L’essentiel : le
témoignage sous serment de l’unique témoin
Il
importe de différencier de façon transparente l’étude du
contenu des rushes, le montage des 55 secondes (diffusées par FR2)
relatives à Mohamed A-Dura, le poids juridique de la présence de
nombreuses saynètes dans les rushes, et la question de
l’authenticité de l’assassinat.
J’ai traité,
dans les paragraphes qui précèdent, de l’importance des deux
premiers éléments de cet inventaire. Mais lorsqu’on entend
appréhender l’existence ou non de la mise en scène, on doit
absolument considérer l’interrogation principale : et
l’interrogation principale n’est pas d’ordre filmique, puisqu’elle consiste
à savoir si l’"enfant de l’après-midi", celui qui
figure dans le reportage de France 2 [1], a réellement
été tué, et si c’est le cas, dans quelles
circonstances ?
Car si
l’évènement n’a pas eu lieu, il en découle, en toute logique,
que la scène de FR2 qui montre son assassinat procède
d’une imposture, et l’analyse méticuleuse des rushes ne recèle plus
aucune importance.
Il peut
être utile de rappeler à cet égard que le reportage de 55
secondes de Rabah-Enderlin-FR2 ne constitue pas, si l’évènement
est réel, sa description exhaustive. Comment serait-il possible de
décrire dans sa complexité un fait d’actualité qui aurait
duré 45 minutes (selon le témoignage judiciarisé de Rahma)
en 55 secondes de prises de vues ? Ce n’est d’ailleurs pas ce que l’on
demande à un reportage de JT : le journaliste doit faire
état de l’existence d’un fait intéressant qu’il a constaté ;
on n’exigera pas, de sa part, qu’en 55 secondes, il en fasse le récit
complet. Sauf dans le cas d’une imposture, où c’est le reportage
lui-même qui EST le fait d’actualité, puisque, dans cette
hypothèse, il n’existe pas d’évènement authentique
à filmer.
Si
l’on entend honnêtement savoir si le reportage incriminé est une
mise en scène, il faut, impérieusement, avoir accès au
descriptif complet de l’évènement que le reportage est
censé relater. Il faut également pouvoir juger de la
fiabilité des sources d’information qui décrivent ledit
évènement.
Dans le
cas de l’Affaire A-Dura, cette tâche est facilitée par le fait
qu’il n’existe qu’une seule de ces sources, tangible et questionnable. En
effet, parmi les centaines de personnes qui se trouvaient au carrefour de
Nétzarim au moment de l’assassinat
"révélé" par Charles Enderlin, à 15 heures,
il n’y en a qu’une seule qui ait vu Tsahal tirer sur l’adulte et l’enfant,
l’enfant être mortellement atteint, et l’adulte, grièvement
blessé par douze balles de fusils-mitrailleurs à haute
vélocité (selon les sources médicales palestiniennes).
Même le reporter palestinien Shams Huda, qui avait pourtant posé
sa caméra sur le baril de béton
derrière lequel "se protégeaient le père et
l’enfant", et qui filmait (pour l’agence Reuters) depuis cette
position, à quelques centimètres seulement de l’épaule de
Jamal A-Dura, "n’a pas vu tirer sur les deux victimes" [2], et, par
conséquent, ne les a pas vu défaillir.
Le
seul endroit où l’on puisse se procurer le descriptif de
"l’assassinat de Mohamed A-Dura", c’est le témoignage que
Talal Abou Rahma, le cameraman de France 2, a fait de
l’évènement. Mais cet unique témoignage est
rehaussé par les conditions dans lesquelles il a été
fourni : devant l’un des plus respectables avocats de Gaza, directeur du
Centre Palestinien pour les Droits de l’Homme, membre de la
Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme, de la
Commission Internationales des Juristes, du Réseau
euro-méditerranéen des Droits de l’Homme, et la liste des
accréditations de Maître Raji Surani est loin d’être close.
Ceux
qui ont envoyé le reporter Talal Abou Rahma effectuer une
déposition sous serment devant Me Surani,
authentifiée par lui, le 3 octobre 2000, soit trois jours après
les faits allégués et la diffusion du reportage par France 2,
avaient choisi le cabinet le plus sérieux de Gaza. Pour quel motif l’homme
de FR2 est-il allé témoigner devant Me Surani,
allumant ainsi la mèche de l’entrepôt de dynamite qui allait les
faire exploser ? C’est l’une des rares questions auxquelles
l’enquête de la Ména n’a pas pu répondre dans la
Controverse. S’est-il agi d’une requête formulée par l’un des
directeurs de FR2 ou de France-Télévisions, pris de
doutes soudains quant à la véracité de l’info ? Ou
effrayé par les proportions que la diffusion du reportage avait
atteint ? Nous ne sommes qu’en mesure de le supputer, car, en fait, il est
tout à fait extraordinaire qu’un reporter aille témoigner sous
serment de ce qu’il a vu, ce, d’autant plus qu’au 3 octobre 2000, personne n’avait
encore mis son reportage en doute. Ce genre de témoignage n’est pas
seulement inaccoutumé dans la profession, il est également
parfaitement inutile dans les situations normatives.
Toujours
est-il que la justice dispose d’un document de grande valeur pour forger sa
conviction, qu’il est accessible
sur le site de l’organisation que dirige Me Surani, tout
comme l’avocat palestinien est accessible, et répond courtoisement aux
questions que l’on peut avoir besoin de lui poser.
Ci-dessous,
je prends la liberté de reproduire à nouveau les
éléments de ce témoignage constitutifs DU seul descriptif
connu des circonstances de la "mort" de Mohamed A-Dura :
(Traduit de l'anglais) "Je,
soussigné, Talal Hassan Abou Rahma, résident de la bande de Gaza
et détenteur de la Carte d'Identité no. 959852849, livre ma déclaration
sous serment et après avoir reçu les avertissements légaux
d'usage et l'assurance du choix de mes propos par Maître Raji Sourani, au
sujet du meurtre de Mohammed Jamal al-Durrah et des blessures infligées
à son père Jamal al-Durrah, les deux pris sous le feu des Forces
Israéliennes d'Occupation (…)
Ensuite j'ai braqué ma caméra sur l'enfant Mohammed Jamal
al-Durrah qui avait été atteint à sa jambe droite [3]. Son
père tentait de calmer, de protéger et de couvrir son fils
à l'aide de ses mains et de son corps [4]. Parfois, le père, Jamal, levait ses
mains pour demander de l'aide. Des autres détails de
l'incident sont tels qu'ils apparaissent sur le film. J'ai passé environ
27 minutes à filmer l'incident qui a duré 45 minutes. (…)"
(…) "Je suis en mesure d’évaluer que les tirs sur l’enfant
Mohamed et sur son père Jamal provenaient de la position militaire
susmentionnée, puisque c’était la seule position depuis laquelle
il était possible de tirer sur l’enfant et son père [5]. Ainsi,
logiquement et naturellement, ma longue expérience à couvrir des
événements chauds et des affrontements violents, et ma
capacité à distinguer le son des balles, je peux confirmer que
l’enfant a été abattu, intentionnellement et de sang froid, et
son père blessé par l’armée israélienne. (…)"
(…) Je suis un professionnel et un journaliste
spécialisé. J’ai travaillé dans ce domaine durant
plusieurs années. Je suis tenu par les principes du travail
journalistique, et de rapporter la réalité sans discrimination,
objectivement et de façon neutre. C’est pour cela que je suis un
journaliste distingué. Je possède mon propre bureau de presse et
travaille en tant que correspondant pour la TV française France 2. Je
travaille également pour CNN par l’entremise du bureau de presse Al-Wataneya.
J’ai remis ici mon témoignage sous serment et après avoir
été averti et eu le choix. Je jure que tout ce qui
précède dans la déposition ci-dessus est vrai et en accord
avec la réalité et la loi. (…)
Signatures
Talal Hassan Abu Rahma
Gaza, le 3
octobre 2000
Ce témoignage a été rendu face à moi et en
ma présence, après avoir énoncé les mises en garde
légales et la liberté de choix, et sous serment,
Raji
Surani
Avocat
Gaza, le 3
octobre 2000"
Je prends bonne note de ce que, dans son témoignage, Abou Rahma
ne mentionne aucun incident ou événement qu’il aurait
filmé autre que l’assassinat de Mohamed et les atteintes corporelles de
Jamal, causés, selon lui, par le feu
des Forces Israéliennes d'Occupation.
Dans la discussion de droit, on comprend, à la lecture de ces
extraits, que le fait de savoir si d’autres saynètes jouées
figurent ou non sur les 27 minutes de rushes – pour enrichissant qu’il soit, par
exemple lorsque l’on veut cerner la personnalité du témoin – est
secondaire au niveau du droit. Ces rushes sont prépondérants non
pour ce qu’ils montrent, mais pour ce qu’ils ne montrent pas ! Lorsque la
Cour d’appel de Paris les découvrira, Laurence Trébucq doit impérativement y
trouver 27 minutes entièrement consacrées à l’incident,
tel que décrit par Talal Hassan Abou Rahma.
Si elle n’y voit que 55 secondes, c’est que l’unique
rapporteur de l’assassinat est un parjure, et que le reste du contenu de son
témoignage ne saurait être considéré, selon les
normes de droit appliquées par un tribunal occidental, comme
établissant la moindre évidence de l’authenticité du fait
qu’il s’attache à décrire.
Hormis ce témoignage, il ne reste de l’Affaire
A-Dura que quelques secondes d’un document filmique bidouillé, entre
d’autres mises en scènes de son cru, par celui qui a été
pris la main dans le sac à fabriquer un faux témoignage qui fera anthologie.
Et si Abou Rahma est revenu sur son témoignage, comme le
rapportent Me Marc Lévy et le conseiller à la
présidence de France-Télévisions Didier Epelbaum [6],
et comme le nie la directrice de la communication de FR2, Mme Christine Delavennat, cela ne ferait qu’ajouter un aveu
public au parjure de Rahma. Cela n’aurait certainement pas pour effet de
blanchir l’imposteur, ni de l’exempter du regard lourd de la justice. De plus,
il serait intéressant qu’Abou Rahma livre sa version revisitée
des faits, que le monde puisse découvrir les nouvelles circonstances de
l’assassinat de Mohamed A-Dura.
Charles
Enderlin, l’un des deux intimés du procès en appel, a bien
compris la dangerosité extrême du témoignage fait par son
complice devant Me Surani. Aussi,
le 19 novembre 2004, dans Télérama, l’inamovible
correspondant de FR2 à Jérusalem qualifiait ce document
judiciarisé d’"interview" dont "parle la Mena". Dans
le même article, Enderlin parlait de Me Raji Surani en termes
d’une "ONG non reconnue par l’ONU", accusant l’avocat gazati, pour le
surplus, d’avoir fait tenir à Talal Hassan Abou Rahma "des propos
qu’il n’a pas tenus" [7].
Mis au courant des réponses de Charles Enderlin par nos soins, Me
Surani avait réagi en menaçant de procès ceux qui
mettaient en doute son intégrité professionnelle. Suite à
quoi, Enderlin dut lui envoyer un fax d’excuses, dans lequel il attribuait sa
contrevérité dans Télérama à la
situation de stress à laquelle il était soumis.
En matière de droit comme de journalisme, et jusqu’à plus
ample informé, les faits produits par la Ména montrent
qu’il n’existe pas d’Affaire A-Dura se rapportant à
l’"incident" inventé par Talal Abou Rahma. Ce qui reste, c’est
une formidable imposture, que Karsenty a eu le mérite de dénoncer
alors que toute la presse française ainsi que les principales
institutions juives de ce pays gardaient un silence complice, et qui implique
nombre de journalistes et de dirigeants du service public français de
télévision. Il reste également a rendre justice aux
victimes, arabes et juives, engendrées par la haine propagée par
les auteurs du faux reportage de France 2.
Pour ces raisons, la Justice exige la vérité et la
punition des coupables. La requête de la présidente Trébucq de visionner les rushes, si leur importance
est correctement expliquée par les appelants, et si FR 2 ne
trouve pas un prétexte pour les faire disparaître, est primordiale
dans l’établissement de la vérité. La route des justes est
encore longue, comme l’a prudemment souligné Me Marc
Lévy, mais le sol brûle désormais sous les pieds des
coupables, et si les 27 minutes d’Abou Rahma sont vus pas la Cour d’appel de
Paris, personne ne pourra plus prétendre qu’ils contiennent ce qu’ils ne
contiennent pas.
Pour Rahma, Enderlin, Chabot et leurs complices au sein de France-Télévisions
et de l’establishment chiraquien, cette révélation marquerait le
début de la fin de leur imposture et le moment de commencer à
devoir rendre compte de leur acte. A la
lecture de cet article, ceux qui suivent l’évolution de la Controverse auront
réalisé qu’ils sont déjà fort mal pris dans un
labyrinthe dénué d’issue honorable pour eux. Le sablier de l’imposture
est presque vide.
FIN
Notes :
[1] L’enfant que l’on voit dans le "reportage" de FR2,
qui situe le début de la "fusillade mortelle" à 15 h.,
le 30 septembre 2000 ("Il est 15 heures au carrefour de Nétzarim…"
(dixit Charles Enderlin)), pour le distinguer du cadavre d’enfant, parvenu
à l’Hôpital Shifa "avant midi", selon les
dépositions des docteurs Al Tawil et Saka à la commission d’enquête
de l’armée.
[2] Source : enregistrements sonores de la déposition de
Shams Huda auprès de la commission d’enquête de l’armée.
[3] Aucune image de l’"incident" ne corrobore l’affirmation
de la blessure à la jambe de Jamal A-Dura.
[4] Aucune image de l’"incident" ne corrobore l’affirmation d’Abou
Rahma selon laquelle Jamal A-Dura "tentait de calmer, de protéger
et de couvrir son fils à l'aide de ses mains (…)".
[5] Contrevérité grossière d’Abou Rahma : l’enquête
balistique de Tsahal, vérifiée par la Ména ainsi
que par le magazine français Le Confidentiel établit, au
contraire, que l’adulte et l’enfant se situaient hors du champ de vision depuis
la position de l’armée israélienne "Magen 3", vu que
les deux individus étaient cachés et protégés des
balles par un baril de béton armé de 12 centimètres de
paroi accumulés.
Les mêmes démonstrations balistiques établissent
que l’unique coup de feu en direction des individus visible sur le "reportage"
de FR2, provient de la position palestinienne de "Pita",
située à l’endroit de la mention "Fields", sur le croquis attenant à la
déposition de Talal Abou Rahma, sur le site du Centre Palestinien
des Droits de l’Homme.
Même le croquis manuscrit de Charles Enderlin, du 31 octobre
2003, que l’on peut consulter dans l’article de la Ména "La
vérité si je mens" montre que les tirs sur les deux
individus provenaient de la position palestinienne de "Pita" et non
de "Magen 3".
Pour le surplus, ce croquis d’Enderlin établit également
que Talal Abou Rahma ment une nouvelle fois lorsqu’il affirme, dans sa
déposition, que "les tirs sur
l’enfant Mohamed et sur son père Jamal provenaient de la position
militaire susmentionnée, puisque c’était la seule position
depuis laquelle il était possible de tirer sur l’enfant et son
père".
[6] Voir l’affirmation
de Didier Epelbaum, lors du visionnage des rushes du 22 octobre 2004, in "L'affaire A-Dura :
Conclusion dramatique" : "Tu sais bien que Talal est revenu sur son témoignage,
qu'il s'est rétracté. Il avait agi sous la pression, il a
été pris au dépourvu…".
Et le commentaire de Christine Delavennat dans l’article de Eva Cahen,
in (CNSNews, "French
TV Sticks by Story That Fueled Palestinian Intifada" (La TV
française maintient l’histoire qui a servi de carburant à l’Intifada
palestinienne) du 15 février 2005) : "France 2 communications
director Christine Delavennat told Cybercast News Service in an interview that
none of the scenes on the cassette was staged and the cameraman and the station
stood by that claim" (La directrice des communications de France 2,.
Christine Delavennat, a déclaré à Cybercast News
Service, lors d’une interview, qu’aucune des scènes de la cassette n’a
été mise en scène et que le cameraman
(Talal Abou Rahma. Ndlr) et la chaîne maintiennent cette affirmation).
[7] "« Il [Talal Abou-Rahma. Ndlr de la Ména] a
donné des dizaines d’interviews, à beaucoup de médias, y
compris à des chaînes israéliennes, et la seule dont parle
la Mena, c’est celle donnée à une ONG non reconnue par l’ONU, qui
lui a fait tenir des propos qu’il n’a pas tenus », s’énerve Charles Enderlin".
In Télérama n◦ 2863 dans sa livraison du 19
novembre 2004 "France 2", par Nicolas Delesalle, avec Marc Belpois.