En regardant les journaux télévisés
français et les reportages spéciaux diffusés par les
différentes chaînes à l'occasion du troisième
anniversaire du déclenchement de l'opération militaire de
libération de l'Irak, je n'ai pu m’empêcher de repenser à
cet ancien dissident d'Union Soviétique qui me disait, après
quelques semaines passées à Paris : « L'avantage à Moscou,
c'est que nous avions une seule Pravda, ici vous en avez des dizaines ».
J'avais ajouté, je m'en souviens très bien, que la Pravda
présentait, comme la télévision soviétique, un
autre avantage sur nos media : personne ne croyait ce qu'on y disait.
Je crains que la plupart de ceux qui sont ici
abreuvés desdits media sont persuadés d’accéder à
la vérité.
Je ne m’attarderai pas sur les motivations de ceux qui
produisent ce genre de matériels. Il faut bien vivre de quelque chose et
ce n'est pas toujours facile de faire un métier honnête et de le
faire honnêtement. Je sais que l'infiltration de certaines professions
par des militants totalitaires de l'ultra-gauche a fait des ravages. Que la
haine de l'Amérique est aujourd'hui presque aussi répandue en
France que la haine des Juifs pouvait l'être au temps de Je suis
partout ; qu'aux yeux des tenants du « politiquement correct » un
assassin multirécidiviste est plus excusable qu'un partisan de George
Bush.
Le soutien indéfectible apporté par
l'administration Bush à Israël n'arrange rien, dans un pays
où l'antisionisme est devenu le visage new look de
l'antisémitisme ; et où, pour une part trop importante des
Français, les populations arabes sont ontologiquement incapables
d'accéder à la liberté et à la démocratie.
Et pourtant :
1. Contrairement à ce que disent les idiots utiles,
l'Irak disposait bien d'armes de destruction massive et ses dirigeants en planifiaient
encore la fabrication de bien d’autres : on trouve de nombreux documents et des
informations détaillées à ce sujet dans le livre du
général Georges Sada, Saddam's Secrets (Les secrets de
Saddam), publié voici peu aux Etats-Unis. Sada était l'un des
commandants de l'armée de l'air irakienne jusqu'à la veille de la
guerre.
De plus, les documents saisis en Irak sont peu à peu
décryptés (4% de l'ensemble monumental jusqu’à
maintenant), et ces documents « parlent ». Stephen Hayes, journaliste au Weekly
Standard, a publié au cours des deux derniers mois une série
d'articles accablants et très éclairés. On sait
désormais comment et quand les armes de destruction massive qui
étaient en Irak ont été déménagées.
Seuls ceux qui refusent avec obstination de savoir ne le savent pas.
Je ne doute pas un instant que ceux-ci poursuivent dans la
voie de la cécité volontaire ; pour se persuader de
l’existence des objectifs de Saddam Hussein en matière de programmes de
moyens de destruction massifs, il suffit pourtant de se souvenir qu’il avait
doté l’Irak, l’un des plus grands producteurs de pétrole du
globe, d’un réacteur nucléaire, identique en tous points à
ceux qui ont fourni notre uranium à usage civile ET militaire.
Quant à jeter le doute sur la véracité
de cette information, cela procède d’un exercice ardu, même pour
ceux de nos journalistes dont c’est l’un des modes opérationnels
habituels, puisque c’est la France et son président actuel qui avaient
fourni Osirak à Saddam Hussein. Mieux vaut donc, dans ces
conditions, omettre Osirak dans le questionnement relatif à
l’armement non conventionnel de l’Irak, ou prétendre qu’après la
destruction du réacteur par les Israéliens, le dictateur a
brutalement abandonné ses ambitions. Ce genre de demi réflexions
– abandonnées sitôt considérées ou
grossièrement ignorées – est devenue monnaie courante dans notre
régime soumis à la pensée unique.
2. L'immense majorité de la population irakienne se
considère comme ayant effectivement été
libérée de la dictature abominable de Saddam Hussein par les
troupes de la coalition. Comme le montrent de multiples sondages et
enquêtes d'opinion neutres et fiables, elle n'a aucune nostalgie de son
passé, elle est optimiste quant à l'avenir, souhaite vivre dans
une société libre, rejette avec horreur et dégoût
les actes terroristes qui la frappent, et ne craint qu'une seule chose
davantage que la violence terroriste : un retrait des troupes de la coalition
qui s'opérerait avant qu'une armée et une police irakiennes
pleinement opérationnelles ne soient sur pied.
Il existe de lourdes difficultés sur lesquelles je
reviendrai plus bas, mais il n'empêche que l'économie irakienne
connaît une croissance forte, le niveau de vie de la population a
considérablement augmenté, des biens de consommation inconnus
jusque là sont désormais disponibles dans le pays. Là
encore, de multiples données sont simplement disponibles pour tous ceux
qui veulent voir. Ma conception des droits de l'homme n’est pas à
géométrie variable ; selon moi, la population irakienne est
digne de respect et doit être traitée comme davantage qu'une chair
à canon pour tenants d'idéologies rances.
3. Des difficultés existent, écris-je. De
nombreuses dimensions de la réorganisation du pays après Saddam
ont été mal pensées. Des erreurs ont été
commises. Du temps et des vies humaines ont été perdus. Le risque
représenté par le terrorisme a été
sous-estimé et une violence meurtrière perdure dans le pays.
Mais aucune guerre n’est menée sans erreur et la
critique est aisée pour quiconque se contente de parler dans un salon
parisien. Encore les erreurs ne justifient-elles pas que l'on baisse les bras
face au terrorisme. D’ailleurs, sur le terrain, les objectifs essentiels des
terroristes n'ont pas été atteints. Ils voulaient chasser les
armées de libération : ils ont échoué. Ils
voulaient empêcher la tenue d'élections et la proclamation d'une Constitution
: ils ont échoué. Ils voudraient maintenant précipiter le
pays vers la guerre civile en procédant à des massacres atroces :
ils ont échoué jusqu'à présent.
Ils ne cessent de perdre du terrain. Le temps n'est pas de
leur côté. Je le répète, ceux qui veulent savoir
savent. Des journalistes tels que Bill Roggio rendent compte quotidiennement de
la réalité des opérations militaires en Irak, des
victoires remportées, de l'isolement croissant des assassins. Certes,
mais qui connaît ce journaliste et qui est capable, dans notre pays, de
mesurer l’exactitude de ses rapports sans lui faire un procès de
sale gueule à la place ? Encore faudrait-il, pour ouvrir cette
discussion, qu’on permette à l’opinion d’avoir connaissance du
contenu de ces rapports !
4. Les terroristes et ceux qui les soutiennent ont compris
que ce qui se joue en Irak dépasse de loin les frontières de
l'Irak. Il s’agit de l'affrontement entre l'islam radical et les tenants d'un
islam modéré, compatible avec le droit et la démocratie planétaires.
Les djihadistes partisans de l'islam radical sont conscients qu'ils ne peuvent
se permettre de perdre sans que toute leur cause ne s'effondre avec eux.
L’appui apporté aux terroristes par l'Iran
d'Ahmadinejad et la Syrie de Bachar el Assad démontre que ces deux
dirigeants saisissent les implications possibles d'une victoire des
modérés. En fait, celles-ci sont perceptibles dans tout le monde
arabe, dans tout le Proche-Orient, dans tout le monde musulman. Mais dans les
grands média américains, on semble parfois dupe également,
tant certains journalistes font leur métier de façon si
chiraquienne qu'ils devraient déjà avoir été faits
citoyens d'honneur de la ville de Paris.
Sans reparler des médias français, dans
lesquels tout discernement est résolument absent… Je n'ose aller
jusqu'à penser que les colporteurs de mensonges font sciemment leur
besogne. Si c'était le cas, ma seule consolation serait de me dire que
ces nouveaux suppôts du totalitarisme recevraient la leçon qu'ils
méritent si les totalitaires islamistes devaient, un jour et par un
malheur que je pense très improbable, remporter une victoire probante.
Je préfère penser que ceux-ci seront vaincus et que leurs
complices finiront seuls, aigres et les yeux crevés par leur pire
ennemie : leur abyssale stupidité.