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Un étendard sanglant à laver (9ème partie) (info # 010604/6)
Par Serge Farnel

Jeudi 06 avril [13:53:00 UTC]

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© Metula News Agency









Diantre merde, un pays comme le nôtre ne peut pas collaborer à une solution finale tous les soixante ans !


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Les cadets de la Division Charlemagne (division française de la Waffen SS) III

 

Dans un courrier en date du 27 avril 2005, Michèle Alliot-Marie, ministre de la Défense, assura au Tribunal aux Armées de Paris (TAP), aujourd’hui saisi de plaintes contre des militaires français, la « totale détermination du ministère à apporter son entier concours aux investigations qui seraient conduites et à favoriser sans aucune réserve la manifestation de la vérité ».

 

Nous de constater dans les faits le caractère pour le moins peu constructif des interférences dudit ministère dans le travail de la justice durant l’instruction de ce dossier. Nous ne tarderons pas, d’ailleurs, à décrire à nos lecteurs par le menu ce qu’entendait le ministre de la Défense et qui prit rapidement les allures d’une « totale détermination à apporter son entier concours » au report de ladite investigation aux calendes grecques.

 

Il nous aurait fallu être totalement insensibles pour ne pas trébucher sur le déphasage patent existant entre les témoignages que nous avons recueillis au Rwanda et l’idée que Madame le ministre se fait des soldats de la France. Cette inadéquation prend des proportions inconciliables dans la première partie du livre de Michèle Alliot-Marie Le chêne qu'on relève (Editions Odile Jacob, collection Document, septembre 2005, € 40,00), où les militaires de la grande muette sont carrément proposés en exemple à la société, voire idéalisés.

 

Pas étonnant donc que notre ministre aux armées, après avoir déclaré que « dans cette affaire, il y a eu beaucoup de passions », crut bon d’ajouter que « la justice est là pour permettre d’éviter que ces passions n'entraînent encore des agitations inutiles ».

 

L’utilité de la Justice, à ce qu’il nous semble, consiste surtout à établir la vérité, à identifier les coupables de forfaitures et à s’assurer qu’ils soient punis de façon proportionnelle à leurs crimes. Et tant pis, si en remplissant sa tâche, la Justice réveille des agitations inutiles. Encore faudra-t-il qu’Alliot-Marie nous fasse la leçon et enseigne aux Français à distinguer les agitations utiles de celles qui ne le sont pas !

 

Ceux qui, à notre instar, ne sont pas complètement assoupis, ont vraisemblablement ressenti un effroi de la tête aux pieds à entendre un ministre de la guerre redéfinir, à la volée, pour la justice un nouveau rôle qui ne fut jamais le sien.

 

Les lecteurs jugeront d’eux-mêmes si la vérification des deux prochains témoignages que nous publions ci-après, et éventuellement le châtiment des coupables, procèdent ou non d’une agitation inutile. Il est vrai que l’ethnocide des Tutsis a fait un million de morts parmi des civils, dont plus de la moitié étaient des enfants, et que les témoignages qui commencent à s’accumuler affirmant la participation de nos soldats à cette boucherie déclenchent chez nous quelque chose qui s’apparente à de la passion.

 

La passion de voir les faits reconnus par une justice que le pouvoir laisserait sereinement remplir ses fonctions perpétuelles ! Les monstres identifiés, punis, chassés. De voir leurs chefs et ceux qui savaient et qui ont sciemment œuvré à ne pas entraîner de passions qu’ils se sont octroyé le droit − qui n’est pas le leur − de juger inutiles, être sanctionnés. Sévèrement. Exemplairement. De façon à ce que ce genre de veulerie tenace soit extirpé, une fois pour toutes, des us politiques et militaires de ce pays. Diantre merde, un pays comme le nôtre ne peut pas collaborer à une solution finale tous les soixante ans !

 

Que ceux qui, aux fins d’intérêts passagers autant que méprisables, corrompent, du haut de leur ignorance, le pouvoir central sur lequel repose tout régime démocratique, soient confinés à des fonctions qui soient à leur portée. La France a déjà connu bien trop de ministres et de présidents qui ont ajouté aux malheurs du monde, en ne contrôlant ni ce qu’ils disaient ni ce qu’ils faisaient.

 

 

Témoin N.J. (les coordonnées complètes de ce témoin sont déposées auprès de notre rédaction)

 

Cellule Mutara, Secteur Mururu, Ville de Cyangugu

 

Objet: Apporter la lumière sur la participation de l'armée française dans le génocide

 

Je suis né et réside dans la Cellule Mutara, Secteur Mururu, Ville de Cyangugu.

En annexe figurent les documents certifiant, par un communiqué de la présidence de la République, de ma libération en date du 28 août 2005.

 

Voici les faits dont j'accuse les militaires français :

 

1. La réunion qu'ils ont organisée à Alicom (succursale d'une compagnie minière, Ndlr).

 

2. Les viols qui ont eu pour conséquence la mort de leurs victimes qui n’ont pu supporter le nombre de violeurs qui se sont succédé sur elles.

 

3. Le fait qu’ils nous ont distribué des armes afin de tuer les Tutsis.

 

4. Les pillages des véhicules dont ils vendaient les meilleurs au Zaïre (aujourd’hui République Démocratique du Congo, Ndlr).

 

5. Autre chose : lorsque nous nous sommes réfugiés au Zaïre, ils nous ont fait subir des entraînements militaires à Burongi, Kashusha, Miti et Tingi Tingi.

 

- Lors de la réunion organisée à Alicom, au milieu du mois d’avril et début du mois de mai, étaient présents trois Français venus dans une Jeep de marque Benz, ainsi que le colonel Simba Aloys et le député Kayonde. Nous fûmes invités, en notre qualité d'Interahamwe (milice génocidaire hutue, Ndlr), à recevoir les directives, tandis qu’ils étaient censés combattre les forces du FPR (Front patriotique rwandais, rebelles tutsis, Ndlr).

 

En conclusion de ladite réunion, ils nous ont ordonné de rechercher et de tuer tous les Tutsis, nous faisant remarquer qu’eux ne les connaissaient pas. C'est alors que les militaires français se sont rendus au stade Kamarampaka, ceci afin de brouiller les pistes. Mais ils nous avaient, au préalable, distribué des armes à feu, des grenades, ainsi que des machettes, qu'ils prenaient dans une grosse caisse qui se trouvait dans leurs véhicules. Nous sommes immédiatement partis à la recherche des Tutsis. Nous en avons abattus deux qui se cachaient dans un bosquet. Nous avons, par la suite, défriché tous les bosquets et en avons découvert deux autres que nous avons attaqués avec des grenades. En dépit de leurs nombreuses blessures, ils nous ont échappé. Nous leur avons tiré dessus en vain, mais du fait des nombreuses blessures dues à nos grenades, ils sont morts ailleurs.

 

Parmi les invités présents à la réunion figuraient Rutanga, Iyakaremye, moi-même, Ndihokubwabo, ainsi que d'autres dont je ne me souviens pas des noms. Nous étions plus ou moins au nombre de vingt.

 

- Il y a une maison rouge, juste au-dessous de la prison de Cyangugu. C’est à cet endroit qu'ils violaient les filles, ceci souvent à trois jusqu'à ce que mort s'ensuive. Personnellement je les ai vus violer une jeune fille d'à peu près 13 ans. Ils étaient trois militaires à abuser d'elle jusqu’à ce qu’elle en meure. Il y a aussi trois autres filles qui ont été violées par six militaires. Je n'ai aucune nouvelle d'elles. Elles étaient toutes nues. Là aussi j'étais présent.


- Des
véhicules appartenant à des Tutsis qui venaient d'être assassinés ont été embarqués dans l'avion qui était stationné sur l'aérodrome de Kamembe. Ils ont été débarqués à l'aérodrome de Kavumu au Zaïre. Ces véhicules étaient pleins de sang, ce qui prouve que les propriétaires venaient de se faire tuer. Juste après notre fuite au Zaïre, je me suis chargé de les vendre avec la complicité de Roger Simba, fils de Simba Aloys. Nous remettions la recette de ces ventes aux Français que nous avions trouvés à l'aérodrome de Kavumu (au Zaïre près de Bukavu).

 

NB : Cet avion français transportait également des armes du Rwanda vers l'aérodrome de Kavumu au Zaïre, car ils ne tenaient pas à ce que les Zaïrois (les Congolais) s'en saisissent à la frontière terrestre. A Kavumu, ces armes étaient réceptionnées par le colonel Gasarabwe, le député Kayonde, le colonel Simba, ainsi que d'autres officiers des FAR (Forces armées rwandaises, hutues. Ndlr) dont j'ignore les noms. Ces armes étaient ensuite livrées à Burongi, Kashusha, Miti et ailleurs où nous, Interahamwe, étions formés par les Français et les FAR. Ils nous préparaient à revenir et nous apprenaient à tuer tous les Tutsis au Rwanda. Quant à moi, j'ai subi l'entraînement sur le site de Burongi. Tout cela s’est poursuivi à Tingi Tingi, à Kisangani, ...

 

Lorsque j’ai compris leurs objectifs, je suis parti du Gabon où j’étais alors en 1997, et suis revenu au Rwanda. Je suis également allé à Kinshasa, au Congo-Brazzaville (là aussi les Français ont formé les Interahamwe qui étaient au service de Sassous Nguesso, ainsi que ceux venus de Bangui).

 

Je suis prêt, à tout moment, à témoigner et à donner de plus amples informations.

 

Fin du témoignage

 

 

Témoignage suivant :

Témoin N.Y. (les coordonnées complètes de ce témoin sont déposées auprès de notre rédaction)

 

Gisenyi-Ville

 

Objet : Marché de Gisenyi

 

J’accuse l'armée française de tueries auxquelles elle s’est adonnée d’octobre 1990 jusqu’à l’année 1994.

 

À l’époque, les militaires français avaient érigé des barrières de contrôle sur les routes. Avec l’aide de l'armée de Habyarimana, ils contrôlaient les pièces d'identité et, chaque fois qu'ils constataient la mention « Tutsi », son propriétaire était retenu et maltraité. Ils lui crachaient au visage, le traitant de paria dans son propre pays.

 

Lors de la libération de la prison de Ruhengeri par les forces du FPR (Front patriotique rwandais, rebelles tutsis, Ndlr), les militaires français se sont jetés sur les Tutsis de Bagogwe et les ont massacrés en les traitant d’Inkotanyi (les bagarreurs, surnom des rebelles tutsis. Ndlr). Parmi les victimes, les membres de la famille Semutanga, Faustin, qui jouait dans l'équipe de football Étincelle : lui, sa mère, son père, ses frères, et plus de 200 Bagogwe y ont perdu la vie. Toutes ces familles ont été embarquées dans des camions militaires. Elles étaient accusées d'être des Inyenzi (cancrelats. Ndlr) ayant attaqué le camp de Bigogwe. Pourtant, ce n’étaient que des pauvres paysans qui habitaient la contrée. Leurs dépouilles nous sont revenues, ramenées par les militaires français.

 

J'accuse encore les militaires français d'avoir procédé à l'entraînement des Interahamwe (milice génocidaire hutue, Ndlr). Ils leur ont appris à tuer. Sans leur aide, il n’y aurait pas eu de massacre. Ils ont soutenu les criminels auprès de la communauté internationale, aussi bien sur le plan politique que par des actions militaires, de telle sorte que les Interahamwe ont agi sans être inquiétés, soutenus qu’ils étaient par un lion (le témoin fait ici référence au dicton rwandais selon lequel celui qui est soutenu par le lion peut puiser de l'eau en priorité, Ndlr). Lorsqu’ils (les Français, Ndlr) ont créé la zone turquoise, les victimes, qui avaient réussi à se cacher, ont fait leur réapparition, se croyant alors en sécurité. Les malheureux ont été jetés en pâture à leurs bourreaux.

 

Je témoigne par la présente, attestant que j'ai perdu toute ma famille dans ces événements, dont le responsable est l'armée française. J'accuse donc l'Etat français qui se doit de répondre des actes de son armée.

 

En guise de conclusion à mon témoignage, je réclame que justice soit faite.

 

Je précise aussi que si je n'ai pas cité les noms des membres de ma famille disparus dans les événements décrits ci-dessus, c’est qu'à chaque fois que je les cite, j’en souffre énormément, ce qui a des conséquences négatives sur moi. Mais s'il le faut, je suis prêt à témoigner devant la Cour à qui, encore une fois, je réclame que justice soit faite pour réhabiliter les familles rescapées.

 

 

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