Le 11 mai
dernier, à l'Assemblée Nationale, le député
Jean-Claude Lefort interpella Dominique de Villepin, alors ministre
français des Affaires Etrangères.
Il
commença par lui indiquer qu'en 1998, la mission parlementaire sur le
Rwanda s’était employée à « dégager la France
de toute responsabilité » et que ses conclusions avaient « par
la suite été contestées pour leur partialité
et la censure de certains témoignages ». Il évoqua, par
ailleurs, l’existence de « la mission citoyenne d’information » qui
produisit des témoignages d’un « engagement de l'État
français dans un massacre en cent jours de plus d'un million d'hommes,
de femmes et d'enfants ». Le parlementaire demanda ensuite au ministre de
la République ce qu'il comptait mettre en oeuvre « pour faire la
lumière sur ces accusations de complicité de génocide qui
pèsent sur la France et faire ainsi cesser un certain
révisionnisme d'État », avant de conclure en lui demandant
de porter à sa connaissance les mesures prises « pour instaurer un
véritable contrôle démocratique de la politique africaine
de la France ».
Si la question
du parlementaire avait été posée ne serait-ce que deux
semaines plus tard, de Villepin aurait pu laisser à son successeur
Douste-Blazy le soin d'effectuer les figures imposées par la congruence
avec la version de l'officialité française sur l'ethnocide des
Tutsis. Manque de chance, las, pour Dominique Marie François Galouzeau,
qui dut exécuter en personne les périlleuses acrobaties sémiologiques
requises par cet exercice.
Fin septembre
2005, le Journal Officiel publia la réponse de l’actuel premier
ministre. « Au moment du déclenchement des massacres »,
soutint ainsi de Villepin, « il n'y avait sur le terrain aucun soldat
français autre que ceux de l'opération Amaryllis (opération
qui se déroula du 9 au 14 avril 1994, et qui consista à
procéder à l'évacuation des Occidentaux. Ndlr) ». De Villepin
poursuivit dans cette logique, précisant que, par voie de
conséquence, « aucun coopérant ni aucun militaire
français - est-il besoin de le dire ? (sic) - n'avait ainsi pu
participer, de près ou de loin, au génocide
perpétré au Rwanda ».
« De
près » : une enquête est ouverte...
L'argument utilisé
par le ministre, selon lequel aucun militaire français n'aurait
participé au génocide, fut-ce « de près ou de loin »,
est aujourd'hui malmené par des témoignages terribles autant que
crédibles, au demeurant, car ils se recoupent parfaitement et s'appuient
sur des critères de lieux et de temps vérifiables. Deux de ces
témoignages ont été jugés recevables par le Tribunal
aux Armées de Paris (TAP), et vont donc conduire à
l'ouverture d'une enquête judiciaire. A en croire ces témoins,
certains militaires français ne se seraient pas contentés de
participer « de loin » à ce génocide, mais auraient
bien pu joindre leurs compétences aux petites mains qui
l'accomplirent. Fait fort dérangeant pour ceux qui attendent une
attitude raisonnable de leurs gouvernants : lorsque de Villepin fit
connaître la réponse officielle du Quai d'Orsay à
Jean-Claude Lefort, il n'ignorait ni l'existence ni le contenu de ces plaintes,
puisque icelles avaient été déposées sept mois
auparavant !
Peut-être Villepin
misa-t-il sur le succès des efforts soutenus déployés par
le ministère de la Défense pour parvenir à ce que jamais
l'on n’ouvrît ces enquêtes. Des efforts dont j'entends bien vous
faire connaître par le détail et qui n'ajoutent rien à la
réputation des institutions de mon pays. Ce n'est pas tout, la Ména
publiera également, en exclusivité, d'autres témoignages accablants
contre l'armée française, en cours de traduction du kinyarwanda,
et qui sont susceptibles de conduire à de nouvelles plaintes devant le Tribunal
militaire.
... et
« de loin » : un génocide en pilotage quasi-automatique
De Villepin prit
ensuite le risque, sans déciller, de mentir ouvertement au parlement – se
faisant l'auteur d'une déclaration insensée que nous casserons
menu – en clamant qu'il n'y aurait pas eu, « au moment du déclenchement
des massacres », de soldats tricolores au Rwanda autres que ceux d'Amaryllis.
Ainsi le 1er ministre invita-t-il ses auditeurs à
s'appuyer sur son propre mensonge pour tromper la France.
Le corpus
logique du ministre procédait d'un piège tendu aux
parlementaires, car ni l'axiome, ni l'inférence posés par le
ministre ne rendent compte, un tant soit peu, de la réalité qui
gouverna ces événements tragiques.
Cette logique
n’est d'ailleurs pas sans rappeler celle sous-jacente aux propos
prononcés, sept ans plus tôt, par Charles Josselin, alors ministre
de la Coopération, lorsqu'il avait, à l'instar du
général Quesnot, fait observer à un journaliste de Ouest-France,
le 17 octobre 1997, que « ce ne sont pas les Français qui tenaient
les machettes qui ont tué plusieurs centaines de milliers de Tutsis ».
Nous d'affirmer, en fonction des nombreuses preuves en notre possession, que de
Villepin, Quesnot et Josselin interprétèrent des variations sur le
seul et même thème de la dissimulation d'un génocide commis
par procuration.
Pour comprendre
ce dont nous traitons, il importe de garder en tête qu'à
l'exception de l’interférence de quelques fonctions clés
indispensables à la perpétration de l'ethnocide des Tutsis, le modus
operandi concocté par les génocidaires ne nécessita
d’autre présence militaire, dans le pays des mille collines, que celle
des miliciens formés au massacre des populations tutsies par les soldats
français au cours des quatre années qui l'avaient
précédé. Ceci, bien entendu, complété par le
recours aux petites mains du génocide qui obéissaient
à leurs ordres. Lors, quand les membres de l’opération Amaryllis
procédèrent à l’évacuation des ressortissants
occidentaux, il importe de comprendre que c'est précisément
à ces miliciens, dont ils avaient au préalable assuré la
formation, qu'ils transférèrent la misérable
destinée des civils tutsis.
Au moment du
déclenchement du génocide, il n'y avait pas d'opération Amaryllis
!
De Villepin venait
de poser, à l'attention des députés-spectateurs, le
décor d'une scène sur laquelle était censée
s'être jouée, non pas un génocide, mais la tragédie
d'une catastrophe naturelle. Si le ministre, lors de sa réponse au
député Lefort, avait choisi de faire un discours de
vérité, il aurait, à l'évidence, usé de
l'expression « au moment du déclenchement du génocide ».
De Villepin aurait ainsi situé l'instant précis et connu choisi
par les planificateurs de l'extermination. En choisissant de parler du
« moment du déclenchement des massacres », le candidat
à la présidence de la république reste aussi
imprécis dans le temps qu'on peut l'être lorsque l'on devise du
déclenchement d'une épidémie dont il est quasiment
impossible de connaître ni l'instant ni le lieu. Au contraire, le show de
Villepin devant les élus du peuple présente une terre de laquelle
surgiraient, de façon chaotique, des exterminations spontanées non
identifiables.
Cependant que le
« moment du déclenchement des massacres » est connu de tous
les juges, de tous les Rwandais et de tous les spécialistes de
l'étude du génocide. Il s'agit précisément du 6
avril 1994 au soir, dans les heures qui suivirent immédiatement le crash
du Falcon 50 transportant le président rwandais hutu Juvénal
Habyarimana. Ces premiers massacres n'avaient rien de spontané
puisqu'ils furent perpétrés à
partir de listes préétablies, comme nous l'avons démontré
au-delà de tout doute raisonnable dans notre précédente
enquête.
On attendit le
lendemain pour qu'il soit question, au Quai d'Orsay, de demander à
l’ambassadeur français au Rwanda, Jean-Michel Marlaud,
« d’apprécier l’opportunité d’une évacuation de la
communauté française, compte tenu de la dégradation
brutale de la situation à Kigali. » C'est le 8 avril que le
ministère des Affaires Etrangères annonça qu'il avait pris
des dispositions « pour procéder à l’évacuation de
(ses) ressortissants ». Et ce n'est que dans la nuit du 8 au 9 avril, soit
deux à trois jours après le début du génocide, que
se posèrent au Rwanda, dans le cadre de l'opération Amaryllis,
les cinq premiers C-160 desquels débarquèrent environ deux cents
hommes.
Au moment du
déclenchement du génocide, le nom d'Amaryllis n'avait pas
encore été publiquement prononcé, quand bien même l'activisme
du gouvernement français laisse supposer qu'il se trouvait
déjà à portée de main dans les tiroirs. Autrement
dit, « au moment du déclenchement des massacres »,
contrairement à ce que déclare de Villepin ... l'opération
Amaryllis n'existait pas encore !
Coopérants
français et armée rwandaise : une association de malfaiteurs
Que signifiait
alors la phrase controuvée : « Au moment du déclenchement
des massacres, il n'y avait sur le terrain aucun soldat français
autre que ceux de l'opération Amaryllis » ?
Peut-être Villepin
avait-il voulu dire aux députés, « qu'au moment du
déclenchement des massacres », le 6 avril, il n'y avait au Rwanda que
des soldats français autres que ceux participant à
l'opération Amaryllis ? En d'autres termes, des soldats dont
aucune opération d'évacuation ne justifiait alors la présence
au Rwanda ?
En affirmant
cela, il n'aurait toutefois rien dévoilé de plus que ce que la
mission parlementaire avait déjà clairement consigné dans
son rapport. Celui-ci mentionne en effet qu'il y avait « 24 assistants militaires techniques (AMT) restés au
Rwanda après le départ des troupes de Noroît le 15
décembre 1993. » Ces AMT n'étaient
ni plus ni moins que les coopérants militaires français au Rwanda. Ils dépendaient ainsi du ministère de la
Coopération et non du ministère de la Défense.
Des coopérants
militaires, tout coopérants qu'ils soient, restent des soldats. C'est en
tous cas ce qu'établit un document officiel ayant lui aussi
échappé à la vigilance de celui qui s'apprête
à briguer la confiance de ses compatriotes. Le document dont je parle,
consiste en la modification des accords d'assistance militaire technique qui
liaient la France et le Rwanda depuis 1975, ceci en vue
de « l’organisation et l’instruction de la gendarmerie rwandaise ».
Cette modification, qui prit effet en 1983, autorisait très
officiellement, dès cette date, les coopérants militaires
français à être associés, de près et de loin,
à toute préparation ou exécution d'opérations de
guerre. Elle allait jusqu'à leur permettre de
servir dans l’armée rwandaise sous l’uniforme rwandais !
Dans son rapport
sur la réforme de la coopération militaire, en 2001, l'ancien député
socialiste Bernard Cazeneuve a tenu à rappeler que « du fait de sa signification, le port de l'uniforme local, que du
reste toutes les armées occidentales n'acceptent pas, est une concession politique, et un signe militaire fort qui ne doit
pas être galvaudé. » Peut-être, sous l'uniforme de génocidaires
étrangers, Villepin éprouva-t-il quelque difficulté
à reconnaître nos soldats ?
A moi alors de
renseigner notre 1er ministre, en lui indiquant qu'au soir du 6
avril 1994, ces soldats se trouvaient à Kigali dont certains au camp de Kanombe.
C'est la fiche du ministère de la Défense du 7 juillet 1998 qui
me l'indique (Enquête sur la tragédie
rwandaise 1990-1994 [82, Tome
II, Annexes, p.269]).
C'est que l'AMT
Jean-Jacques Maurin était présent, dans la nuit du 6 au 7 avril,
à la réunion du comité de crise à l'Etat-major de
l'armée rwandaise au camp de Kigali. C'est en tous cas ce qu'il affirme
dans le document suscité (page 350). Le lieutenant-colonel Maurin y
précise, par ailleurs, dans son compte-rendu d’action, que des soldats AMT prirent le contrôle de l'aéroport dans la
nuit du 8 au 9 avril. Il indique en ce sens que « fut mis en
place l’équipe AMT du bataillon para rwandais à l’aéroport
de Kanombe (dans le but de s’assurer) du contrôle de la tour et du
dégagement de la piste d’atterrissage obstruée par des
véhicules en vue de l’arrivée des premiers éléments
d'Amaryllis».
L'officier
français Maurin entend par là – un peu de précision dans
ce jeu de rôles ne fera de mal à personne ! – qu'alors que
l'armée rwandaise se livrait depuis deux jours à un
génocide organisé, des soldats de notre armée encadraient
l'un de ses bataillons d'élite pendant qu'il se livrait, à l'aéroport
de Kigali, à une opération militaire coordonnée avec
Paris.
Plus
précisément encore : les assistants
militaires techniques qui prirent le contrôle
de l'aéroport, par hutus interposés, étaient
ceux-là mêmes dont la fonction, au titre de la coopération
française, consistait à assister le bataillon de commandos parachutistes
qui était alors, aux cotés de la Garde présidentielle, en
train de se livrer à un génocide à Kigali. Et pour prendre
le contrôle de l'aéroport, il fallut bien que quelqu'un
confère à nos poilus l'autorité leur permettant
d'enjoindre la Garde présidentielle, mais aussi les para-commandos, à
libérer la piste d'atterrissage.
Il n'est
d'ailleurs, pour se convaincre de l'existence de cette coopération, que
de se fier aux propos tenus par l'amiral Lanxade à la
télévision française aux tout débuts de
l'opération Amaryllis, lorsque l'amiral déclara
« tenir l'aéroport avec l'aide des forces armées
rwandaises. » C'est ce que nous rappelle Danielle Birck
dans La télévision et le Rwanda (Les Temps modernes, juillet 1995, p. 185).
On ne peut certes, aujourd'hui, que s'étonner d'une telle franchise de cet
officier supérieur, et plus encore de ce qu'elle n'ait
entraîné aucune indignation particulière. Cette
collaboration franco-génocidaire, en pleine perpétration d'ethnocide,
est d'autant plus surprenante que les troupes de l'ONU qui, jusqu'alors,
contrôlaient l'aéroport, étaient désormais tenues
prisonnières par la Garde présidentielle rwandaise. Le même
corps d'armée qui venait de transférer à la France le
contrôle dudit aéroport.
Pour ceux qui se
demandent de quelle manière a pu s'articuler une
collaboration aussi étroite et fraternelle entre l'armée
française et son homologue génocidaire des Forces Armées Rwandaises,
il suffira de mentionner que Jean-Jacques Maurin n'était
autre que le conseiller du Chef d'état-major desdites FAR.
Quant au
lieutenant-colonel – un civil, donc, monsieur le 1er ministre ! – Grégoire
de Saint-Quentin, il rapporta à la mission d'information parlementaire
qu' « il résidait avec sa famille dans le camp de Kanombe, à une
distance de 300 à 350 mètres à vol d’oiseau de l’endroit
du crash ». C'est d'ailleurs là qu'il se trouvait « au moment
du déclenchement des massacres » puisque l'officier Saint-Quentin
précisa dans son élan, qu' « après que l’avion
se fut écrasé dans le jardin de la résidence
présidentielle, il avait entendu des tirs d’armes automatiques ».
Dans la
correspondance qu'il adressa à la mission d'information parlementaire, le
lieutenant-colonel de Saint-Quentin apporta des précisions sur son
emploi du temps entre le 6 et le 12 avril 1994. « Il aurait »,
nous précise le rapport, « effectué en tout quatre visites
à la résidence présidentielle (rwandaise) (les 6, 7, 9 et
11 avril). D'après ce que nous en savons, il est plus que probable que
ce militaire ait eu à traverser, en toute impunité, des
théâtres d'assassinats collectifs afin de se rendre à ces
dates auprès de leurs commanditaires. Ce que l'on sait aussi, c'est que
lesdites visites à répétition n'ont aucunement incité
les chefs des tueurs à mettre fin à leurs crimes de guerre et
contre l'humanité.
Quatre
sous-officiers assistants militaires techniques logeaient
également dans le camp de Kanombe où résidaient les commandos-parachutistes
rwandais, à l'encadrement desquels Saint-Quentin était
affecté. Ce lieutenant-colonel qui se trouvait à Kigali et qui
avait le droit de porter l'uniforme des FAR longtemps avant que ne commence
l'opération d'évacuation qui n'avait pas encore de nom !
Selon le rapport
de la mission d’information parlementaire, ces assistants
militaires techniques étaient entre autres affectés
au soutien à l’armement lourd (portée 14 km) ainsi qu'au conseil
et à l'assistance des moniteurs qui formaient les jeunes du bataillon de
paras.
Parmi les
militaires français en poste permanent à Kigali avant
l'opération Amaryllis figuraient notamment un attaché de
défense, de même que des conseillers auprès des commandants
du bataillon de reconnaissance, de la garde présidentielle rwandaise, des
Forces Armées Rwandaises (FAR) et du chef d'état-major de
la gendarmerie rwandaise.
Un conseiller de
l'armée française auprès de chacun des occupants de ces
postes stratégiques ? Le temps est peut-être venu de baisser les
masques et, parce que connaissant par cœur la manière selon
laquelle ces assistanats se passent en Afrique, de poser la question qui
s'impose – bien que située aux antipodes des affirmations de Villepin –,
à savoir si, dans la pratique, les forces rwandaises hutues
n'étaient pas tout simplement sous commandement français ?
Dans son
numéro de haute voltige à l'Assemblée, – sur l'air trop
connu dans notre pays du "croyez-moi puisque c'est MOA qui vous le dis !
" – le 1er ministre a assurément misé sur l'ignorance ou le manque d'intérêt de
nombre de politiques et journalistes. Ceux-ci, n'ayant pas pris le temps de
consulter le volumineux rapport de la mission d'information parlementaire, ne
sont pas en mesure d'apprécier la décision de son
président Paul Quilès de blanchir la France, qui ne peut en aucun
cas être déduite des travaux qu'elle consigne.
Certes,
rétorqueront certains, mais la mission parlementaire n'indique-t-elle
pas que le ministère des Affaires Etrangères avait
demandé, le 7 avril, à l'ambassadeur Jean-Michel Marlaud, de
solliciter les assistants militaires techniques « pour assurer la
sécurité de la résidence et des ambassades » ?
Effectivement. Mais ceci ne fit pas d'eux pour autant des membres
de l'opération Amaryllis.
Outre la
vingtaine de militaires français officiellement reconnus par la mission
d'information parlementaire comme présents au Rwanda au début
1994, ce n'est pas moins d'une cinquantaine de soldats français supplémentaires
que le commandement militaire du ministère de la Défense de la
République rwandaise avait recensés au 1er mars 1994. Ces soldats
étaient des « conseillers » ou des « assistants
techniques », appelons-les comme on voudra, pour le compte de
l'armée et de la gendarmerie rwandaises ! Ils ne faisaient pas non plus
partie d'Amaryllis, est-il bien nécessaire de le préciser pour
tous les lecteurs qui ne sont pas actuellement 1ers ministres de la
France ?
Des
massacres, un génocide
Villepin
ponctuera tout de même sa phrase à l'Assemblée par « aucun
coopérant ni aucun militaire français (...) n'avait donc pu
participer, de près ou de loin, au génocide
perpétré au Rwanda », substituant « génocide »
au terme de « massacres » dont il usait précédemment. De
plus, il employa génocide au singulier, ce qui marque une
évolution encourageante, deux ans après avoir utilisé ce
même terme au pluriel. C'était à l'époque où
l'establishment français avait dans l'idée de faire
accréditer la thèse du « double-génocide » – des
Tutsis par les Hutus, qu'il augmentait d'un ethnocide imaginaire des Hutus par
les Tutsis –, imposture dont la grossièreté du fil conducteur
avait provoqué une énergique levée de boucliers de la
société civile de mon pays. Dans le discours de Villepin, le
terme de « génocide » persiste à venir se perdre dans
l'expression « génocide perpétré au Rwanda »,
qui ne nous donne pas d'information sur l'identité des exterminateurs ni
sur celle de leurs victimes.
Inutile
cependant d'avoir fait l'ENA pour être capable, douze ans après
les faits, de dire : « le génocide des Tutsis
perpétré par les Hutus au Rwanda »…
« Pas de
polémique ! »
L'ex-ministre
français des Affaires Etrangères clôtura le
« débat » de façon péremptoire, précisant
à Jean-Claude Lefort que « la position de la France était
aujourd'hui de privilégier l'avenir et de ne pas entrer dans une
polémique ».
De Villepin
invita ainsi le représentant du peuple à éviter de se
retourner sur l’implication de la France dans le génocide. Il évoqua
à cet effet à Jean-Claude Lefort la rencontre de son
prédécesseur Michel Barnier avec son homologue rwandais Charles Murigande,
au cours de laquelle « il avait été convenu de mener un
travail de mémoire en commun ». Le poète-chevalier-candidat aux
présidentielles se garda cependant d'informer le député
communiste de la création au Rwanda, des suites de ladite rencontre,
d'une commission ad hoc chargée de mesurer précisément le
degré d’implication de la France dans l'éradication du peuple
tutsi.
La
réponse du Quai d'Orsay est loin d'avoir étanché la soif
de vérité de Lefort. Les propos qu'il nous a tenus ces derniers
jours ne laissent aucune place à l'équivoque : « Je doute
fort que cette affaire soit enterrée ainsi qu’on le souhaite
manifestement. J’en doute très fortement… »
Le
député communiste de partager le fondement de sa révolte avec
les lecteurs de la Ména : « Tournons la page – tel est
le credo du ministère. Et pourquoi faudrait-il donc tourner la page si
la vérité n’est pas pleinement établie. Il y a eu tout de
même un génocide ! Et un génocide est un crime
imprescriptible. »
Le parlementaire
français n'en démord pas : « La mission d’information a
laissé trop de zones sombres pour qu’on puisse passer l'éponge ».
Une conviction qu'il n'est pas difficile de partager…
A suivre ...