La torture, puis l’assassinat d’Ilan Halimi, qu’ils soient
de nature crapuleuse avec composante antisémite ou antisémite sur
fond d’activité crapuleuse, constituent la première goutte qui
fait déborder le vase de la patience des Juifs de France. Les
manifestations exprimant la révolte des membres de cette minorité
se multiplient et se diversifient ces derniers jours. Dans une certaine
confusion des sentiments de ses membres, qui souligne la
spontanéité de cette rebuffade : difficile pour eux
d’exprimer de manière construite ce qui les motive, au-delà du
sentiment que "trop c’est trop" !
Mais avec la certitude qu’un pas intolérable a
été franchi ; une certitude qui fait
l’unanimité : il y a eu mort d’homme. De plus, comme le
résume douloureusement la propre mère du jeune homme martyr, Ruth
Halimi, et c’est l’aspect essentiel de cette tragédie, "si Ilan
n’avait pas été juif, il n’aurait pas été assassiné".
Voilà l’intolérable.
Aucun doute ne résiste à l’analyse de cette
femme endeuillée. Le Quai des Orfèvres, encore prudent, parle de
"probables motivations antisémites", se basant sur le fait
qu’au cours des négociations avec les kidnappeurs d’Ilan autour de la
rançon que ces crapules exigeaient de sa famille, "les ravisseurs
ont proféré des propos ouvertement antisémites".
Trois d’entre eux ont par ailleurs, au cours de leur interrogatoire, admis que
le fait que leur proie était israélite a
déchaîné leur acharnement contre lui.
Dans la planque des tortionnaires, la police a
découvert des documents de propagande islamiste ainsi que pro
palestinienne. La justice, citée par le premier ministre de Villepin, a
retenu l’hypothèse antisémite. Le procureur de Paris, Jean-Claude
Martin, considère que cet assassinat révèle "des
circonstances aggravantes d’antisémitisme".
Cette fois, la minorité juive de France a
bousculé les principes de banalisation et de marginalisation, de rigueur
dans les media français dans leur couverture des actes antijuifs. A
contrecœur souvent, après s’être, dans un premier temps,
appliqués à reléguer le martyre d’Ilan à la
rubrique des chiens écrasés, et en prenant soin d’omettre de
mentionner les caractéristiques racistes de ce crime, ils ont
été forcés de le relater correctement. Il règne
généralement, dans les rédactions de nos confrères
tricolores, une telle conviction anti, que certains rédac-chefs
ont tout de même demandé à haute voix si parler de ces
caractéristiques ne violait pas le secret de l’instruction… ou si
Villepin avait perdu la tête.
Lors du dîner du CRIF, Roger Cukierman, le
président des institutions juives françaises, s’adressant au
premier ministre, a exigé de la part de son gouvernement "de nous fournir la vérité, toute la
vérité sur cette affaire, et notamment sur la motivation des
assassins". Cukierman a posé à de Villepin la question
"Ilan est-il mort parce que juif ?", précisant que le
premier ministre "devait cela au pays".
Bien ! Clair ! Important même, puisque le
représentant des Juifs a adressé ses requêtes en public et
qu’il les a formulées à l’endroit du chef de l’exécutif,
comme souligné dans les citations qui précèdent, et non
à la police ou à la justice.
Certes, mais ces revendications restent toutefois à
s’inscrire dans l’a posteriori de l’antisémitisme, en aval de ses
causes réelles. Elle restent à concerner les effets, pas lesdites
causes, telles que nous avons pris soin de les circonstancier avec le plus de
précision possible à plusieurs occasions.
- Cukierman, Ilan est mort parce que Juif ! Inutile de
poser une question dont tout le monde connaît la réponse, sauf, et
je l’admets sans janotisme, pour mettre votre gouvernement et vos media devant
leurs responsabilités. Mais cette démarche est largement
insuffisante.
La vraie solution de l’antisémitisme se trouve en
amont, en amont, Roger ! La Ména n’est pas seule à
l’affirmer, rappelez-vous, avec nos lecteurs, les conclusions du rapport
commandé à Jean-Christophe Rufin par… Dominique de Villepin, alors
ministre de l’Intérieur, en 2004, sur le thème déjà
brûlant à l’époque, des causes de l'antisémitisme
français et des remèdes qu'il suggérait afin de le
réduire.
Dans ses recommandations, Rufin mettait directement en
cause les fausses ''comparaisons mortelles'' dans les médias, telles ''
Israël est un Etat raciste, nazi, pratiquant l'apartheid'', et y affirmait
que ces causes pouvaient '' justifier toutes les violences et faciliter le
passage à l'acte antisémite. Il est des mots aux
conséquences morales graves et dangereuses '', avertissait le
rapporteur.
La remise du constat de Rufin s'accompagnait d'un appel à une vigilance
accrue s'agissant de l'audiovisuel, escortée de moyens
supplémentaires dans ce domaine pour le CSA. Jean-Christophe Rufin
établissait qu'il est également nécessaire - si l'on veut
vraiment contenir l'antisémitisme, s'entend – de pénaliser les
accusations de racisme portées contre Israël.
Dominique de Villepin s’était alors engagé
à tirer les "conclusions opérationnelles
immédiates" de ce rapport, ce qu’il n’a jamais fait.
Evitons toute dérive populiste, et d’affirmer
qu’Ilan Halimi serait encore vivant si les recommandations Rufin avaient
été appliquées. Personne ne peut en être sûr.
Ce qui est certain, par contre, c’est que l’atmosphère
créée par la diabolisation artificielle du pays des juifs et des
Juifs français qui le soutiennent, loin de s’être calmée
depuis 2004, s’est encore alourdie. Une atmosphère pourrie, qui
favorise, parce qu’elle lui pourvoit des fondements controuvés, la haine
des Juifs en France, l’antisémitisme.
Trêve de faux semblants, point n’est besoin de lire Le
Monde chaque jour pour saisir l’ambiance de licéité du
ressentiment antijuif qui flotte aux environs de l’intelligentsia parisienne.
Et comment parler sérieusement de combattre ce fléau avec un
premier ministre, de Villepin, qui s’est affirmé persuadé que
l’Etat d’Israël était une parenthèse de l’histoire,
voué à disparaître ?
Même un barbare demeuré a entendu
parler du "massacre de Jénine", qui n’a jamais eu lieu,
dénoncé périodiquement par Edgar Morin-Nahum dans ses
articles dans la presse généraliste. Des carnages imaginaires
qu’aurait commis Israël dans le nord du Liban et dont le même
sociologue est le seul à avoir entendu parler. Même un barbare
peut avoir eu connaissance du fait que, dans le quotidien de
référence français, Nahum-Morin, juif, a reconnu que
le peuple d’Israël conçoit du plaisir à humilier ses voisins
arabes. Comment, aussi, évaluer l’influence de cette pétition,
véhiculée par Libération, portant la signature
d’une partie de la crème de cette intelligentsia, pour fustiger la
condamnation de Nahum et du Monde par la justice pour leur acte raciste
pourtant indéniable ?
Précisément le genre d’acte qui, selon Rufin,
justifie toutes les violences et facilite le passage à l'acte
antisémite… Qui donne aux plus fanatisés ou aux plus
débauchés – c’est parfaitement égal ! – d’entre les
islamistes l’impression d’accomplir une juste revanche, voire de se sacrifier
héroïquement en prenant le risque juridique d’humilier l’humiliant.
Il suffit pourtant d’ouvrir les yeux pour saisir que la
diabolisation d’Israël et de ses amis, en France, nourrit les
extrémistes de raisons d’haïr les Juifs, qui sont cent fois plus
fortes que les insignifiantes caricatures du Prophète parues dans le
journal danois.
Tas d’irresponsables !
Qui nourrissez des islamistes de vraies fausses raisons
d’agir, eux qui se sont contentés de bien moins que cela pour ravager le
quartier chrétien d’Achrafieh à Beyrouth il y a quelques
semaines, pour assassiner une religieuse à Alexandrie, il y a quelques
mois, ou pour couper le bras des voleurs de dix ans, à
Téhéran, tous les jours.
Est-ce si difficile que cela de comprendre que les crapules
islamisantes de Bagneux ont cru qu’en torturant à mort Ilan Halimi, ils
vengeaient, entre autres, le "martyre" du petit Mohamed A-Dura, mis
en scène par Talal Abou-Rahma, interprété par Enderlin, et
diffusé gratuitement en France et aux quatre coins de la planète
par France Télévisions ?
Ces accusations fictives et haineuses à
répétition de la part de leurs media publics, l’inaction
consentante de leurs pouvoirs publics, ont rendu le statut des Juifs en France
quasi intenable. Eux qui composent une communauté connue pour sa
retenue, et qui peine à rassembler 5'000 personnes, lorsqu’elle est au
faîte de son écoeurement, pour les faire défiler dans la
rue. Eux qui forment la plus républicaine des minorités de la
mosaïque tricolore, parce qu’ils n’oublient pas que c’est la
République qui les a émancipés. Eux, enfin, qui font de la
démocratie leur seconde religion, conscients qu’ils sont qu’aucune
démocratie n’a jamais persécuté ses Juifs, se sentent
aujourd’hui mal en France. A-t-on cependant jamais entendu parler d’une
mosquée incendiée par des Israélites ? D’un
étudiant en islam roué de coups par des barbus à
kipa ?
Les Juifs sont insultés chaque jour par des media
aux ordres, toujours prêts à faire du zèle contre l’Etat
hébreu. A manquer de respect à leur intelligence et à leur
honneur, au mépris absolu de leur attachement sans faille à la
France, et même des quatre ans durant lesquels ils ont été
la France, pendant que la plupart de leurs concitoyens suivaient des cours
d’allemand accélérés.
Tout cela pour subir Béatrice Schoenberg, sur FR2,
la voix de son maître, ânonner en ouverture de trois
journaux télévisés successifs que "les Palestiniens
ont choisi un chef modéré
du Hamas afin de former leur nouveau gouvernement" ? Ismaïl Hanya,
un modéré ? L’aplatissement de France
Télévisions devant la propagande islamiste n’aurait-elle réellement
aucune frontière aux confins de la stupidité ? Dire de Hanya
qu’il est un modéré, c’est d’abord établir, devant les
téléspectateurs, qu’un mouvement prônant la destruction
totale d’Israël, l’anéantissement physique de ses habitants, et
refusant jusqu’à entrevoir la possibilité théorique de
vivre en paix avec les Juifs, peut compter des adhérents modérés.
Cela équivaut, très précisément, à affirmer
sur le media officiel numéro un de la France, que le parti national-socialiste
allemand, en 39, comptait dans ses rangs des dirigeants modérés.
A suivre…