La Ména continuera à informer ses lecteurs de l’évolution de la situation, par voie de communiqués continus sur ce site, pour les développements mineurs, et par l’envoi de "breaking news" à ses abonnés, en cas d’événements majeurs.
Les politiques, les journalistes et les intellectuels du
Liban ont connu, ces jours, le choc de leur vie. Ils savaient bien que le
Hezbollah avait constitué un Etat indépendant dans notre pays, un
Etat incluant tous les ministères et les institutions parallèles,
en double de ceux du Liban. Ce qu’ils ignoraient, qu’ils découvrent
à la faveur de cette guerre, et qui les paralyse de surprise et
d’effroi, ce sont les dimensions de cette phagocytose.
De fait, notre pays était devenu une extension de
l’Iran, et notre soi-disant pouvoir politique servait, de surcroît, de
paravent politique et militaire aux islamistes de Téhéran. Nous
avons découvert soudain que Téhéran avait stocké
plus de 12'000 missiles, de tous types et de tous calibres, sur notre
territoire et qu’il avait patiemment, systématiquement, organisé
une force supplétive, avec le concours des Syriens, qui s’appropriait,
davantage jour après jour, toutes les chambres de la Maison-Liban.
Figurez-vous que nous hébergeons des missiles sol-sol sur notre
territoire, les Zilzal, et que le tir de tels engins à notre insu
a le pouvoir de déclencher un conflit stratégique régional
et, potentiellement, l’anéantissement du Liban.
Nous savions que l’Iran, par l’intermédiaire du
Hezbollah, construisait une véritable ligne Maginot au Sud mais ce sont
les images de Maroun el-Ras et de Bint J’bail qui nous ont
révélé l’ampleur de ces travaux. Une dimension qui nous a
fait comprendre plusieurs choses d’un seul coup : que nous n’étions
plus maîtres de notre sort. Que nous ne possédions pas le
commencement des moyens nécessaires à inverser le cours de cet
état de fait, et que ceux qui avaient fait de notre pays la base
avancée du combat de leur doctrine islamique contre Israël
n’avaient pas la moindre intention de renoncer volontairement à leur
emprise.
Les discussions de salut national concernant l’application
de la résolution 1559 et réunissant la plupart des courants
politiques libanais n’étaient donc que de la poudre aux yeux. L’Iran et
la Syrie n’avaient pas investi des milliards de dollars pour militariser le
Liban afin d’y mener leur bataille, dans l’objectif d’accéder au
désir des Libanais et de la communauté internationale qu’ils
prennent leur quincaillerie et qu’ils partent la réinstaller chez eux.
Et puis l’indécision, la lâcheté, la
division et l’irresponsabilité de nos dirigeants sont telles, qu’ils
n’ont même pas eu à forcer leur talent. Pas eu besoin d’engager un
bras de fer avec les autres composantes politiques du pays des cèdres.
Ces dernières se sont montrées et continuent de se montrer inconsistantes.
Certes, notre armée, réformée durant
des années par l’occupant syrien pour ne plus jamais pouvoir remplir son
rôle de protectrice de la nation, n’avait pas la capacité à
se mesurer aux miliciens du Hezb. Notre armée à qui il est plus
dangereux de faire appel, en raison des équilibres explosifs qui
constituent chacune de ses brigades, que de l’enfermer à double tour
dans ses casernes. Une force encore largement inféodée à
ses anciens maîtres étrangers, au point d’être
incontrôlable ; au point d’avoir collaboré avec les Iraniens
pour mettre NOS radars côtiers à disposition de leurs missiles,
qui ont bien failli couler un bâtiment israélien en face de Beyrouth.
Les éléments non-Hezbollah du gouvernement ignoraient, quant
à eux, et jusqu’à l’existence de missiles sol-mer sur notre
territoire… Cela a valu la destruction ultra justifiée de tous NOS
radars par l’armée des Hébreux. Et encore nous en tirons-nous
à bon compte dans cette embrouille.
On a beau jeu désormais de pleurnicher et de jouer
hypocritement le rôle des victimes. Nous nous y entendons à nous
faire plaindre et à prétendre que nous ne sommes jamais
responsables des horreurs qui se déroulent à intervalles
réguliers sur notre sol. Bien sûr cela n’est que foutaise !
La résolution 1559 du Conseil de Sécurité, exigeant de
NOTRE gouvernement qu’il déploie NOTRE armée sur NOTRE territoire
souverain, le long de NOTRE frontière internationale avec Israël et
qu’il désarme toutes les milices évoluant sur NOTRE sol, a
été votée le 2 septembre 2004.
Nous disposions de deux ans pour mettre en œuvre cette
résolution et pour garantir ainsi un avenir paisible à nos
enfants et nous n’avons strictement rien fait pour cela. Notre plus grand crime
– mais ça n’est pas le seul ! –, encore, n’est pas de ne pas y
être parvenus, mais de n’avoir rien tenté ni rien entrepris. Et
cela, ce n’est la faute de personne d’autre que celle des minables politiciens
libanais.
Notre gouvernement, même depuis le départ de
l’occupant syrien, a laissé les bateaux et les camions d’armes se
déverser chez nous. Sans même se préoccuper de regarder
leur chargement. Il a hypothéqué les chances de renaissance de ce
pays en confondant le Printemps de Beyrouth avec la libération de
Beyrouth. En fait, nous venions d’obtenir une occasion, une sorte de moratoire
inespéré, pour nous permettre de prendre notre avenir en mains,
rien de plus.
Dire que nous n’avons même pas été
capables de nous entendre pour "pendre" Emile Lahoud – le pantin des
Al-Assad – sur la Place des Martyrs et qu’il est toujours président de
ce que certains s’entêtent à appeler notre république… Il
n’y a pas à chercher beaucoup plus loin : nous sommes ce que nous
sommes, c’est-à-dire pas grand-chose.
Toutes les personnes assumant des responsabilités
publiques et informationnelles dans ce pays sont responsables de la
catastrophe. Sauf ceux de mes confrères, journalistes et
éditeurs, qui sont morts, assassinés par les barbouzes syriens, parce
qu’ils étaient nettement moins lâches que ceux qui ont leur ont
survécu. Et Lahoud est resté à Baabdé ! (le
palais du président de la République du Liban. Ndlr).
Et lorsque je parle de catastrophe, je n’entends pas
l’action menée par Israël pour répondre à l’agression
de ses civils et de son armée, qui s’est produite depuis notre sol et
que nous n’avons strictement rien fait pour éviter, et dont nous sommes
conséquemment responsables. Toute dérobade à cette
responsabilité – certains, ici, n’ont pas les notions du droit des
nations minimales nécessaires à le comprendre ! – signifie
que le Liban, en sa qualité d’Etat, n’existe pas.
L’hypocrisie se poursuit : même certains
éditorialistes du respectable L’Orient-le-Jour mettent dos
à dos la sauvagerie du Hezbollah et celle des Israéliens.
Honte ! Veulerie ! Et nous serions qui, dans cette fable ? Les
pauvres victimes ad aeternam des ambitions des autres ?
Les hommes politiques soit soutiennent cette thèse
insensée, soit se taisent. Ceux dont on attendait qu’ils parlent, qu’ils
sauvent notre image, se taisent comme les autres. Et je fais
précisément allusion au général Aoun, qui aurait pu
passer l’épaule en clamant la vérité. Même son
ennemi, Walid Joumblatt, le chef des Druzes s’est montré moins… vague.
Victime ? Le Liban ? Quelle plaisanterie !
Avant l’attaque israélienne, il
n’y avait plus de Liban, ce
n’était plus qu’un hologramme. A Beyrouth, des citoyens innocents comme
moi se voyaient interdire l’accès de certaines zones de leur propre
capitale. Mais notre police, notre armée et nos juges aussi en avaient
été exclus. C’était le cas, par exemple, du
périmètre de commandement du Hezbollah et des Syriens dans le
quartier de Haret Hreïk (en rouge sur la carte
satellite). Un carré d’un kilomètre de côté, une
capitale dans la capitale, gardé en permanence par une armée de Horla
[1], possédant ses institutions, ses écoles, ses crèches,
ses tribunaux, sa radio, sa télévision et surtout… son
gouvernement. Un "gouvernement" qui a décidé seul,
à la place des potiches de celui du Liban – dans lequel le Hezbollah a
également ses ministères ! – d’agresser un Etat voisin, avec
lequel nous n’entretenons aucun différent substantiel ou fondé,
et de NOUS plonger ainsi dans un conflit sanglant. Et si attaquer un Etat souverain
sur son territoire, assassiner huit de ses soldats, en kidnapper deux autres
et, simultanément, lancer des roquettes sur neuf de ses villes ne
constitue pas un casus belli, il faudra alors revoir sérieusement
la définition de ce principe juridique.
Alors ils en sont presque tous, ces politiciens lâches, y compris
de nombreux leaders et religieux chiites eux-mêmes, à bénir
chaque bombe qui se détache d’un F-16 juif et qui vient réduire
à l’état lunaire l’insulte à notre souveraineté que
constituait Haret Hreïk, en plein cœur de Beyrouth. Sans les
Israéliens, comment aurions-nous fait pour recevoir une nouvelle chance
– que nous ne méritons en aucune façon ! – de reconstruire
notre pays ?
Chaque fortin irano-syrien que Jérusalem détruit, chaque
combattant islamique qu’elle élimine, et c’est le Liban qui se remet
proportionnellement à revivre ! Les soldats d’Israël font, une
nouvelle fois, notre travail. A nouveau, comme en 82, nous assistons,
lâches, terrés, minables et en les insultant, en plus, à
leur sacrifice héroïque qui nous permet de conserver l’espoir. De
ne pas être engloutis dans les entrailles de la terre. Car, bien
évidemment, à force de nous être souciés du
Liban-Sud comme de notre dernière chemise, d’avoir laissé
l’étranger se saisir des privilèges qui nous appartenaient, nous
n’avions plus la capacité de recouvrer notre indépendance et
notre souveraineté. Si, à l’issue de cette guerre, l’armée
libanaise reprend le contrôle de son territoire et se débarrasse
de l’Etat dans son Etat, qui œuvrait à la mort par asphyxie du
dernier cité, ce sera uniquement grâce à Tsahal, et cela,
tous ces poltrons de politiciens, de l’escroc Fouad Siniora, à Saad
Hariri, le fils du pilleur du Liban, et au général Aoun-le-droit,
le savent parfaitement.
Quant aux destructions causées par les Israéliens…
que voilà une autre imposture : regardez la carte satellite !
J’ai positionné, tant bien que mal, MAIS DANS DES PROPORTIONS CORRECTES,
les parties de ma capitale qui ont été détruites par
Israël. Il s’agit de Haret Hreïk
– en totalité – et des demeures des chefs du Hezbollah, situées dans
la grande banlieue chiite de Dayaa (comme ils l’écrivent) et que j’ai encadrée
en bleu.
En plus de ces deux zones, Tsahal a fait sauter un immeuble de
commandement du Hezbollah de 9 étages, dans la city de Beyrouth,
plus haut sur la carte que Haret Hreïk et légèrement
à gauche (au nord-ouest). Il s’agissait du "perchoir" de
Nasrallah à l’intérieur de la cité, par lequel il
affirmait sa présence-prédominance sur nous. Un entrepôt
d’armes syriennes dans le port, deux radars de l’armée, que des
officiers chiites avaient mis à la disposition du Hezb, et un camion
suspecté de transporter des armes, dans le quartier chrétien
d’Achrafieh.
De plus, les infrastructures routières et aéroportuaires
ont été mises hors d’état de fonctionner : elles
servaient à nourrir le Hezbollah en armes et en munitions. Hors ceci,
Tsahal n’a rien touché, rien abîmé, et tous ceux qui
parlent de la "destruction de Beyrouth" sont soit des menteurs, soit
des Iraniens, soit des antisémites, soit des absents. Même les
maisons situées à une ruelle des objectifs que j’ai
mentionnés n’ont pas été touchées, pas même
n’ont-elles subi une égratignure ; c’est, en regardant ce travail,
que l’on comprend la signification du concept de "frappes
chirurgicales" et que l’on peut s’extasier devant la
dextérité des pilotes juifs.

Carte
satellitaire de Beyrouth (Google Earth)
Cerné de rouge, le quartier rasé, de bleu, celui
où les demeures appartenant aux huiles de l’organisation terroriste ont
été détruites (Michaël Béhé)
Beyrouth, tout le reste de Beyrouth, 95 % de Beyrouth, vit et respire
mieux qu’il y a deux semaines. Tous ceux qui n’ont pas fait cause commune avec
le terrorisme savent qu’ils n’ont strictement rien à craindre des avions
d’Israël, bien au contraire ! A titre d’exemple, hier soir, le
restaurant où je suis allé manger était plein à
craquer et j’ai dû attendre 21h 30 pour pouvoir m’attabler. Les gens sont
tout sourire, détendus, mais personne ne les filme : drôle de
destruction de Beyrouth, n’est-il pas ?
Bien sûr, il y a les quelques 500'000 réfugiés du
Sud, qui vivent une véritable tragédie et qui ne sourient pas,
eux. Mais Jean (Tsadik. Ndlr), qui a les yeux rivés sur Kfar Kileh, et
dont j’ai appris que l’on pouvait croire chaque parole, m’assure que la
quasi-totalité des maisons desdits réfugiés sont intactes.
Ils pourront donc y revenir dès que le Hezbollah aura été
vaincu.
La défaite des intégristes chiites d’obédience
iranienne est imminente. Les bilans communiqués par les séides de
Nasrallah et par la Croix-Rouge libanaise sont trompeurs :
premièrement, sur les 400 morts déclarés par le Liban,
seuls 150 sont de vraies victimes civiles collatérales de la guerre, les
autres étaient des miliciens sans uniforme au service de l’Iran. Le
reportage photographique de Stéphane Juffa Les civils des bilans
libanais… pour notre agence constitue à ce jour la preuve
tangible unique de ce gigantesque bidouillage morbide. Ce qui rend ce document
éminemment important.
De plus, l’organisation de Hassan Nasrallah n’a pas perdu 200
combattants, comme l’affirme Tsahal. Ce chiffre ne concerne que les combats
s’étant déroulés à la frontière, encore
est-il sous-évalué par les Israéliens, pour une raison que
j’ignore, d’une centaine de miliciens éliminés. Le bilan
réel des pertes du Hezbollah, celui qui inclut les morts de Beyrouth, de
la Bekaa, de Baalbek et de ses autres camps, bases de lancement de roquettes et
de missiles et dépôts d’armes et de munitions
s’élève à 1'100 Hezbollani supplémentaires qui ont définitivement
cessé de terroriser et d’humilier mon pays.
Comme l’immense majorité des Libanais, je prie pour que personne
ne mette fin à l’attaque israélienne avant qu’elle n’ait fini de
désosser les terroristes. Je prie pour que les soldats hébreux
pénètrent dans tous les recoins du Sud-Liban et en chassent, à
notre place, la vermine qui s’y accroche. Comme l’immense majorité des
Libanais, j’ai mis le Champagne au frais pour fêter la victoire des
Israéliens.
Mais, au contraire d’eux, je sais admettre, pour paraphraser Michel
Sardou, qu’ils combattent également pour notre liberté, une autre
bataille "où toi tu n’étais pas" ! Et, au nom de
mon peuple, je veux exprimer ma reconnaissance infinie aux parents des victimes israéliennes, civiles et
militaires, dont les êtres aimés sont aussi tombés pour que
je puisse vivre debout dans mon identité. Qu’ils sachent que je les
pleure avec eux.
Quant à la clique de minables qui fait florès à la
tête de mon pays, il est temps qu’ils comprennent qu’après cette
guerre, après que nos alliés naturels nous auront
débarrassé de ceux qui nous empêchaient de reconstituer un
Etat, un cessez-le-feu ou un armistice ne suffiront pas. Pour assurer l’avenir
du Liban, il faudra qu’ils comprennent qu’il est temps de faire la paix avec
ceux contre qui nous n’avons aucune raison de faire la guerre. Il n’y a, en
effet, que la paix qui assure la paix. Il faut bien que quelqu’un le leur dise,
car dans ce pays, on n’a pas appris ce qu’étaient les lapalissades…
Note :
[1] Michaël Béhé fait allusion au Horla, un
livre de Guy de Maupassant [Ndlr]