Tout cela pour subir Béatrice Schoenberg, sur FR2,
la voix de son maître, ânonner en ouverture de trois
journaux télévisés successifs que "les Palestiniens
ont choisi un chef modéré
du Hamas afin de former leur nouveau gouvernement" ? Ismaïl Hanya,
un modéré ? L’aplatissement de France
Télévisions devant la propagande islamiste n’aurait-elle
réellement aucune frontière aux confins de la
stupidité ? Dire de Hanya qu’il est un modéré, c’est
d’abord établir, devant les téléspectateurs, qu’un
mouvement prônant la destruction totale d’Israël,
l’anéantissement physique de ses habitants, et refusant jusqu’à
entrevoir la possibilité théorique de vivre en paix avec les
Juifs, peut compter des adhérents modérés. Cela
équivaut, très précisément, à affirmer sur
le media officiel numéro un de la France, que le parti
national-socialiste allemand, en 39, comptait dans ses rangs des dirigeants
modérés.
Ensuite, c’est faire la preuve, devant des millions de
personnes ne se doutant pas un instant que leur télévision
pourrait leur mentir à ce point, que la rédaction de France 2 n’a
jamais écouté ni lu la traduction d’un discours de l’islamofascisant
Hanya. C’est faire la preuve également qu’en faveur de ceux qui
rêvent à haute voix d’un nouveau génocide de six millions
de Juifs, on se donne, sur le service public tricolore, le droit de
déclamer absolument n’importe quoi.
Mais seuls les Juifs, les Arabes et quelques centaines de
milliers d’initiés à la politique étrangère
saisissent réellement les enjeux de ces sempiternelles
déformations des faits, toujours au détriment de la même
minorité. Les autres s’en foutent, se fatiguent rapidement lorsqu’on
aborde ces sujets, s’irritent de ce que l’on passe son temps à critiquer
leurs journalistes, leur télévision.
C’est que le problème est affaire d’un
système, le choix des hommes n’en étant que
l’élément accessoire. Il découle de ce que l’on a coutume
de nommer la politique arabe de la France ; une doctrine en
matière de politique étrangère qui avait été
mise en place au temps du général de Gaulle, et qui n’a
cessé de se renforcer depuis. Il s’agissait, au début, de prendre
ses distances avec le petit Etat hébreu et de se rapprocher de la grande
sphère arabo-musulmane. Cela a pris du temps mais ça a fini par
fonctionner, et par s’auto régénérer, jusqu’à
rendre la vie des Juifs invivable dans l’Hexagone. Désormais, pour que
cela change, il faudrait définir de nouvelles priorités et
défaire des quasi institutions, sans compter des modèles de
pensée, et pourvoir au remplacement des servants de cette politique. Il
faudrait déplacer Boniface de l’Iris, les Paris de Jérusalem,
épurer l’AFP des Schattner et compagnie, France
Télévisions des émules de Mazerolle, RFI de Labévière,
FR2 d’Enderlin, le Figaro de Saint-Paul, et, surtout, barrer la Rue
arabe du Quai d’Orsay et ses centres de formation implantés dans les
pays arabes ; transformer cette rue en ruelle, la faire revenir à
ses proportions naturelles.
Tout cela pour infléchir vers le bas la courbe de
l’antisémitisme ? Certes, c’est le seul moyen, mais pas
uniquement pour cela ! Aussi parce que la politique arabe de la
France a doté le pouvoir d’outils dangereux pour la démocratie,
car incontrôlables. Exemple, la politique libanaise de la
France : elle n’existe pas ! La conduite des relations entre Paris et
Beyrouth durant l’ère chiraquienne n’a jamais été fonction
d’aucune perception politique conjoncturelle, pas plus que de
l’intérêt général des Français ou des
Libanais, mais seulement de l’amitié qui liait les profiteurs Jacques
Chirac 1er au directeur général du Liban,
l’ex-soi-disant 1er ministre milliardaire, feu Rafic Hariri. Hariri,
qui sponsorisait les campagnes électorales de Chirac et achetait les
actions des banques que son partenaire venait de re-privatiser après le
départ des socialistes et dont personne ne voulait. La politique
arabe de la France consistait pour le pensionnaire de l’Elysée
à appliquer à notre région la politique que son sponsor
lui commandait.
Quand Hariri faisait son beurre (beaucoup de beurre !)
avec la tyrannie de Damas qui occupait pourtant son pays, offrant aux
dictateurs un palais des mille et une nuit dans lequel son assassin,
Béchar Al Assad, réside toujours, Chirac défiait le bon
sens du monde libre en étant le seul chef d’un Etat occidental à
suivre le cortège funéraire de la brute Hafez Al Assad. Avec le
concours de l’autre marron de la même fable, Boutros Boutros-Ghali,
Chirac ordonnait aux Affaires Etrangères d’organiser et de financer un
sommet de la Francophonie très voyant à Beyrouth, devant
les gueules des canons de l’occupant syrien qui ne les dérangeaient pas
à l’époque.
Lorsque Hariri, pour ses affaires, prit ses distances avec
Damas, Paris rééquilibra un peu sa politique proche-orientale,
et se mit soudain à réclamer à cor et à cris le
départ des soldats syriens, en application des résolutions de
l’ONU. Et maintenant que l’héritier de Hafez a fait assassiner le pote
du président, la France se trouve au premier plan de toutes les
initiatives visant à affaiblir le régime des Al Assad et elle se
mêle, sans prendre le soin de s’en cacher, de faire choir Emile Lahoud,
l’actuel président libanais à la solde de Damas ; un ex-ami
de Hariri et donc du clan Chirac.
Et alors, demanderont ceux qui s’y entendent à ne
rien y comprendre ? Alors rien, juste que la France est une
république, et qu’une république ne définit pas sa
politique internationale en fonction des intérêts particuliers de
ses dirigeants. Sur ce plan, et à cause de ses incohérences, la
conduite des affaires de la France, donc de l’intérêt des
Français, n’a absolument ni queue ni tête.
Revenons aux Juifs et aux méthodes qu’ils ont
développées pour soutenir le regard des autres. Un regard
chargé de réprobation et de critiques, à cause de la répression
inhumaine qu’Israël ferait subir aux Palestiniens, à en croire
les journalistes de la promotion "Politique arabe de la France".
J’ai relevé chez eux quatre manières de faire
face au reproche d’être qui ils sont, d’être responsables de faits
sur lesquels ils n’ont pas prise, qui n’ont pas lieu, et qui utilisent les
services de quelques journalistes triés pour leur antijuivisme,
d’extrême droite, d’extrême gauche, d’ambition extrême ou
d’extrême démence pour devenir la norme. Un reproche qui devient
toutefois de plus en plus permanent et encombrant dans la vie de tous les jours
des Français juifs.
Les premiers, les plus nombreux, la jouent
couché/caché, le moins juif possible, feignant de ne pas
entendre les murmures réprobateurs qui suivent leur passage. Les seconds
sont les Juifs fiers de l’être, les résistants, les militants,
toujours prêts, à un contre mille et sous les ricanements de leurs
concitoyens, certains des certitudes qu’ils voient à la TV et lisent
dans Le Monde, à exprimer – avec plus ou moins d’exactitude et de
talent – ce qu’ils savent de leur vérité artisanale, mais
à jamais incapables de faire dévier conséquemment le
courant redoutablement puissant issu des media de masse.
Les troisièmes sont les plus lâches,
mélange de haine de soi et de leurs origines ; ils devancent
l’autocritique que l’on attend d’eux, n’hésitant pas à imputer
à leurs frères des meurtres rituels de leur invention, tout droit
sortis des cabales tsaristes ou de la propagande nazie. C’est le viol
systématique des jeunes filles palestiniennes, pour Sara Daniel, par les
soldats de Tsahal, dans le but de les faire exécuter par leurs familles.
Le sadisme atavique et la propension à massacrer les plus faibles, les non-juifs,
pour Edgar Morin-Nahum. L’espionite et la disposition à la
traîtrise, une réécriture modernisée des reproches
faits à Alfred Dreyfus, pour Sylvain Cypel. Le complot de
l’Internationale juive, pour Dominique Vidal, renaissant de ses cendres chaque
fois que l’antisémitisme a besoin d’arguments, et, enfin, l’assassinat
sadique des enfants non juifs par Charles Enderlin, véritable pyromane
de guerre.
Les Juifs du quatrième type ? J’en ai
rencontrés avant-hier soir, par hasard, dans un restaurant populaire de
Tel-Aviv, Itzik ha-gadol (Le grand Itzik). Cela a commencé par
une discussion avec le garçon, trahi par son accent français,
puis s’est rapidement répandu à plusieurs tables du bistro,
occupées par des dizaines de nouveaux émigrants. Cette fois c’est
sûr, France, tes enfants juifs se barrent ! Ceux qui n’ont pas de
prédisposition à vivre tapis comme au temps de
l’inquisition ; à perdre leurs forces à lutter
individuellement contre une politique d’Etat inspirant la haine d’eux, ou
à s’automutiler dans le but de se faire accepter, s’en vont. Nul doute
que l’assassinat d’Ilan Halimi va accélérer ce mouvement, les
Juifs de France n’ayant pas l’intention de risquer leur vie ni celle de leurs
enfants, le siècle dernier les ayant rendus prudents.
Ce que j’ai observé chez Le grand Itzik ne
saurait constituer un encouragement de ma part à l’adresse des Juifs
à quitter la France. Pour moi, d’ailleurs, cette émigration est
un désastre, comme toutes celles qui se produisent sous la menace et qui
cristallisent une rupture et non un choix librement et individuellement
élaboré.
Mais les Israélites français n’ont nul besoin
de mes conseils, étant seuls juges des décisions concernant leur
avenir et celui de leurs familles. Pour certains de ceux qui nous
écrivent, je sais toutefois que le parti pris contre eux, issu de
l’importation bidouillée du conflit proche-oriental dans leur cadre
professionnel, a pris des proportions obsessives. Des proportions qui portent
atteinte à leur qualité de vie. Pour d’autres émigrants,
il s’agit uniquement de s’éloigner des foyers d’incertitude lorsqu’ils
ont le loisir de le faire, et cela également procède d’une
conception compréhensible de l’existence au XXIème
siècle.
Ces exemples d’attitudes sont influencés par des
situations particulières ; il en va différemment, sans aucun
doute, de la situation d’un grand chef d’entreprise et de celle d’un jeune
journaliste juif à RFI ou sur ARTE. Que pouvons-nous en dire sur le plan
d’une analyse sécuritaire objective ? – Qu’une
généralisation des actes de barbarie du type de celui subi par
Ilan n’est pas à craindre dans l’immédiat mais que d’autres cas,
sporadiques, suivant les mêmes motifs, ne sont pas à exclure. Que
le gouvernement français n’a strictement pris aucune mesure se situant
en amont de la source d’antijuivisme, qui soit de nature à épurer
l’atmosphère et que seule la mise en application des recommandations du
rapport Rufin pourrait faire évoluer positivement les choses. Mais
ladite application implique un changement d’orientation politique, dont je ne
crois pas capable le système chiraquien. Ce d’autant plus que les tordus
racistes qui réclament le droit d’évoquer le massacre de
Jénine et le caractère sadique par atavisme du peuple
d’Israël en public, forts du champ libre que le gaullisme leur a
aménagé, ont fait savoir qu’ils n’étaient pas
disposés à renoncer volontairement à leurs surprenantes
prérogatives.
D’aucuns, des deux côtés de la
Méditerranée, diront : "où donc est le
drame ? Qu’y a-t-il de mieux que de voir les Français de souche
à Paris et les Juifs en Israël ?". C’est pourtant
là une approche dramatique : les Juifs, depuis deux mille ans
qu’ils vivent en Gaule, SONT des Français de souche, qui se sentent forcés,
par un mal-être qu’on leur inflige artificiellement, d’abandonner
à la fois leur patrie et leur culture.
Les Français juifs sont membres d’une
minorité qui a fait cent fois plus que son nombre pour faire briller au
travers des siècles l’authentique splendeur de leur pays. Ils sont partie
intégrante de la communauté française ; essayer d’en
séparer le maréchal d’Empire André Massena, Proust,
Offenbach, Léon Blum, André Citroën, Barbara ou Gainsbourg,
c’est détruire UNE Histoire, commettre un acte de barbarie
intellectuelle, une ineptie… Encore, ils ne sont pas sept, mais sept mille, les
Français juifs célèbres qui ont participé à
modeler la France pour en faire ce qu’elle est aujourd’hui.
Ce rappel vaut bien un changement de politique sans
doute ? Un changement dont l’espoir existe, constitué qu’il est par
l’éventualité de l’effondrement du système chiraquien
à l’occasion des prochaines présidentielles.
Encore que, remarqueront les antisémites, si on
envoyait en Israël les candidats probables à ces élections
qui sont d’origine juive, on s’épargnerait toute guerre d’investiture,
tant à droite qu’au parti socialiste…
Fin