Dans sa décision, rendue le 19 octobre 2006 par la 17ème
Chambre du Tribunal correctionnel de Paris, présidée par le juge
Joël Boyer, la justice française avait condamné Philippe
Karsenty, l’animateur de l’agence web de "notation des media" Media-Ratings
au motif de diffamation à l’encontre de Charles Enderlin et de France 2.
La cour justifiait sa décision en alléguant que Philippe
Karsenty de ne s’était appuyé que sur des articles provenant de
notre agence de presse pour étayer son accusation.
Dans sa décision, évoquant les arguments avancés
par la défense, "le tribunal ne les a pas considérés
convaincants : provenant d'une source unique - une agence de presse
israélienne (la Ména. Ndlr) - qui a formulé une
telle accusation tardivement (près de deux ans après la diffusion
du reportage) reposant essentiellement sur des extrapolations et des amalgames,
elle (la Ména. Ndlr) se nourrit d'affirmations
péremptoires auxquelles aucune autorité officielle
israélienne - ni l'armée, pourtant concernée au premier
chef, ni la justice - n'ont jamais accordé le moindre crédit.".
Notre agence avait commenté cette décision en plusieurs
articles (voir les liens au talon), soulignant l’incroyable
légèreté des arguments de la cour, leur fausseté,
le fait qu’elle qualifiait d’extrapolations et d’amalgames une
enquête de près de deux cents analyses qu’elle n’avait pas
demandé à connaître et qu’elle jugeait, en fait, à
travers Philippe Karsenty. La Metula News Agency n’était ni
citée à comparaître, ni témoin dans cette
procédure. La condamnation par contumace que le tribunal nous avait
infligée n’était pas qu’ultra petita (elle n’avait pas
été sollicitée par les demandeurs), elle était
nettement diffamatoire, et contraire au fondement du droit, qui veut qu’une
cour ne puisse pas condamner une personne qu’elle n’a pas jugée.
Rebondissement, le dix septembre dernier ! Il concerne
l’armée israélienne, "concernée au premier chef"
par l’Affaire A-Dura, et qui, à en croire la décision du
Tribunal Correctionnel de Paris, n’aurait "jamais accordé le
moindre crédit" aux thèses défendues par la Ména.
Or, la semaine dernière, Tsahal s’exprime, par la plume du colonel
Shlomi Am-Shalom, son vice porte-parole.
Dans une lettre envoyée à "Charles Enderlin, France
2", Am-Shalom leur demande "communication des prises de vue de Talal
Abou Rahma du 30 septembre 2000 d’une longueur d’au moins 27 minutes (selon le
témoignage des trois journalistes Jeambar, Leconte et Rosenzweig, qui
les ont visionnées en octobre 2004, après avoir été
autorisés à le faire par vos services), ainsi que les images
tournées par le même cameraman, le 1er octobre 2000.".
Le colonel précise, dans son courrier à en-tête de
l’armée israélienne, que ce n’est en aucune façon la
première fois que Tsahal réclame à voir ces fameux rushes.
Il se fait très précis, commentant directement la décision
du tribunal correctionnel :
"Je sais que des points de vue divergents ont été
présentés devant le tribunal français ayant jugé
l’affaire Enderlin, France 2 contre Karsenty (dossier 0433823049). Dans son
verdict, le juge Joël Boyer a laissé entendre à plusieurs
reprises que l’Etat d’Israël n’avait jamais repris à son compte les
allégations de mise en scène, n’avait jamais nié que
Mohamed Al Doura ait été tué par des soldats de Tsahal et
ne s’était jamais employé a réfuter les allégations
du reportage de France 2 à ce sujet. On pouvait également
comprendre de ce verdict que l’Etat d’Israël n’avait jamais cherché
à obtenir les prises de vue ayant servi à la réalisation
dudit reportage.
Je tiens a souligner que ces allégations ne cadrent nullement
avec les tentatives réitérées de Tsahal d’obtenir ces prises de vue, ni d’ailleurs avec
les conclusions de la commission d’enquête de Tsahal, pourtant largement
citées dans la presse internationale et française. Le
général Samia m’a également précisé que
toutes ses tentatives d’obtenir les prises de vue (en possession de FR2.
Ndlr) pour compléter l’enquête ont été vouées
à l’échec. (…)"."
Quant à savoir si les accusations portées contre le
reportage de France 2, "provenaient d’une source unique (La
Ména) [1]", voici ce que l’armée israélienne a
à en dire :
"Une enquête diligentée peu après par le chef
du commandement sud, le général Yom-Tov Samia a établi
qu’un certain nombre de faits ne cadraient pas avec ce qui avait
été décrit dans le reportage de France 2. Dans la
conversation que j’ai eue avec le général de réserve
Samia, ce dernier m’a à nouveau précisé que l’analyse de
toutes les données sur le terrain, l’emplacement de la position de
Tsahal, les angles de tir, l’emplacement du père et de son fils derrière
un tonneau leur servant d’abri, la fréquence des tirs, les angles de
pénétration des balles dans le mur placé derrière
le père et le fils ainsi que le timing de l’évènement,
rendait hautement improbable que les
tirs ayant soi-disant atteint le père et son fils aient pu être tirés par les soldats de Tsahal
se trouvant dans cette position.".
Voici qui a le mérite de la clarté et qui devrait
largement suffire, en droit, à faire invalider la décision de la
cour présidée, il y a un an, par Joël Boyer. Une audience en
appel se tiendra mercredi prochain à Paris, à l’initiative de M.
Karsenty.
Dans son courrier, le colonel Am-Shalom annonçait à FR2
que son service avait "été appelé à
présenter ses observations" au sujet du jugement du 19 octobre 2006,
et qu’à cette fin, il a besoin des 27 minutes de rushes "sans
tarder". La lettre d’Am-Shalom est, entre autres, adressée, en
copie, au chef d’état-major adjoint de Tsahal, le général
Dan Harel et à M. Patrick de Carolis, président de France-Télévisions.
Nous, nous savons, parce que notre ami Luc Rosenzweig nous en a
relaté le contenu, que les 27 minutes de rushes contiennent, outre 55
secondes concernant Mohamed A-Dura, d’autres saynètes sur lesquelles le
caméraman de FR2, Talal Abou Rahma, a complaisamment filmé
des Palestiniens qui "jouent à la guerre", selon les termes de
Denis Jeambar et Daniel Leconte.
Pour correspondre au témoignage
de Talal Abou Rahma, enregistré sous serment par Maître Raji
Sourani, le 3 octobre 2000 à Gaza, il faudrait impérativement
que ces rushes contiennent 27 minutes du mitraillage ciblé de l’adulte
et de l’enfant par les soldats israéliens. Le témoin a
rapporté que cet assassinat avait duré 45 minutes. 45 minutes,
à propos desquelles, le cameraman de FR2 "peut confirmer que
l’enfant a été tué, intentionnellement et de sang froid et
son père blessé par l’armée israélienne".
Il est plus que temps que le nouveau régime français
mette un terme à cette accusation de meurtre rituel dirigée par
son service public contre la nation d’Israël. Jusqu’à maintenant,
et pour cause, France 2 a refusé de produire les rushes devant un
tribunal ainsi qu’à l’usage des enquêteurs de Tsahal, tout comme
Charles Enderlin a refusé de présenter les images insoutenables
de l’agonie de l’enfant, qu’il affirme détenir et que moi, j’affirme
qu’il ne détient pas.
Mercredi, il s’agira de commencer à rétablir un petit
coin de la crédibilité de la justice française, lourdement
hypothéquée sous l’ère Chirac. Mais cela ne suffit pas. Il
faut que les faussaires passent à leur tour devant une justice sereine.
Qu’ils rendent les prix internationaux qu’ils ont reçus à la clé
de leur imposture. Que leurs complices-responsables soient chassés des
professions de l’information, et que les institutions qui ont permis à
l’Imposture de Nétzarim de perdurer sept ans soient revisitées de
fonds en combles. Le Renascimento politique et éthique de la France
voulu par le président Sarkozy est au moins à ce prix.
Note :
[1] La Metula News Agency n’a pas cessé d’affirmer que
deux enquêtes avaient disséqué l’Affaire A-Dura,
dite aussi Controverse de Nétzarim. Il s’agit, initialement, de
celle de l’armée, dont la direction fut soumise au physicien Nahum
Shahaf, et ensuite, de celle de la Ména, qui a
vérifié les résultats obtenus par Tsahal et qui les a
complétés, durant les trois ans et demi qu’ont duré sa
propre enquête.
Articles concernant
le procès Karsenty :
Les faux
procès de l’Affaire A-Dura, par Stéphane Juffa.
Réflexions
sur un jugement français, par Luc Rosenzweig.
Il faut sauver
le soldat Enderlin ! (1ère partie), par Stéphane Juffa.
Il faut sauver le soldat
Enderlin ! (2ème partie et fin), par Stéphane Juffa.
Procès Karsenty :
La Metula News Agency condamnée ''par contumace'', dépêche
Football : lourd revers
pour France 2 en match préliminaire de l’Affaire A-Dura, par Ilan Tsadik.