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Un étendard sanglant à laver (8ème partie) (info # 010504/6)
Par Serge Farnel

Mercredi 05 avril [13:19:00 UTC]

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© Metula News Agency








Nous ramenions parfois des Tutsis vivants qui étaient par la suite exécutés par les Français eux-mêmes


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Les cadets de la Division Charlemagne (division française de la Waffen SS) II


A l'occasion de la dernière grande commémoration internationale à Auschwitz, le président de la République française, Jacques Chirac, a tenu à exprimer que « nulle part le crime contre l’humanité ne (devait) trouver refuge ou répit. » Il a ajouté que « la France assumera toujours ses responsabilités sur son sol et au sein de la communauté internationale pour empêcher ce retour vers les ténèbres de l’histoire. » Dont acte.

 

Acte qui implique que ceux qui seraient aujourd’hui tentés de considérer que l’armée française est salie, non pas par ceux de ses membres ayant participé à un ethnocide au Rwanda, mais par ceux qui témoignent de cette participation, se tromperaient gravement.

 

Tout comme ceux qui prétendraient que notre nation doive cette salissure − car salissure il y a, c’est indiscutable ! −, non à ceux de nos responsables qui impliquèrent notre pays dans ce génocide, ou ceux qui s’efforcent encore de nier qu’il a eu lieu et que notre armée y a ACTIVEMENT participé, mais à ceux qui exposent les faits de cette collaboration avec le gouvernement génocidaire hutu, ressortissent d’une errance aussi inconcevable.

 

Plutôt que de non-sens, c'est assurément d'une stratégie qu'il faut parler, conçue et entretenue par ceux qui, pour tenter d’échapper à leurs responsabilités, convoquent le vieil argument des anti-dreyfusards qui est celui de l'anti-France. Ainsi espèrent-ils dévier le doigt accusateur qui les désigne, et se placer, à l’occasion du lynchage dont ils sont eux-mêmes les instigateurs, du côté de ceux qui tiennent les pierres plutôt que de ceux qui les reçoivent !

 

L’un des espoirs des partisans d’une France décente et regardable réside dans le fait que ce soit l'armée française qui, échappant exceptionnellement à ses anciens démons, concernée au premier chef par les accusations dont elle est à la fois la cible et la cause, décide de prendre les devants, se chargeant par elle-même de faire le ménage dans ses rangs et d’y ramener la lumière.

 

Pour réhabiliter nos institutions, pour qu’elles retrouvent, après que le scandale de la participation française au génocide aura éclaté, la confiance nécessaire du public, on en arrivera forcément à devoir séparer le bon grain de l'ivraie. Ce sera le temps des sanctions, des mises à l’écart pour motifs graves et des réformes, mais nous n’en sommes pas encore là. Présentement, c’est encore de l'ivraie dont témoignent les deux récits exclusifs que nous vous présentons ci-après.

 

 

Témoin M.A. (les coordonnées complètes de ce témoin sont déposées auprès de notre rédaction)

Secteur de Mukamira, District de Nyabihu, Province de l'Ouest

 

Objet: La participation des Français au génocide de Bagogwe

 

En 1993, je vivais dans l'ancienne commune de Nkuli, dont je suis originaire. Un soir, alors que j’étais en compagnie de trois filles et trois garçons, tous Tutsis, je me suis rendue, après minuit, à une soirée musicale au temple de Hesha. Nous sommes passés devant une barrière dressée dans le virage de Hesha et tenue par des soldats français, qui nous suivaient du regard.

 

A notre retour, nous sommes repassés devant la barrière. Deux militaires français nous y ont arrêtés, puis ont pris Mukankusi et l'ont emmenée dans une tranchée, ceinturée par des sacs de sable, où il y avait d'autres militaires. Quant à nous, ils nous ont laissé partir. Lorsque je suis arrivée chez moi, j'ai expliqué à ma mère ce qui nous était arrivé. Elle est alors partie voir si Mukankusi était de retour, ou bien si elle était morte. Ma mère l'a retrouvée chez elle. Les militaires français en avaient abusé sexuellement.

 

Les militaires français qui étaient déployés au virage de Hesha, se chargèrent également de l'entraînement des militaires rwandais qui campaient au marché de Mukamira : ils venaient chercher les Tutsis instruits pour les emmener faire les rondes (en Algérie les militaires français appelaient ce mode d’extermination la "Corvée de bois". Ndlr). Ces derniers ne revenaient pas. Ils disparaissaient. Les filles, elles, revenaient après avoir subi des abus sexuels.

 

Voici quelques noms de jeunes qui ont disparu pendant les rondes et qui n’ont jamais réapparu :

 

- Kayobotsi

- Panda

- Kanyungunyungu

 

Fin du témoignage

 

Témoignage suivant : 

 

Témoin H.J. (les coordonnées complètes de ce témoin sont déposées auprès de notre rédaction)

Cellule (région, selon les partitions géographiques en usage au Rwanda. Ndlr) Bureramana, Secteur Mururu, Ville de Cyangugu

 

Objet : Mon témoignage sur la complicité de l'armée française dans le génocide.

 

Je suis résident de la cellule Bureramana, secteur Mururu

 

Je vais démontrer la participation de l'armée française dans le génocide à partir de 1991.

 

J'ai été enrôlé dans l'armée de feu Habyarimana en 1991, et formé par les militaires français dans le camp de Bigogwe, dans la préfecture de Gisenyi. Lors de notre formation, nos instructeurs français nous ont transportés sur les lieux où habitaient les Tutsis Bagogwe et nous ont ordonné de mettre en pratique les leçons apprises pendant l'entraînement. Si on ne le faisait pas, on était censé en subir les conséquences, étant donné que ces Bagogwe envoyaient leur progéniture rejoindre le FPR-Inkotanyi (l’armée tutsie. Ndlr) en Ouganda. Les ordres étaient clairs : tuer !

 

Il arrivait même que nos instructeurs nous donnent l'exemple en nous montrant comment s'y prendre, ceci afin de nous ôter toute appréhension. Ces faits ont continué jusqu'en 1993, année où les Français ont commencé à former les Interahamwe (milices génocidaires hutues, Ndlr). Sur la fin de leur formation, ils reçurent de leurs instructeurs des fusils, des munitions et des grenades. Quant à moi, je suis parti du camp de Bigogwe le 6 février 1994, et suis rentré chez moi dans le cadre d’un congé annuel. J’y suis tombé gravement malade. Le génocide a débuté alors que j’étais toujours chez moi à Cyangugu. Je me suis retrouvé embrigadé dans les actes de génocide par les autorités locales de l'époque. Il s’agissait notamment du lieutenant Ishimwe Samuel, commandant du camp Karambo, du préfet Bagambiki Emmanuel, de Ncamihigo Samuel et d’autres.

 

Au mois de juin, les Français sont venus aider les Hutus, parce que les Inkotanyi venaient de démontrer leur capacité à vaincre le gouvernement intérimaire. Nous sommes allés les accueillir (les soldats français. Ndlr) au poste frontière de Ruzizi I. Aussitôt arrivés, ils ont commencé à nous distribuer du matériel, dont des fusils, des machettes et des grenades. Ils nous ont dit qu'ils étaient là pour nous aider à combattre et secourir les Hutus, et nous ont apporté du matériel. Ils nous ont ordonné de défricher les broussailles pour que nous puissions débusquer les Tutsis qui s'y cachaient. Les Tutsis qui étaient découverts étaient présentés aux militaires français qui, par la suite, nous donnaient la permission de les tuer. Ensuite, ils nous ont ordonné de jeter les dépouilles dans la rivière Ruzizi.

 

Peu après, les cadavres ont commencé à flotter sur la rivière. Les militaires français, commandés par un sergent de couleur de peau noire, qui était en charge du détachement de Mururu, nous ont réprimandé à cause de ces cadavres. Ils sont alors montés dans une barque et nous ont demandé de regarder comment on règle le problème des « flotteurs ». Ils ont alors éventré les cadavres qui, ainsi lestés, coulèrent à pic. Ils faisaient tout ça en nous prévenant qu’au-dessus de nous, il y avait des instruments (satellites, Ndlr) qui pouvaient nous photographier et découvrir les cadavres. Ainsi sommes-nous restés à collaborer avec les militaires français qui ne manquaient pas une occasion pour nous encourager et nous promettre que personne ne nous toucherait. Même les Inkotanyi ne pourraient rien contre nous. À cette époque, ils m’ont chargé de les approvisionner en femmes ou filles tutsies. Moi et mes compagnons allions chercher des filles dans le camp de réfugiés de Nyarushishi. Alors ils les violaient et lorsqu’ils en avaient fini, ils nous donnaient la permission de les tuer. Parmi les victimes, il y avait de jeunes adolescentes de 14 ans, voire plus jeunes.

 

Autre chose : les militaires français ont volé des véhicules qu'ils ont emmenés avec eux au Congo (République Démocratique du Congo, Ndlr). Au mois d'octobre, lorsque nous étions déjà réfugiés au Congo, les militaires français ont continué à nous former. Ils nous répétaient que nous n'avions pas perdu. Que notre statut de réfugiés n’était qu’un repli tactique et qu'ils allaient nous fournir les équipements militaires nécessaires pour que nous rentrions en force au Rwanda, ceci dans les plus brefs délais. C'est ainsi que les Français, en collaboration avec le Général Kabirigi, créèrent une force qui était censée s'infiltrer au Rwanda pour tuer les rescapés tutsis. Nous avons commencé nos opérations au Rwanda pour tuer les Tutsis. Nous ramenions parfois des Tutsis vivants qui étaient par la suite exécutés par les Français eux-mêmes. Au moment des faits que je relate, nous étions basés au camp Sayo, au Congo.

 

NB: en vérité si l'armée française n'était pas arrivée à Cyangugu, il y aurait eu moins de morts et plus de rescapés tutsis. Moi-même qui témoigne, je porte, sur la joue, la cicatrice d'une plaie causée par les Français pour le motif que je n'avais pas participé à une ronde nocturne qui devait empêcher les Tutsis de partir vers le Congo. En vérité, les militaires français m'ont fait faire beaucoup de mauvaises choses.

 

Par exemple: parmi les filles que j'ai citées plus haut, et qui ont été violées par les militaires français, je citerai Mukankusi. Après l'avoir violée, ils nous ont ordonné de la tuer.

 

À partir de 1991 jusqu'en 93, plus de 500 Bagogwe furent tués.

 

 

 

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