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Plainte pénale déposée contre Pierre Péan pour délits racistes (info # 010610/6) [Dépêche]
Par Serge Farnel

Vendredi 06 octobre [14:19:00 UTC]

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© Metula News Agency










En plus d’être menteuses, elles sont donc belles, ah les diablesses !


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Ce vendredi matin, l’association SOS Racisme a tenu une conférence de presse à Paris pour annoncer qu’elle avait, hier, déposé plainte avec constitution de partie civile pour diffamation raciale et incitation à la discrimination raciale, à l’encontre Pierre Péan, auteur de l’ouvrage Noires fureurs, blancs menteurs – Rwanda 1990-1994 (Editions Mille et une nuit, coll. Enquête, novembre 2005, 22€) ainsi que contre la librairie Arthème Fayard qui, étant propriétaire des éditions Mille et une nuit, est à ce titre civilement responsable.

 

Assistaient à cette conférence, outre le président de SOS Racisme, Dominique Sopo, les présidents des antennes rwandaise et française d’Ibuka, respectivement François Ngarambe et Espérance Brossard, de même que l’avocat belge Me Maingain, une plainte au civil ayant été préalablement déposée en Belgique. L’avocat français des parties civiles, Me Forster, s’est fait excuser.

 

Espérance Brossard a fait savoir que des Rwandais étaient susceptibles de venir se greffer prochainement à la partie civile.

 

Concernant le délit de diffamation à caractère racial, la plainte s’appuie sur un certain nombre d’extraits de l’ouvrage incriminé, qui entendent démontrer que « les faits imputés aux Tutsis sont précis et contraires à l’honneur et à la considération de cette ethnie, qui est expressément visée et accusée de recourir systématiquement au mensonge et à la dissimulation, en employant des manœuvres douteuses et frauduleuses, dans le seul but de tromper la communauté internationale concernant la justesse de sa cause ».

 

Parmi les phrases citées dans ce livre, certaines sont des citations que les plaignants considèrent que « l’auteur de l’ouvrage reprend à son compte ».

 

Ainsi en est-il de celle qui raconte que « dès leur plus tendre enfance, les jeunes Tutsis étaient initiés à la réserve, au mensonge, à la violence et à la médisance », ou encore que « les Tutsis acceptent facilement de faire des faux témoignages (…) par lucre et/ou pour accabler un étranger ou un ennemi de leur groupe ».

 

La plainte s’appuie également sur la référence faite par Péan aux écrits de Paul Dresse, ancien agent territorial, dont une note de bas de page précise qu’ils ont été tirés d’un ouvrage publié en 1940 : « Cette formation au mensonge a été observée par les premiers Européens qui ont eu un contact prolongé avec les Tutsis (…) Mais elle favorise aussi la duplicité et c’est ce qui fait de cette race l’une des plus menteuses qui soit sous le soleil ».

 

Parmi les phrases extraites de l’ouvrage de Péan et produites dans la plainte, certaines sont directement exprimées par l’auteur du livre incriminé : « la culture du mensonge et de la dissimulation domine toutes les autres chez les Tutsis », ou encore « s’agissant d’un témoignage, le mensonge va jouer à plein ».

 

Péan fait, par ailleurs, un parallèle sans équivoque avec l’expression « l’an prochain à Jérusalem », prononcée une fois l’an par les membres de la diaspora juive, en proclamant que « cette culture du mensonge s’est particulièrement développée dans la diaspora tutsie. Pour revenir « l’an prochain à Kigali », celle-ci a pratiqué avec efficacité mensonges et manipulations ».

 

La plainte cite enfin cette phrase de la plume de Péan : « Elles [les associations de Tutsis, Ndlr] ont infiltré les principales organisations internationales et d’aucuns parmi leurs membres ont su garder de très belles femmes tutsies vers des lits appropriés. ». En plus d’être menteuses, elles sont donc belles, ah les diablesses !

 

S’appuyant sur ces extraits d’un goût effectivement plus que douteux, le document juridique conclut que « le délit de diffamation envers un groupe de personnes, à raison de leur appartenance à une ethnie, est donc bien constitué au sens de l’alinéa 2 de l’article 32 de la loi du 29 juillet 1881 ». Une loi qui prévoit « un emprisonnement d’un an et une amende de € 45’000  ou l’une de ces deux peines seulement ».

 

Concernant le délit d’incitation à la discrimination raciale, la plainte ajoute que « Monsieur Péan présente au lecteur, sans faire preuve de la moindre nuance, des faits propres à faire naître chez celui-ci des réactions de rejet à l’égard des Tutsis ».

 

A l’appui de cette allégation, le document précise que l’auteur « a, au surplus, fait le choix d’insérer dans son ouvrage une succession de citations, qu’il reprend à son compte, et dont les termes tendent, à tout le moins, à susciter des actes de discrimination envers les Tutsis, en les présentant définitivement comme menteurs par culture, tradition et formation et en soulignant leur caractère manipulateur ».

 

Le document considère donc qu’est ainsi constituée « une provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence envers un groupe de personnes à raison de leur appartenance à une ethnie déterminée, au sens de l’alinéa 8 de l’article 24 de la même loi contre le racisme ».

 

De la stratégie de la défense

 

A la question posée par un représentant de la Ména de savoir ce qu’il faut penser « du probable système de défense de Péan, qui va sans doute tenter de se réfugier derrière le fait que certains des propos incriminés ont été formulés à l’appui de citations d’un historien ou d’un agent territorial », Me Maingain a répondu qu’il n’avait « aucune crainte quant à l’argumentaire qui allait être produit en justice » et a tenu à rappeler que « la principale source d’inspiration de Péan » n’était autre qu’un certain Nyetera, que l’auteur cite « sans réserve », et à propos duquel le conseil a rappelé que le Tribunal International pour le Rwanda avait lui-même rejeté la qualité d’expert.

 

Quant au président de SOS Racisme, Dominique Sopo, il a ajouté à cette même question, que l’auteur du livre incriminé n’avait fait preuve d’ « aucun recul par rapport aux citations ». Et de compléter : « On pense que, vu que c’est Péan, il met son autorité en jeu. Donc on croit que c’est vrai », ce qui a fait dire au président de l’association anti-raciste qu’il s’agissait ici d’une « escroquerie manifeste ».

 

Me Maingain a ensuite évoqué « la question du retour à la fascination d’un certain pétainisme ».

 

Le président d’Ibuka Rwanda, François Ngarambe, a enfin tenu à rappeler que « si l’idéologie venait avant le génocide, elle venait également après le génocide, lorsqu’il s’agissait de le nier ». Et d’ajouter que « Péan, sans le nier explicitement, finit par créer un doute qui, finalement, le dilue dans un contexte de massacre interethnique ». Il a également précisé que « le racisme tel qu’exprimé dans son livre met en cause la vie des Tutsis », expliquant que ces derniers y étaient décrits comme étant « tellement menteurs, tellement mauvais qu’ils méritent leur sort ». Il a conclu en déclarant que « le livre de Péan était de nature à remettre le feu aux poudres, non seulement au Rwanda, mais aussi dans la région des grands lacs où les importants efforts concédés pourraient être complètement anéantis ».

 

Péan : « la seule chose qui s’impose est le silence »

 

Interrogé sur sa réaction à chaud, Pierre Péan a fait savoir à la Ména que « face à des accusations ridicules, la seule chose qui s’impose est le silence ». Il a affirmé à notre agence qu’il avait confiance en la justice avant d’ajouter : « si je répondais, cela voudrait dire que je me défends et il est hors de question que je rentre dans le système ».

 

 

 

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