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Le soldat inconnu s’est retourné dans sa tombe (info # 013005/6)
Par Serge Farnel

Mardi 30 mai [15:45:00 UTC]

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© Metula News Agency







La France honore un assassin de 40'000 Juifs sur l’emplacement le plus symbolique de la République

Insuffisant, avec des articles du genre de celui de l’Obs, pour donner aux Juifs l’envie de foutre le camp ?




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Comme nous le signalions dans notre dépêche du vendredi 26 courant, une commémoration en l’honneur du pogromiste ukrainien Simon Petlioura s’était tenue la veille, à Paris, sur la tombe du soldat inconnu. La Mena, seul organe de presse dont le correspondant est parvenu à rester sur les lieux, a pu constater de visu que la France officielle ne s’est pas contentée d’assurer la sécurité d’une manifestation de laquelle elle aurait pu rester à l’écart, mais qu’elle y a concrètement participé, comme le prouvent notamment un certain nombre de nos clichés photographiques.

En marge de cette commémoration, et devant les dénégations surprenantes de l’ambassade d’Ukraine, il me semble nécessaire de resituer la factualité historique des pogroms qui furent perpétrés, en 1919 et 1920, dans les provinces d’Ukraine, par l’Armée nationale ukrainienne, sous le commandement de Simon Petlioura.

 

Kichinev : le plus « célèbre » pogrom [1] de Russie (1903)

 

Il nous faut remonter au pogrom de Kichinev, au tournant du siècle, pour comprendre le rôle de certains de ses acteurs, qui interféreront plus tard avec Petlioura.

 

Dans les années 1898-1900 le parti socialiste révolutionnaire se constitua en Russie, avant de faire assassiner, en 1902, un certain Sipiaguine, alors ministre de l’Intérieur de l’empire. Celui-ci fut aussitôt remplacé par l’ancien chef de la police, le comte von Plehve, auquel le Tsar donna carte blanche aux fins de détruire les mouvements révolutionnaires. Or, de nombreux jeunes Juifs, que l’administration tsariste cherchait à convertir ou à expulser légalement par le biais de mesures discriminatoires [2], avaient rejoint les organisations pour lesquelles un soulèvement populaire général était la seule manière d’obtenir l’égalité de tous, y compris des Israélites, devant la loi. Aussi, Plehve amalgama-t-il les Juifs, en général, aux révolutionnaires. Il lui fallait, selon une expression couramment utilisée par la police de l’époque, « noyer la révolution dans le sang juif ».

 

Le plus « célèbre » pogrom de l’empire eut donc lieu en 1903, à Kichinev, à l’époque capitale de la Bessarabie (aujourd’hui de la République de Moldavie). Kichinev, où 50’000 Juifs et 60’000 Chrétiens vivaient côte à côte, et dont le journal principal, le Bessarabien, subventionné par le gouvernement, préfigurait, 90 ans plus tôt, la radio génocidaire rwandaise Radio Télévision Libre des Mille Collines (RTLM). Ainsi, tout comme les appels de la RTLM à tuer les Tutsis, qu’elle qualifiait de cafards, le Bessarabien incitait-il régulièrement au meurtre des Juifs qu’il vilipendait pour un oui ou pour un non.

 

Peu avant Pâques 1903, le Bessarabien accusa ouvertement la population juive d’avoir assassiné un garçon chrétien afin d’utiliser son sang dans le rituel de la Pâque juive, imputation qui rappelle l’acte de France Télévisions en 2000, qui, sur la base d’une mise en scène réalisée dans la Bande de Gaza, accusa les soldats israéliens (juifs) d’avoir tué l’enfant palestinien (non-juif) Mohammed Al-Dura. Cette récente accusation d’infanticide donna le signal de départ d’un appel aux musulmans à tuer les Juifs partout où la chose était possible, en Palestine et dans le monde.

 





Kichinev, Pâques 1903. Juifs massacrés pour un prétendu infanticide

A en croire certains témoignages contemporains, notre haine des enfants des autres serait atavique…

Du déjà vu : Attention !

 

Le ministre de l’Intérieur du Tsar, Plehve, saisit l’occasion de cette accusation de meurtre rituel pour adresser une lettre secrète au gouverneur de Kichinev, dans laquelle il lui ordonna, en cas d’attaques contre les Juifs, d’empêcher la police d’intervenir. L’ordre de Plehve ne peut manquer de nous renvoyer à une autre analogie historique – les mécanismes génocidaires se répètent il est vrai la plupart du temps – s’agissait de la même "neutralité" dont fit preuve le colonel Rosier, chef du Commandement des Opérations Spéciales au Rwanda, lorsqu’il décida, comme il le confiera plus tard à Libération, que « les miliciens font la guerre. Par souci de neutralité, nous n’avons pas à intervenir ». C’est dans des environnements sécuritaires absolument identiques que furent mis en œuvre, le matin de Pâques 1903, le pogrom de Kichinev, et, en juin 1994, le massacre des Tutsis sur la colline de Bisesero au Rwanda.

 

Le pogrom de Kichinev suscita une vive indignation dans l’opinion publique occidentale, excepté auprès l’ambassadeur de France à Saint-Pétersbourg, l’ancien ministre français des Affaires Etrangères Maurice Bompard, qui écrivit dans un rapport en août 1903 : « Je passe sous silence les troubles du genre de ceux de Kishinev, parce qu’ils sont, pour ainsi dire, le contrecoup des troubles agraires. La population juive est une pépinière de nihilistes et d’agitateurs. ».

 

Le pogrom de Kichinev entraîna la seconde vague d’émigration juive vers la Palestine. Sous le choc, Théodore Herzl, le père fondateur du sionisme moderne, rencontra Plehve et lui déclara : « Aidez-moi à atteindre la terre ferme, et la révolte s’arrête. Et en même temps, les Juifs s’arrêteront d’adhérer au socialisme. ».

 

Après le pogrom de Kichinev, Jabotinsky rejoint le mouvement sioniste (1903)

 

C’est suite au pogrom de Kichinev qu’Herzl envisagea, brièvement et dans l’urgence, l’alternative de l’Ouganda au 6ème congrès sioniste mondial de Bâle, qui s’ouvrit le 23 août 1903, et auquel participa le Juif ukrainien Vladimir Jabotinsky, qui avait rejoint le mouvement sioniste peu après les massacres anti-Juifs. Jabotinsky s'imposa comme l’un des leaders du mouvement (il fut le fondateur du courant dit révisionniste au sein du sionisme) et organisa des unités d'autodéfense, destinées à répondre aux pogroms qui faisaient toujours rage en Russie. Il ne s’agissait pas là d’un pseudo groupe d’autodéfense, comme on en trouvera plus tard parmi les milices hutues interahamwe au Rwanda, ou parmi les organisations terroristes palestiniennes, ainsi autoproclamées afin de dissimuler leur vocation ethnocidaire. Il s’agissait alors, authentiquement, de se défendre pour sa survie.

 

Nourrissant l'espoir que le Royaume-Uni favoriserait l'établissement d'un Foyer National Juif si les Juifs aidaient, pendant la première guerre mondiale, les Britanniques à prendre possession de la Palestine alors aux mains de l’empire ottoman, Jabotinsky eut l’idée de mettre sur pied une force militaire juive, la Légion juive, qui n’existera cependant jamais officiellement. Néanmoins, en 1915, il créa, avec Joseph Trumpeldor, le Corps des muletiers de Sion, une unité de 562 hommes, qui se distingua lors de la bataille de Gallipoli sous les ordres du lieutenant-colonel Patterson. Cette unité fut dissoute la même année.

 

Deux ans plus tard, les Britanniques acceptèrent la formation de plusieurs unités juives, pour un total de près de 5'000 hommes, dont le 40ème bataillon, au sein duquel combattit David Ben Gourion, le 1er Premier ministre de l’Etat d’Israël. En 1918, Jabotinsky prit part aux combats contre les Turcs dans la vallée du Jourdain. Un an plus tard, après l’écroulement de l’armée turque, les unités juives furent dissoutes par les Britanniques.

 

Les pogroms de Petlioura (1918-1920)

 

Tandis que les unités juives étaient engagées sur le front dans les derniers mois de la première guerre mondiale, l’Ukraine, où vivaient alors la moitié des Juifs de l’ancien empire russe, avait profité du conflit pour, le 22 janvier 1918, proclamer son indépendance et se choisir Kiev pour capitale. Une guerre, qui dura jusqu’en 1920, fut alors déclarée entre Kiev et Moscou. Simon Petlioura, qui, en 1905, avait fondé le Parti travailliste ukrainien, présida, durant cette période, le directoire ukrainien indépendantiste ; il était le chef du gouvernement ukrainien.

 

Petlioura était également commandant en chef de l’Armée nationale ukrainienne. Il avait, à ce titre, donné carte blanche à sa milice nouvellement formée des Haïdamaks [3], dont le mot d’ordre révélateur était l’extermination des bolcheviques et des Juifs. Les Haïdamaks étaient à l’armée nationale ukrainienne ce que seront, trois quarts de siècle plus tard, les Interahamwe aux forces armées rwandaises, durant le génocide des Tutsis, et ce que sont aujourd’hui les milices arabes Djandjaouids au Darfour pour les autorités de Khartoum.

 





Simon Petlioura, héros national ukrainien, en 2006…

 

En 1919 eurent ainsi lieu, sous le prétexte captieux d’« expéditions punitives », des tueries dans des centaines de communautés, au cri de guerre de « mort aux Juifs et aux Bolcheviques » [4]. Il ne s’agissait plus, comme lors des pogroms russes de 1881 ou de 1905, de massacres qu’il était loisible au régime d’imputer à l’impulsion d’une population se livrant à des meurtres, des pillages et des viols. Il s’agissait, cette fois, de massacres qui, suivant les déplacements de l’armée nationaliste ukrainienne, avaient été parfaitement organisés. Un avant-goût de Shoah, en quelque sorte. On évalue les victimes juives de l'Ataman [5] Petlioura à près de 40’000, dans ces régions où le sang juif avait déjà abondamment coulé aux 17ème et 18ème siècles.

 

Cette année 1919, parmi les pogroms perpétrés pendant près de quatre mois par les unités alliées de l’armée nationale ukrainienne, beaucoup eurent lieu dans la province de Podolie, au sud-ouest de l’Ukraine. A Brazlav, Raigorod, Litine, à Monastiristch, Khmelnik, Proscourov, les Haïdamaks allaient de maison en maison, massacrant, violant, mutilant femmes et hommes juifs. Ils se livrèrent également à des pogroms à Orinine, à Olgopol et à Berhad, où des centaines de Juifs furent abattus.


La même année, dans le district de Kiev même, sous le commandement de divers Atamans, les Juifs subirent aussi des massacres et des violences. A Radomysl, près de 400 Juifs furent égorgés et de nombreuses femmes violées. Les pogroms de la province de Kiev se poursuivirent en 1920. Plus de cent Juifs furent égorgés et moult autres blessés lorsque des bandes de rebelles déclenchèrent, à Jachkov, un pogrom qui dura huit jours.

 





Felshtin 1919. A force de mensonges antisémites…

 

L’Armée nationale ukrainienne, sous le commandement de Simon Petlioura, a directement pris part aux pogroms. L’un des plus sanglants fut, sans doute, celui déclenché, en 1920, dans le district de Kiev, à Hodorkov. Au cours de ce massacre, les soldats de Simon Petlioura, ont, douze heures durant, égorgé près de 700 Juifs, en blessant quelque 800 autres.

 

L’armée russe, devenue l’Armée rouge des suites de la révolution, finalement victorieuse du conflit opposant Moscou à Kiev, mit un terme à la courte indépendance de l’Ukraine, qui fut rattachée à l’Union Soviétique.

 

Alors que cessent les pogroms de Petlioura, débute la diffusion des Protocoles des Sages de Sion

 

Au début du XXème siècle, la police politique secrète du Tsar s’était appuyée, aux fins antisémites et politiciennes que l’on a mentionnées précédemment, sur le faussaire Mathieu Golovinski, pour qu’il rédige un brûlot accusateur des Juifs et de leurs traditions. Les Protocoles des Sages de Sion furent ainsi rédigés à Paris, en 1900 ou 1901. En mai 1920, année de la fin des pogroms de Petlioura, le Times mordait à l’hameçon et faisait connaître le faux antisémite au grand public, se rattrapant toutefois, un an plus tard, en titrant « La fin des Protocoles » et en publiant la preuve de l’imposture. Le journal anglais avait, en effet, identifié une supercherie consistant en ce que Golovinski avait repris le pamphlet de Maurice Joly contre Napoléon III, un Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu, texte dans lequel « la France » avait été remplacée par « le monde » et « Napoléon III » par « les Juifs ».

 

Cette découverte confondante n’arrêta toutefois pas l’éditeur Grasset, qui publia les Protocoles l’année même où la mystification fut dévoilée.

 

Hitler mentionna les Protocoles dans son ouvrage Mein Kampf et en fit la pièce maîtresse de la propagande antisémite du IIIème Reich. Les éditions Grasset continuèrent à imprimer et à réimprimer diverses versions du faux antisémite avéré, ce jusqu’en 1938.

 

 

 

A suivre …

 

 

 

Notes :

 

[1] Pogrom est un mot russe venant de po- « entièrement » et gromit- « détruire ». Il s’agit d’un soulèvement violent, souvent meurtrier, d’une émeute tolérée ou soutenue par le pouvoir, accompagnée de pillages contre une communauté juive.

 

[2] Dans son ouvrage La Destruction des Juifs d’Europe (Fayard, mai 1988, 69 €), Raul Hilberg écrit que « ni les politiques ni les actions anti-juives n’apparurent brusquement en 1933 ». Il rappelle « qu’il y a eu, depuis le quatrième siècle de notre ère, trois politiques anti-juives successives, celle de la conversion, celle de l’expulsion, celle de l’annihilation. La deuxième apparut en remplacement de la première, et la troisième surgit en remplacement de la deuxième ».  Ainsi en est-il de la purge des Juifs de Moscou de 1891, qui fit suite à la promulgation d’un décret, en date du 29 mars 1891, qui mit en pratique les modalités de cette expulsion.

 

[3] Les Haïdamaks étaient des milices constituées de paysans et de cosaques locaux. Ces derniers formaient un groupe de population d'Europe orientale et de parties de l'Europe adjacentes à l'Asie. Ils vivaient sur les terres dépeuplées à la suite de l’invasion mongole du 13ème siècle, qui avait entraîné la fuite vers l’ouest des survivants des massacres. Batu Kahn, le petit-fils de Gengis Kahn, le premier empereur mongol, s’empara de Kiev en 1240 et marqua peu à peu son indépendance vis-à-vis de l’empire, en fondant la Horde d’Or, dont les descendants furent les Tatars, qui, longtemps, dominèrent la région. C’est dans les steppes de la région de la Kiévie, appelée Ukraine (U-Kraina signifiant « le pays après »), que vivaient en hommes libres les cosaques.

 

A partir du 17ème siècle, les nobles polonais colonisèrent cette région avec leurs serfs. Ceux qui refusèrent la soumission formèrent des groupes plus à l’Est et se révoltèrent fréquemment ; la plus célèbre de leur révolte fut celle conduite par Bohdan Chmielnicki en 1648 (voir note [5]).

 

Après l'occupation de l'Ukraine par les souverains russes, une partie importante des cosaques se mit à leur service, exécutant des sombres besognes pour ses nouveaux maîtres. Ces cosaques, formaient une population hétérogène, composée de paysans ayant fui les obligations imposées par leurs seigneurs, les pauvres des villes de Pologne et du grand-duché de Lituanie, ainsi que d’aventuriers venus de toute l’Europe, y compris de France.

 

[4] Dans un précédent article paru dans les colonnes de la Ména, nous évoquions comment le génocide des Juifs avait pu être déclenché par la peur des Bolcheviques [lire l’article de la série « Rwanda »] :

 

"Dans son essai intitulé "Pour une critique de la barbarie moderne", Enzo Traverso nous rend compte de ce que furent les crimes nazis pour l’historien allemand conservateur Ernst Nolte" ; ce triste personnage que Raphaël Lellouche évoqua dans l’un de ses article, considérant qu’ils ne furent rien d’autre qu’« une réplique aux exterminations pratiquées par les Bolcheviques, la matrice ultime et décisive de toutes les horreurs du XXe siècle », tenta de réhabiliter Hitler, qui se serait « rendu coupable d'un excès déplorable dans l'effort historiquement justifié de défendre l'Allemagne et l'Occident contre la menace communiste ».

 

[5] Le Hetmanat est l'organisation militaire, politique et sociale des cosaques ukrainiens des 17ème et 18ème siècles, dirigée par un Hetman (ou Ataman). Son apparition en tant qu'organisation politico-militaire est liée à celle des combats livrés dans le but de conserver les libertés acquises par les cosaques lors de la révolte de 1648, sous l’impulsion du Hetman Bohdan Chmielnicki. Ce dernier parvint à soulever toute l’Ukraine, battit l’armée polonaise à plusieurs reprises et, nonobstant les massacres de dizaines de milliers de Juifs lors de pogroms, devint, à l’instar de l’assassin Petlioura, une véritable légende, symbole de la résistance cosaque et héros ukrainien. La dissolution officielle du Hetmanat fut l'œuvre de la tsarine Catherine II, mais cette organisation connut une courte résurrection en 1918, sous le Hetman Pavlo Skoropadskyï.

 

 

 

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