Les cadets de la Division
Charlemagne (division française de la Waffen
SS) II
A l'occasion de la dernière grande commémoration internationale
à Auschwitz, le président de la République
française, Jacques Chirac, a tenu à exprimer que « nulle
part le crime contre l’humanité ne (devait) trouver refuge ou
répit. » Il a ajouté que « la France assumera toujours
ses responsabilités sur son sol et au sein de la communauté
internationale pour empêcher ce retour vers les ténèbres de
l’histoire. » Dont acte.
Acte
qui implique que ceux qui seraient aujourd’hui tentés de
considérer que l’armée française est salie, non pas par
ceux de ses membres ayant participé à un ethnocide au Rwanda,
mais par ceux qui témoignent de cette participation, se tromperaient
gravement.
Tout
comme ceux qui prétendraient que notre nation doive cette salissure −
car salissure il y a, c’est indiscutable ! −, non à ceux de
nos responsables qui impliquèrent notre pays dans ce génocide, ou
ceux qui s’efforcent encore de nier qu’il a eu lieu et que notre armée y
a ACTIVEMENT
participé, mais à ceux qui exposent les faits de cette
collaboration avec le gouvernement génocidaire hutu, ressortissent d’une
errance aussi inconcevable.
Plutôt
que de non-sens, c'est assurément d'une stratégie qu'il faut
parler, conçue et entretenue par ceux qui, pour tenter d’échapper
à leurs responsabilités, convoquent le vieil argument des
anti-dreyfusards qui est celui de l'anti-France. Ainsi
espèrent-ils dévier le doigt accusateur qui les désigne,
et se placer, à l’occasion du lynchage dont ils sont eux-mêmes les
instigateurs, du côté de ceux qui tiennent les pierres
plutôt que de ceux qui les reçoivent !
L’un
des espoirs des partisans d’une France décente et regardable
réside dans le fait que ce soit l'armée française qui,
échappant exceptionnellement à ses anciens démons,
concernée au premier chef par les accusations dont elle est à la
fois la cible et la cause, décide de prendre les devants, se chargeant
par elle-même de faire le ménage dans ses rangs et d’y ramener la
lumière.
Pour
réhabiliter nos institutions, pour qu’elles retrouvent, après que
le scandale de la participation française au génocide aura
éclaté, la confiance nécessaire du public, on en arrivera
forcément à devoir séparer le bon grain de l'ivraie. Ce
sera le temps des sanctions, des mises à l’écart pour motifs
graves et des réformes, mais nous n’en sommes pas encore là.
Présentement, c’est encore de l'ivraie dont témoignent les deux
récits exclusifs que nous vous présentons ci-après.
Témoin M.A. (les coordonnées complètes de ce
témoin sont déposées auprès de notre rédaction)
Secteur
de Mukamira, District de Nyabihu, Province de l'Ouest
Objet: La participation
des Français au génocide de Bagogwe
En
1993, je vivais dans l'ancienne commune de Nkuli, dont je suis originaire. Un
soir, alors que j’étais en compagnie de trois filles et trois
garçons, tous Tutsis, je me suis rendue, après minuit, à
une soirée musicale au temple de Hesha. Nous sommes passés devant
une barrière dressée dans le virage de Hesha et tenue par des
soldats français, qui nous suivaient du regard.
A notre
retour, nous sommes repassés devant la barrière. Deux militaires
français nous y ont arrêtés, puis ont pris Mukankusi et
l'ont emmenée dans une tranchée, ceinturée par des sacs de
sable, où il y avait d'autres militaires. Quant à nous, ils nous
ont laissé partir. Lorsque je suis arrivée chez moi, j'ai
expliqué à ma mère ce qui nous était arrivé.
Elle est alors partie voir si Mukankusi était de retour, ou bien si elle
était morte. Ma mère l'a retrouvée chez elle. Les
militaires français en avaient abusé sexuellement.
Les
militaires français qui étaient déployés au virage
de Hesha, se chargèrent également de l'entraînement des
militaires rwandais qui campaient au marché de Mukamira : ils venaient
chercher les Tutsis instruits pour les emmener faire les rondes (en
Algérie les militaires français appelaient ce mode
d’extermination la "Corvée de bois". Ndlr). Ces derniers ne
revenaient pas. Ils disparaissaient. Les filles, elles, revenaient après
avoir subi des abus sexuels.
Voici
quelques noms de jeunes qui ont disparu pendant les rondes et qui n’ont jamais
réapparu :
-
Kayobotsi
-
Panda
-
Kanyungunyungu
Fin du
témoignage
Témoignage
suivant :
Témoin H.J. (les coordonnées complètes de ce
témoin sont déposées auprès de notre
rédaction)
Cellule
(région, selon les partitions géographiques en usage au Rwanda.
Ndlr) Bureramana, Secteur Mururu, Ville de Cyangugu
Objet : Mon
témoignage sur la complicité de l'armée française
dans le génocide.
Je
suis résident de la cellule Bureramana, secteur Mururu
Je
vais démontrer la participation de l'armée française dans
le génocide à partir de 1991.
J'ai
été enrôlé dans l'armée de feu Habyarimana en
1991, et formé par les militaires français dans le camp de
Bigogwe, dans la préfecture de Gisenyi. Lors de notre formation, nos
instructeurs français nous ont transportés sur les lieux
où habitaient les Tutsis Bagogwe et nous ont ordonné de mettre en
pratique les leçons apprises pendant l'entraînement. Si on ne le
faisait pas, on était censé en subir les conséquences,
étant donné que ces Bagogwe envoyaient leur progéniture
rejoindre le FPR-Inkotanyi (l’armée tutsie. Ndlr) en Ouganda. Les ordres
étaient clairs : tuer !
Il
arrivait même que nos instructeurs nous donnent l'exemple en nous
montrant comment s'y prendre, ceci afin de nous ôter toute
appréhension. Ces faits ont continué jusqu'en 1993, année
où les Français ont commencé à former les
Interahamwe (milices génocidaires hutues, Ndlr). Sur la fin de leur formation,
ils reçurent de leurs instructeurs des fusils, des munitions et des
grenades. Quant à moi, je suis parti du camp de Bigogwe le 6
février 1994, et suis rentré chez moi dans le cadre d’un
congé annuel. J’y suis tombé gravement malade. Le génocide
a débuté alors que j’étais toujours chez moi à
Cyangugu. Je me suis retrouvé embrigadé dans les actes de
génocide par les autorités locales de l'époque. Il
s’agissait notamment du lieutenant Ishimwe Samuel, commandant du camp Karambo,
du préfet Bagambiki Emmanuel, de Ncamihigo Samuel et d’autres.
Au
mois de juin, les Français sont venus aider les Hutus, parce que les
Inkotanyi venaient de démontrer leur capacité à vaincre le
gouvernement intérimaire. Nous sommes allés les accueillir (les
soldats français. Ndlr) au poste frontière de Ruzizi I.
Aussitôt arrivés, ils ont commencé à nous distribuer
du matériel, dont des fusils, des machettes et des grenades. Ils nous
ont dit qu'ils étaient là pour nous aider à combattre et
secourir les Hutus, et nous ont apporté du matériel. Ils nous ont
ordonné de défricher les broussailles pour que nous puissions
débusquer les Tutsis qui s'y cachaient. Les Tutsis qui étaient
découverts étaient présentés aux militaires
français qui, par la suite, nous donnaient la permission de les tuer.
Ensuite, ils nous ont ordonné de jeter les dépouilles dans la
rivière Ruzizi.
Peu
après, les cadavres ont commencé à flotter sur la
rivière. Les militaires français, commandés par un sergent
de couleur de peau noire, qui était en charge du détachement de
Mururu, nous ont réprimandé à cause de ces cadavres. Ils sont
alors montés dans une barque et nous ont demandé de regarder
comment on règle le problème des « flotteurs ». Ils ont
alors éventré les cadavres qui, ainsi lestés,
coulèrent à pic. Ils faisaient tout ça en nous
prévenant qu’au-dessus de nous, il y avait des instruments (satellites,
Ndlr) qui pouvaient nous photographier et découvrir les cadavres. Ainsi
sommes-nous restés à collaborer avec les militaires
français qui ne manquaient pas une occasion pour nous encourager et nous
promettre que personne ne nous toucherait. Même les Inkotanyi ne
pourraient rien contre nous. À cette époque, ils m’ont
chargé de les approvisionner en femmes ou filles tutsies. Moi et mes
compagnons allions chercher des filles dans le camp de réfugiés
de Nyarushishi. Alors ils les violaient et lorsqu’ils en avaient fini, ils nous
donnaient la permission de les tuer. Parmi les victimes, il y avait de jeunes
adolescentes de 14 ans, voire plus jeunes.
Autre
chose : les militaires français ont volé des
véhicules qu'ils ont emmenés avec eux au Congo (République
Démocratique du Congo, Ndlr). Au mois d'octobre, lorsque nous
étions déjà réfugiés au Congo, les
militaires français ont continué à nous former. Ils nous
répétaient que nous n'avions pas perdu. Que notre statut de
réfugiés n’était qu’un repli tactique et qu'ils allaient
nous fournir les équipements militaires nécessaires pour que nous
rentrions en force au Rwanda, ceci dans les plus brefs délais. C'est
ainsi que les Français, en collaboration avec le Général
Kabirigi, créèrent une force qui était censée
s'infiltrer au Rwanda pour tuer les rescapés tutsis. Nous avons
commencé nos opérations au Rwanda pour tuer les Tutsis. Nous
ramenions parfois des Tutsis vivants qui étaient par la suite exécutés
par les Français eux-mêmes. Au moment des faits que je relate,
nous étions basés au camp Sayo, au Congo.
NB:
en vérité si l'armée française n'était pas
arrivée à Cyangugu, il y aurait eu moins de morts et plus de
rescapés tutsis. Moi-même qui témoigne, je porte, sur la
joue, la cicatrice d'une plaie causée par les Français pour le
motif que je n'avais pas participé à une ronde nocturne qui
devait empêcher les Tutsis de partir vers le Congo. En
vérité, les militaires français m'ont fait faire beaucoup
de mauvaises choses.
Par
exemple: parmi les filles que j'ai citées plus haut, et qui ont
été violées par les militaires français, je citerai
Mukankusi. Après l'avoir violée, ils nous ont ordonné de
la tuer.
À
partir de 1991 jusqu'en 93, plus de 500 Bagogwe furent tués.