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Un étendard sanglant à laver (3ème partie) (info # 010503/6)
Par Serge Farnel

Dimanche 05 mars [20:41:00 UTC]

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© Metula News Agency













Ils ne faisaient pas non plus partie d'Amaryllis, est-il bien nécessaire de le préciser pour tous les lecteurs qui ne sont pas actuellement 1ers ministres de la France ?





L’interpellation de Dominique de Villepin à l'Assemblée nationale

 

Le 11 mai dernier, à l'Assemblée Nationale, le député Jean-Claude Lefort interpella Dominique de Villepin, alors ministre français des Affaires Etrangères.

 

Il commença par lui indiquer qu'en 1998, la mission parlementaire sur le Rwanda s’était employée à « dégager la France de toute responsabilité » et que ses conclusions avaient « par la suite été contestées pour leur partialité et la censure de certains témoignages ». Il évoqua, par ailleurs, l’existence de « la mission citoyenne d’information » qui produisit des témoignages d’un « engagement de l'État français dans un massacre en cent jours de plus d'un million d'hommes, de femmes et d'enfants ». Le parlementaire demanda ensuite au ministre de la République ce qu'il comptait mettre en oeuvre « pour faire la lumière sur ces accusations de complicité de génocide qui pèsent sur la France et faire ainsi cesser un certain révisionnisme d'État », avant de conclure en lui demandant de porter à sa connaissance les mesures prises « pour instaurer un véritable contrôle démocratique de la politique africaine de la France ».

 

Si la question du parlementaire avait été posée ne serait-ce que deux semaines plus tard, de Villepin aurait pu laisser à son successeur Douste-Blazy le soin d'effectuer les figures imposées par la congruence avec la version de l'officialité française sur l'ethnocide des Tutsis. Manque de chance, las, pour Dominique Marie François Galouzeau, qui dut exécuter en personne les périlleuses acrobaties sémiologiques requises par cet exercice.

 

Fin septembre 2005, le Journal Officiel publia la réponse de l’actuel premier ministre. « Au moment du déclenchement des massacres », soutint ainsi de Villepin, « il n'y avait sur le terrain aucun soldat français autre que ceux de l'opération Amaryllis (opération qui se déroula du 9 au 14 avril 1994, et qui consista à procéder à l'évacuation des Occidentaux. Ndlr) ». De Villepin poursuivit dans cette logique, précisant que, par voie de conséquence, « aucun coopérant ni aucun militaire français - est-il besoin de le dire ? (sic) - n'avait ainsi pu participer, de près ou de loin, au génocide perpétré au Rwanda ».

 

« De près » : une enquête est ouverte...

 

L'argument utilisé par le ministre, selon lequel aucun militaire français n'aurait participé au génocide, fut-ce « de près ou de loin », est aujourd'hui malmené par des témoignages terribles autant que crédibles, au demeurant, car ils se recoupent parfaitement et s'appuient sur des critères de lieux et de temps vérifiables. Deux de ces témoignages ont été jugés recevables par le Tribunal aux Armées de Paris (TAP), et vont donc conduire à l'ouverture d'une enquête judiciaire. A en croire ces témoins, certains militaires français ne se seraient pas contentés de participer « de loin » à ce génocide, mais auraient bien pu joindre leurs compétences aux petites mains qui l'accomplirent. Fait fort dérangeant pour ceux qui attendent une attitude raisonnable de leurs gouvernants : lorsque de Villepin fit connaître la réponse officielle du Quai d'Orsay à Jean-Claude Lefort, il n'ignorait ni l'existence ni le contenu de ces plaintes, puisque icelles avaient été déposées sept mois auparavant !

 

Peut-être Villepin misa-t-il sur le succès des efforts soutenus déployés par le ministère de la Défense pour parvenir à ce que jamais l'on n’ouvrît ces enquêtes. Des efforts dont j'entends bien vous faire connaître par le détail et qui n'ajoutent rien à la réputation des institutions de mon pays. Ce n'est pas tout, la Ména publiera également, en exclusivité, d'autres témoignages accablants contre l'armée française, en cours de traduction du kinyarwanda, et qui sont susceptibles de conduire à de nouvelles plaintes devant le Tribunal militaire.

 

... et « de loin » : un génocide en pilotage quasi-automatique

 

De Villepin prit ensuite le risque, sans déciller, de mentir ouvertement au parlement – se faisant l'auteur d'une déclaration insensée que nous casserons menu – en clamant qu'il n'y aurait pas eu, « au moment du déclenchement des massacres », de soldats tricolores au Rwanda autres que ceux d'Amaryllis. Ainsi le 1er ministre invita-t-il ses auditeurs à s'appuyer sur son propre mensonge pour tromper la France.

 

Le corpus logique du ministre procédait d'un piège tendu aux parlementaires, car ni l'axiome, ni l'inférence posés par le ministre ne rendent compte, un tant soit peu, de la réalité qui gouverna ces événements tragiques.

 

Cette logique n’est d'ailleurs pas sans rappeler celle sous-jacente aux propos prononcés, sept ans plus tôt, par Charles Josselin, alors ministre de la Coopération, lorsqu'il avait, à l'instar du général Quesnot, fait observer à un journaliste de Ouest-France, le 17 octobre 1997, que « ce ne sont pas les Français qui tenaient les machettes qui ont tué plusieurs centaines de milliers de Tutsis ». Nous d'affirmer, en fonction des nombreuses preuves en notre possession, que de Villepin, Quesnot et Josselin interprétèrent des variations sur le seul et même thème de la dissimulation d'un génocide commis par procuration.

 

Pour comprendre ce dont nous traitons, il importe de garder en tête qu'à l'exception de l’interférence de quelques fonctions clés indispensables à la perpétration de l'ethnocide des Tutsis, le modus operandi concocté par les génocidaires ne nécessita d’autre présence militaire, dans le pays des mille collines, que celle des miliciens formés au massacre des populations tutsies par les soldats français au cours des quatre années qui l'avaient précédé. Ceci, bien entendu, complété par le recours aux petites mains du génocide qui obéissaient à leurs ordres. Lors, quand les membres de l’opération Amaryllis procédèrent à l’évacuation des ressortissants occidentaux, il importe de comprendre que c'est précisément à ces miliciens, dont ils avaient au préalable assuré la formation, qu'ils transférèrent la misérable destinée des civils tutsis.

 

Au moment du déclenchement du génocide, il n'y avait pas d'opération Amaryllis !

 

De Villepin venait de poser, à l'attention des députés-spectateurs, le décor d'une scène sur laquelle était censée s'être jouée, non pas un génocide, mais la tragédie d'une catastrophe naturelle. Si le ministre, lors de sa réponse au député Lefort, avait choisi de faire un discours de vérité, il aurait, à l'évidence, usé de l'expression « au moment du déclenchement du génocide ». De Villepin aurait ainsi situé l'instant précis et connu choisi par les planificateurs de l'extermination. En choisissant de parler du « moment du déclenchement des massacres », le candidat à la présidence de la république reste aussi imprécis dans le temps qu'on peut l'être lorsque l'on devise du déclenchement d'une épidémie dont il est quasiment impossible de connaître ni l'instant ni le lieu. Au contraire, le show de Villepin devant les élus du peuple présente une terre de laquelle surgiraient, de façon chaotique, des exterminations spontanées non identifiables.

 

Cependant que le « moment du déclenchement des massacres » est connu de tous les juges, de tous les Rwandais et de tous les spécialistes de l'étude du génocide. Il s'agit précisément du 6 avril 1994 au soir, dans les heures qui suivirent immédiatement le crash du Falcon 50 transportant le président rwandais hutu Juvénal Habyarimana. Ces premiers massacres n'avaient rien de spontané puisqu'ils furent perpétrés à partir de listes préétablies, comme nous l'avons démontré au-delà de tout doute raisonnable dans notre précédente enquête.

 

On attendit le lendemain pour qu'il soit question, au Quai d'Orsay, de demander à l’ambassadeur français au Rwanda, Jean-Michel Marlaud, « d’apprécier l’opportunité d’une évacuation de la communauté française, compte tenu de la dégradation brutale de la situation à Kigali. » C'est le 8 avril que le ministère des Affaires Etrangères annonça qu'il avait pris des dispositions « pour procéder à l’évacuation de (ses) ressortissants ». Et ce n'est que dans la nuit du 8 au 9 avril, soit deux à trois jours après le début du génocide, que se posèrent au Rwanda, dans le cadre de l'opération Amaryllis, les cinq premiers C-160 desquels débarquèrent environ deux cents hommes.

 

Au moment du déclenchement du génocide, le nom d'Amaryllis n'avait pas encore été publiquement prononcé, quand bien même l'activisme du gouvernement français laisse supposer qu'il se trouvait déjà à portée de main dans les tiroirs. Autrement dit, « au moment du déclenchement des massacres », contrairement à ce que déclare de Villepin ... l'opération  Amaryllis n'existait pas encore !

 

Coopérants français et armée rwandaise : une association de malfaiteurs

 

Que signifiait alors la phrase controuvée : « Au moment du déclenchement des massacres, il n'y avait sur le terrain aucun soldat français autre que ceux de l'opération Amaryllis » ?

 

Peut-être Villepin avait-il voulu dire aux députés, « qu'au moment du déclenchement des massacres », le 6 avril, il n'y avait au Rwanda que des soldats français autres que ceux participant à l'opération Amaryllis ? En d'autres termes, des soldats dont aucune opération d'évacuation ne justifiait alors la présence au Rwanda ?

 

En affirmant cela, il n'aurait toutefois rien dévoilé de plus que ce que la mission parlementaire avait déjà clairement consigné dans son rapport. Celui-ci mentionne en effet qu'il y avait « 24 assistants militaires techniques (AMT) restés au Rwanda après le départ des troupes de Noroît le 15 décembre 1993. » Ces AMT n'étaient ni plus ni moins que les coopérants militaires français au Rwanda. Ils dépendaient ainsi du ministère de la Coopération et non du ministère de la Défense.

 

Des coopérants militaires, tout coopérants qu'ils soient, restent des soldats. C'est en tous cas ce qu'établit un document officiel ayant lui aussi échappé à la vigilance de celui qui s'apprête à briguer la confiance de ses compatriotes. Le document dont je parle, consiste en la modification des accords d'assistance militaire technique qui liaient la France et le Rwanda depuis 1975, ceci en vue de « l’organisation et l’instruction de la gendarmerie rwandaise ». Cette modification, qui prit effet en 1983, autorisait très officiellement, dès cette date, les coopérants militaires français à être associés, de près et de loin, à toute préparation ou exécution d'opérations de guerre. Elle allait jusqu'à leur permettre de servir dans l’armée rwandaise sous l’uniforme rwandais !

 

Dans son rapport sur la réforme de la coopération militaire, en 2001, l'ancien député socialiste Bernard Cazeneuve a tenu à rappeler que « du fait de sa signification, le port de l'uniforme local, que du reste toutes les armées occidentales n'acceptent pas, est une concession politique, et un signe militaire fort qui ne doit pas être galvaudé. » Peut-être, sous l'uniforme de génocidaires étrangers, Villepin éprouva-t-il quelque difficulté à reconnaître nos soldats ?

 

A moi alors de renseigner notre 1er ministre, en lui indiquant qu'au soir du 6 avril 1994, ces soldats se trouvaient à Kigali dont certains au camp de Kanombe. C'est la fiche du ministère de la Défense du 7 juillet 1998 qui me l'indique (Enquête sur la tragédie rwandaise 1990-1994 [82, Tome II, Annexes, p.269]).

 

C'est que l'AMT Jean-Jacques Maurin était présent, dans la nuit du 6 au 7 avril, à la réunion du comité de crise à l'Etat-major de l'armée rwandaise au camp de Kigali. C'est en tous cas ce qu'il affirme dans le document suscité (page 350). Le lieutenant-colonel Maurin y précise, par ailleurs, dans son compte-rendu d’action, que des soldats AMT prirent le contrôle de l'aéroport dans la nuit du 8 au 9 avril. Il indique en ce sens que « fut mis en place l’équipe AMT du bataillon para rwandais à l’aéroport de Kanombe (dans le but de s’assurer) du contrôle de la tour et du dégagement de la piste d’atterrissage obstruée par des véhicules en vue de l’arrivée des premiers éléments d'Amaryllis».

 

L'officier français Maurin entend par là – un peu de précision dans ce jeu de rôles ne fera de mal à personne ! – qu'alors que l'armée rwandaise se livrait depuis deux jours à un génocide organisé, des soldats de notre armée encadraient l'un de ses bataillons d'élite pendant qu'il se livrait, à l'aéroport de Kigali, à une opération militaire coordonnée avec Paris.

 

Plus précisément encore : les assistants militaires techniques qui prirent le contrôle de l'aéroport, par hutus interposés, étaient ceux-là mêmes dont la fonction, au titre de la coopération française, consistait à assister le bataillon de commandos parachutistes qui était alors, aux cotés de la Garde présidentielle, en train de se livrer à un génocide à Kigali. Et pour prendre le contrôle de l'aéroport, il fallut bien que quelqu'un confère à nos poilus l'autorité leur permettant d'enjoindre la Garde présidentielle, mais aussi les para-commandos, à libérer la piste d'atterrissage.

 

Il n'est d'ailleurs, pour se convaincre de l'existence de cette coopération, que de se fier aux propos  tenus par l'amiral Lanxade à la télévision française aux tout débuts de l'opération Amaryllis, lorsque l'amiral déclara « tenir l'aéroport avec l'aide des forces armées rwandaises. » C'est ce que nous rappelle Danielle Birck dans La télévision et le Rwanda (Les Temps modernes, juillet 1995, p. 185). On ne peut certes, aujourd'hui, que s'étonner d'une telle franchise de cet officier supérieur, et plus encore de ce qu'elle n'ait entraîné aucune indignation particulière. Cette collaboration franco-génocidaire, en pleine perpétration d'ethnocide, est d'autant plus surprenante que les troupes de l'ONU qui, jusqu'alors, contrôlaient l'aéroport, étaient désormais tenues prisonnières par la Garde présidentielle rwandaise. Le même corps d'armée qui venait de transférer à la France le contrôle dudit aéroport.

 

Pour ceux qui se demandent de quelle manière a pu s'articuler une collaboration aussi étroite et fraternelle entre l'armée française et son homologue génocidaire des Forces Armées Rwandaises, il suffira de mentionner que Jean-Jacques Maurin n'était autre que le conseiller du Chef d'état-major desdites FAR.

 

Quant au lieutenant-colonel – un civil, donc, monsieur le 1er ministre ! – Grégoire de Saint-Quentin, il rapporta à la mission d'information parlementaire qu' « il résidait avec sa famille dans le camp de Kanombe, à une distance de 300 à 350 mètres à vol d’oiseau de l’endroit du crash ». C'est d'ailleurs là qu'il se trouvait « au moment du déclenchement des massacres » puisque l'officier Saint-Quentin précisa dans son élan, qu' « après que l’avion se fut écrasé dans le jardin de la résidence présidentielle, il avait entendu des tirs d’armes automatiques ».

 

Dans la correspondance qu'il adressa à la mission d'information parlementaire, le lieutenant-colonel de Saint-Quentin apporta des précisions sur son emploi du temps entre le 6 et le 12 avril 1994. « Il aurait », nous précise le rapport, « effectué en tout quatre visites à la résidence présidentielle (rwandaise) (les 6, 7, 9 et 11 avril). D'après ce que nous en savons, il est plus que probable que ce militaire ait eu à traverser, en toute impunité, des théâtres d'assassinats collectifs afin de se rendre à ces dates auprès de leurs commanditaires. Ce que l'on sait aussi, c'est que lesdites visites à répétition n'ont aucunement incité les chefs des tueurs à mettre fin à leurs crimes de guerre et contre l'humanité.

 

Quatre sous-officiers assistants militaires techniques logeaient également dans le camp de Kanombe où résidaient les commandos-parachutistes rwandais, à l'encadrement desquels Saint-Quentin était affecté. Ce lieutenant-colonel qui se trouvait à Kigali et qui avait le droit de porter l'uniforme des FAR longtemps avant que ne commence l'opération d'évacuation qui n'avait pas encore de nom !

 

Selon le rapport de la mission d’information parlementaire, ces assistants militaires techniques étaient entre autres affectés au soutien à l’armement lourd (portée 14 km) ainsi qu'au conseil et à l'assistance des moniteurs qui formaient les jeunes du bataillon de paras.

 

Parmi les militaires français en poste permanent à Kigali avant l'opération Amaryllis figuraient notamment un attaché de défense, de même que des conseillers auprès des commandants du bataillon de reconnaissance, de la garde présidentielle rwandaise, des Forces Armées Rwandaises (FAR) et du chef d'état-major de la gendarmerie rwandaise.

 

Un conseiller de l'armée française auprès de chacun des occupants de ces postes stratégiques ? Le temps est peut-être venu de baisser les masques et, parce que connaissant par cœur la manière selon laquelle ces assistanats se passent en Afrique, de poser la question qui s'impose – bien que située aux antipodes des affirmations de Villepin –, à savoir si, dans la pratique, les forces rwandaises hutues n'étaient pas tout simplement sous commandement français ?

 

Dans son numéro de haute voltige à l'Assemblée, – sur l'air trop connu dans notre pays du "croyez-moi puisque c'est MOA qui vous le dis ! " – le 1er ministre a assurément misé sur l'ignorance ou le manque d'intérêt de nombre de politiques et journalistes. Ceux-ci, n'ayant pas pris le temps de consulter le volumineux rapport de la mission d'information parlementaire, ne sont pas en mesure d'apprécier la décision de son président Paul Quilès de blanchir la France, qui ne peut en aucun cas être déduite des travaux qu'elle consigne.

 

Certes, rétorqueront certains, mais la mission parlementaire n'indique-t-elle pas que le ministère des Affaires Etrangères avait demandé, le 7 avril, à l'ambassadeur Jean-Michel Marlaud, de solliciter les assistants militaires techniques « pour assurer la sécurité de la résidence et des ambassades » ?

 

Effectivement. Mais ceci ne fit pas d'eux pour autant des membres de l'opération Amaryllis.

 

Outre la vingtaine de militaires français officiellement reconnus par la mission d'information parlementaire comme présents au Rwanda au début 1994, ce n'est pas moins d'une cinquantaine de soldats français supplémentaires que le commandement militaire du ministère de la Défense de la République rwandaise avait recensés au 1er mars 1994. Ces soldats étaient des « conseillers » ou des « assistants techniques », appelons-les comme on voudra, pour le compte de l'armée et de la gendarmerie rwandaises ! Ils ne faisaient pas non plus partie d'Amaryllis, est-il bien nécessaire de le préciser pour tous les lecteurs qui ne sont pas actuellement 1ers ministres de la France ?

 

Des  massacres, un génocide

 

Villepin ponctuera tout de même sa phrase à l'Assemblée par « aucun coopérant ni aucun militaire français (...) n'avait donc pu participer, de près ou de loin, au génocide perpétré au Rwanda », substituant « génocide » au terme de « massacres » dont il usait précédemment. De plus, il employa génocide au singulier, ce qui marque une évolution encourageante, deux ans après avoir utilisé ce même terme au pluriel. C'était à l'époque où l'establishment français avait dans l'idée de faire accréditer la thèse du « double-génocide » – des Tutsis par les Hutus, qu'il augmentait d'un ethnocide imaginaire des Hutus par les Tutsis –, imposture dont la grossièreté du fil conducteur avait provoqué une énergique levée de boucliers de la société civile de mon pays. Dans le discours de Villepin, le terme de « génocide » persiste à venir se perdre dans l'expression « génocide perpétré au Rwanda », qui ne nous donne pas d'information sur l'identité des exterminateurs ni sur celle de leurs victimes.

 

Inutile cependant d'avoir fait l'ENA pour être capable, douze ans après les faits, de dire : « le génocide des Tutsis perpétré par les Hutus au Rwanda »…

 

« Pas de polémique ! »

 

L'ex-ministre français des Affaires Etrangères clôtura le « débat » de façon péremptoire, précisant à Jean-Claude Lefort que « la position de la France était aujourd'hui de privilégier l'avenir et de ne pas entrer dans une polémique ».

 

De Villepin invita ainsi le représentant du peuple à éviter de se retourner sur l’implication de la France dans le génocide. Il évoqua à cet effet à Jean-Claude Lefort la rencontre de son prédécesseur Michel Barnier avec son homologue rwandais Charles Murigande, au cours de laquelle « il avait été convenu de mener un travail de mémoire en commun ». Le poète-chevalier-candidat aux présidentielles se garda cependant d'informer le député communiste de la création au Rwanda, des suites de ladite rencontre, d'une commission ad hoc chargée de mesurer précisément le degré d’implication de la France dans l'éradication du peuple tutsi.

 

La réponse du Quai d'Orsay est loin d'avoir étanché la soif de vérité de Lefort. Les propos qu'il nous a tenus ces derniers jours ne laissent aucune place à l'équivoque : « Je doute fort que cette affaire soit enterrée ainsi qu’on le souhaite manifestement. J’en doute très fortement… »

 

Le député communiste de partager le fondement de sa révolte avec les lecteurs de la Ména : « Tournons la page – tel est le credo du ministère. Et pourquoi faudrait-il donc tourner la page si la vérité n’est pas pleinement établie. Il y a eu tout de même un génocide ! Et un génocide est un crime imprescriptible. »

 

Le parlementaire français n'en démord pas : « La mission d’information a laissé trop de zones sombres pour qu’on puisse passer l'éponge ». Une conviction qu'il n'est pas difficile de partager…

 

 

 

A suivre ...

 

       

 

 

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