut avoir besoin de lui poser.

 

Ci-dessous, je prends la liberté de reproduire à nouveau les éléments de ce témoignage constitutifs DU seul descriptif connu des circonstances de la "mort" de Mohamed A-Dura :

 

(Traduit de l'anglais) "Je, soussigné, Talal Hassan Abou Rahma, résident de la bande de Gaza et détenteur de la Carte d'Identité no. 959852849, livre ma déclaration sous serment et après avoir reçu les avertissements légaux d'usage et l'assurance du choix de mes propos par Maître Raji Sourani, au sujet du meurtre de Mohammed Jamal al-Durrah et des blessures infligées à son père Jamal al-Durrah, les deux pris sous le feu des Forces Israéliennes d'Occupation (…)

Ensuite j'ai braqué ma caméra sur l'enfant Mohammed Jamal al-Durrah qui avait été atteint à sa jambe droite
[3]. Son père tentait de calmer, de protéger et de couvrir son fils à l'aide de ses mains et de son corps [4]. Parfois, le père, Jamal, levait ses mains pour demander de l'aide. Des autres détails de l'incident sont tels qu'ils apparaissent sur le film. J'ai passé environ 27 minutes à filmer l'incident qui a duré 45 minutes. (…)"

 

(…) "Je suis en mesure d’évaluer que les tirs sur l’enfant Mohamed et sur son père Jamal provenaient de la position militaire susmentionnée, puisque c’était la seule position depuis laquelle il était possible de tirer sur l’enfant et son père [5]. Ainsi, logiquement et naturellement, ma longue expérience à couvrir des événements chauds et des affrontements violents, et ma capacité à distinguer le son des balles, je peux confirmer que l’enfant a été abattu, intentionnellement et de sang froid, et son père blessé par l’armée israélienne. (…)"

 

(…) Je suis un professionnel et un journaliste spécialisé. J’ai travaillé dans ce domaine durant plusieurs années. Je suis tenu par les principes du travail journalistique, et de rapporter la réalité sans discrimination, objectivement et de façon neutre. C’est pour cela que je suis un journaliste distingué. Je possède mon propre bureau de presse et travaille en tant que correspondant pour la TV française France 2. Je travaille également pour CNN par l’entremise du bureau de presse Al-Wataneya.

 

J’ai remis ici mon témoignage sous serment et après avoir été averti et eu le choix. Je jure que tout ce qui précède dans la déposition ci-dessus est vrai et en accord avec la réalité et la loi. (…)

 

Signatures

 

Talal Hassan Abu Rahma

 

Gaza, le 3 octobre 2000

 

Ce témoignage a été rendu face à moi et en ma présence, après avoir énoncé les mises en garde légales et la liberté de choix, et sous serment,

 

Raji Surani

Avocat

 

Gaza, le 3 octobre 2000"

 

Je prends bonne note de ce que, dans son témoignage, Abou Rahma ne mentionne aucun incident ou événement qu’il aurait filmé autre que l’assassinat de Mohamed et les atteintes corporelles de Jamal, causés, selon lui, par le feu des Forces Israéliennes d'Occupation.

 

Dans la discussion de droit, on comprend, à la lecture de ces extraits, que le fait de savoir si d’autres saynètes jouées figurent ou non sur les 27 minutes de rushes – pour enrichissant qu’il soit, par exemple lorsque l’on veut cerner la personnalité du témoin – est secondaire au niveau du droit. Ces rushes sont prépondérants non pour ce qu’ils montrent, mais pour ce qu’ils ne montrent pas ! Lorsque la Cour d’appel de Paris les découvrira, Laurence Trébucq doit impérativement y trouver 27 minutes entièrement consacrées à l’incident, tel que décrit par Talal Hassan Abou Rahma.

 

Si elle n’y voit que 55 secondes, c’est que l’unique rapporteur de l’assassinat est un parjure, et que le reste du contenu de son témoignage ne saurait être considéré, selon les normes de droit appliquées par un tribunal occidental, comme établissant la moindre évidence de l’authenticité du fait qu’il s’attache à décrire.

 

Hormis ce témoignage, il ne reste de l’Affaire A-Dura que quelques secondes d’un document filmique bidouillé, entre d’autres mises en scènes de son cru, par celui qui a été pris la main dans le sac à fabriquer un faux témoignage qui fera anthologie.

 

Et si Abou Rahma est revenu sur son témoignage, comme le rapportent Me Marc Lévy et le conseiller à la présidence de France-Télévisions Didier Epelbaum [6], et comme le nie la directrice de la communication de FR2, Mme Christine Delavennat, cela ne ferait qu’ajouter un aveu public au parjure de Rahma. Cela n’aurait certainement pas pour effet de blanchir l’imposteur, ni de l’exempter du regard lourd de la justice. De plus, il serait intéressant qu’Abou Rahma livre sa version revisitée des faits, que le monde puisse découvrir les nouvelles circonstances de l’assassinat de Mohamed A-Dura.

 

Charles Enderlin, l’un des deux intimés du procès en appel, a bien compris la dangerosité extrême du témoignage fait par son complice devant Me Surani. Aussi, le 19 novembre 2004, dans Télérama, l’inamovible correspondant de FR2 à Jérusalem qualifiait ce document judiciarisé d’"interview" dont "parle la Mena". Dans le même article, Enderlin parlait de Me Raji Surani en termes d’une "ONG non reconnue par l’ONU", accusant l’avocat gazati, pour le surplus, d’avoir fait tenir à Talal Hassan Abou Rahma "des propos qu’il n’a pas tenus" [7].

 

Mis au courant des réponses de Charles Enderlin par nos soins, Me Surani avait réagi en menaçant de procès ceux qui mettaient en doute son intégrité professionnelle. Suite à quoi, Enderlin dut lui envoyer un fax d’excuses, dans lequel il attribuait sa contrevérité dans Télérama à la situation de stress à laquelle il était soumis.

 

En matière de droit comme de journalisme, et jusqu’à plus ample informé, les faits produits par la Ména montrent qu’il n’existe pas d’Affaire A-Dura se rapportant à l’"incident" inventé par Talal Abou Rahma. Ce qui reste, c’est une formidable imposture, que Karsenty a eu le mérite de dénoncer alors que toute la presse française ainsi que les principales institutions juives de ce pays gardaient un silence complice, et qui implique nombre de journalistes et de dirigeants du service public français de télévision. Il reste également a rendre justice aux victimes, arabes et juives, engendrées par la haine propagée par les auteurs du faux reportage de France 2.

 

Pour ces raisons, la Justice exige la vérité et la punition des coupables. La requête de la présidente Trébucq de visionner les rushes, si leur importance est correctement expliquée par les appelants, et si FR 2 ne trouve pas un prétexte pour les faire disparaître, est primordiale dans l’établissement de la vérité. La route des justes est encore longue, comme l’a prudemment souligné Me Marc Lévy, mais le sol brûle désormais sous les pieds des coupables, et si les 27 minutes d’Abou Rahma sont vus pas la Cour d’appel de Paris, personne ne pourra plus prétendre qu’ils contiennent ce qu’ils ne contiennent pas.

 

Pour Rahma, Enderlin, Chabot et leurs complices au sein de France-Télévisions et de l’establishment chiraquien, cette révélation marquerait le début de la fin de leur imposture et le moment de commencer à devoir rendre compte de leur acte. A la lecture de cet article, ceux qui suivent l’évolution de la Controverse auront réalisé qu’ils sont déjà fort mal pris dans un labyrinthe dénué d’issue honorable pour eux. Le sablier de l’imposture est presque vide.

 

 

 

FIN

 

 

Notes :

 

[1] L’enfant que l’on voit dans le "reportage" de FR2, qui situe le début de la "fusillade mortelle" à 15 h., le 30 septembre 2000 ("Il est 15 heures au carrefour de Nétzarim…" (dixit Charles Enderlin)), pour le distinguer du cadavre d’enfant, parvenu à l’Hôpital Shifa "avant midi", selon les dépositions des docteurs Al Tawil et Saka à la commission d’enquête de l’armée.

 

[2] Source : enregistrements sonores de la déposition de Shams Huda auprès de la commission d’enquête de l’armée.

 

[3] Aucune image de l’"incident" ne corrobore l’affirmation de la blessure à la jambe de Jamal A-Dura.

 

[4]  Aucune image de l’"incident" ne corrobore l’affirmation d’Abou Rahma selon laquelle Jamal A-Dura "tentait de calmer, de protéger et de couvrir son fils à l'aide de ses mains (…)".

 

[5] Contrevérité grossière d’Abou Rahma : l’enquête balistique de Tsahal, vérifiée par la Ména ainsi que par le magazine français Le Confidentiel établit, au contraire, que l’adulte et l’enfant se situaient hors du champ de vision depuis la position de l’armée israélienne "Magen 3", vu que les deux individus étaient cachés et protégés des balles par un baril de béton armé de 12 centimètres de paroi accumulés.

 

Les mêmes démonstrations balistiques établissent que l’unique coup de feu en direction des individus visible sur le "reportage" de FR2, provient de la position palestinienne de "Pita", située à l’endroit de la mention "Fields", sur le croquis attenant à la déposition de Talal Abou Rahma, sur le site du Centre Palestinien des Droits de l’Homme.

 

Même le croquis manuscrit de Charles Enderlin, du 31 octobre 2003, que l’on peut consulter dans l’article de la Ména "La vérité si je mens" montre que les tirs sur les deux individus provenaient de la position palestinienne de "Pita" et non de "Magen 3".

 

Pour le surplus, ce croquis d’Enderlin établit également que Talal Abou Rahma ment une nouvelle fois lorsqu’il affirme, dans sa déposition, que "les tirs sur l’enfant Mohamed et sur son père Jamal provenaient de la position militaire susmentionnée, puisque c’était la seule position depuis laquelle il était possible de tirer sur l’enfant et son père".

 

[6]  Voir l’affirmation de Didier Epelbaum, lors du visionnage des rushes du 22 octobre 2004, in "L'affaire A-Dura : Conclusion dramatique" : "Tu sais bien que Talal est revenu sur son témoignage, qu'il s'est rétracté. Il avait agi sous la pression, il a été pris au dépourvu…".

 

Et le commentaire de Christine Delavennat dans l’article de Eva Cahen, in (CNSNews, "French TV Sticks by Story That Fueled Palestinian Intifada" (La TV française maintient l’histoire qui a servi de carburant à l’Intifada palestinienne) du 15 février 2005) : "France 2 communications director Christine Delavennat told Cybercast News Service in an interview that none of the scenes on the cassette was staged and the cameraman and the station stood by that claim" (La directrice des communications de France 2,. Christine Delavennat, a déclaré à Cybercast News Service, lors d’une interview, qu’aucune des scènes de la cassette n’a été mise en scène et que le cameraman (Talal Abou Rahma. Ndlr) et la chaîne maintiennent cette affirmation).

 

[7] "« Il [Talal Abou-Rahma. Ndlr de la Ména] a donné des dizaines d’interviews, à beaucoup de médias, y compris à des chaînes israéliennes, et la seule dont parle la Mena, c’est celle donnée à une ONG non reconnue par l’ONU, qui lui a fait tenir des propos qu’il n’a pas tenus », s’énerve Charles Enderlin".

 

In Télérama n◦ 2863 dans sa livraison du 19 novembre 2004 "France 2", par Nicolas Delesalle, avec Marc Belpois.

 

 

 

 

 

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