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Le grand ras le bol des Français juifs (1ère de 2 parties) (info # 012202/6)
Par Stéphane Juffa

Mercredi 22 février [21:37:00 UTC]

villepin
© Metula News Agency










Et comment parler sérieusement de combattre ce fléau avec un premier ministre, de Villepin, qui s’est affirmé persuadé que l’Etat d’Israël était une parenthèse de l’histoire, voué à disparaître ?



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La torture, puis l’assassinat d’Ilan Halimi, qu’ils soient de nature crapuleuse avec composante antisémite ou antisémite sur fond d’activité crapuleuse, constituent la première goutte qui fait déborder le vase de la patience des Juifs de France. Les manifestations exprimant la révolte des membres de cette minorité se multiplient et se diversifient ces derniers jours. Dans une certaine confusion des sentiments de ses membres, qui souligne la spontanéité de cette rebuffade : difficile pour eux d’exprimer de manière construite ce qui les motive, au-delà du sentiment que "trop c’est trop" !

 

Mais avec la certitude qu’un pas intolérable a été franchi ; une certitude qui fait l’unanimité : il y a eu mort d’homme. De plus, comme le résume douloureusement la propre mère du jeune homme martyr, Ruth Halimi, et c’est l’aspect essentiel de cette tragédie, "si Ilan n’avait pas été juif, il n’aurait pas été assassiné". Voilà l’intolérable.

 

Aucun doute ne résiste à l’analyse de cette femme endeuillée. Le Quai des Orfèvres, encore prudent, parle de "probables motivations antisémites", se basant sur le fait qu’au cours des négociations avec les kidnappeurs d’Ilan autour de la rançon que ces crapules exigeaient de sa famille, "les ravisseurs ont proféré des propos ouvertement antisémites". Trois d’entre eux ont par ailleurs, au cours de leur interrogatoire, admis que le fait que leur proie était israélite a déchaîné leur acharnement contre lui.

 

Dans la planque des tortionnaires, la police a découvert des documents de propagande islamiste ainsi que pro palestinienne. La justice, citée par le premier ministre de Villepin, a retenu l’hypothèse antisémite. Le procureur de Paris, Jean-Claude Martin, considère que cet assassinat révèle "des circonstances aggravantes d’antisémitisme".

 

Cette fois, la minorité juive de France a bousculé les principes de banalisation et de marginalisation, de rigueur dans les media français dans leur couverture des actes antijuifs. A contrecœur souvent, après s’être, dans un premier temps, appliqués à reléguer le martyre d’Ilan à la rubrique des chiens écrasés, et en prenant soin d’omettre de mentionner les caractéristiques racistes de ce crime, ils ont été forcés de le relater correctement. Il règne généralement, dans les rédactions de nos confrères tricolores, une telle conviction anti, que certains rédac-chefs ont tout de même demandé à haute voix si parler de ces caractéristiques ne violait pas le secret de l’instruction… ou si Villepin avait perdu la tête.

 

Lors du dîner du CRIF, Roger Cukierman, le président des institutions juives françaises, s’adressant au premier ministre, a exigé de la part de son gouvernement "de nous fournir la vérité, toute la vérité sur cette affaire, et notamment sur la motivation des assassins". Cukierman a posé à de Villepin la question "Ilan est-il mort parce que juif ?", précisant que le premier ministre "devait cela au pays".

 

Bien ! Clair ! Important même, puisque le représentant des Juifs a adressé ses requêtes en public et qu’il les a formulées à l’endroit du chef de l’exécutif, comme souligné dans les citations qui précèdent, et non à la police ou à la justice.

 

Certes, mais ces revendications restent toutefois à s’inscrire dans l’a posteriori de l’antisémitisme, en aval de ses causes réelles. Elle restent à concerner les effets, pas lesdites causes, telles que nous avons pris soin de les circonstancier avec le plus de précision possible à plusieurs occasions.

 

- Cukierman, Ilan est mort parce que Juif ! Inutile de poser une question dont tout le monde connaît la réponse, sauf, et je l’admets sans janotisme, pour mettre votre gouvernement et vos media devant leurs responsabilités. Mais cette démarche est largement insuffisante.

 

La vraie solution de l’antisémitisme se trouve en amont, en amont, Roger ! La Ména n’est pas seule à l’affirmer, rappelez-vous, avec nos lecteurs, les conclusions du rapport commandé à Jean-Christophe Rufin par… Dominique de Villepin, alors ministre de l’Intérieur, en 2004, sur le thème déjà brûlant à l’époque, des causes de l'antisémitisme français et des remèdes qu'il suggérait afin de le réduire.

 

Dans ses recommandations, Rufin mettait directement en cause les fausses ''comparaisons mortelles'' dans les médias, telles '' Israël est un Etat raciste, nazi, pratiquant l'apartheid'', et y affirmait que ces causes pouvaient '' justifier toutes les violences et faciliter le passage à l'acte antisémite. Il est des mots aux conséquences morales graves et dangereuses '', avertissait le rapporteur.


La remise du constat de Rufin s'accompagnait d'un appel à une vigilance accrue s'agissant de l'audiovisuel, escortée de moyens supplémentaires dans ce domaine pour le CSA. Jean-Christophe Rufin établissait qu'il est également nécessaire - si l'on veut vraiment contenir l'antisémitisme, s'entend – de pénaliser les accusations de racisme portées contre Israël.

 

Dominique de Villepin s’était alors engagé à tirer les "conclusions opérationnelles immédiates" de ce rapport, ce qu’il n’a jamais fait.

 

Evitons toute dérive populiste, et d’affirmer qu’Ilan Halimi serait encore vivant si les recommandations Rufin avaient été appliquées. Personne ne peut en être sûr. Ce qui est certain, par contre, c’est que l’atmosphère créée par la diabolisation artificielle du pays des juifs et des Juifs français qui le soutiennent, loin de s’être calmée depuis 2004, s’est encore alourdie. Une atmosphère pourrie, qui favorise, parce qu’elle lui pourvoit des fondements controuvés, la haine des Juifs en France, l’antisémitisme.

 

Trêve de faux semblants, point n’est besoin de lire Le Monde chaque jour pour saisir l’ambiance de licéité du ressentiment antijuif qui flotte aux environs de l’intelligentsia parisienne. Et comment parler sérieusement de combattre ce fléau avec un premier ministre, de Villepin, qui s’est affirmé persuadé que l’Etat d’Israël était une parenthèse de l’histoire, voué à disparaître ?

 

Même un barbare demeuré a entendu parler du "massacre de Jénine", qui n’a jamais eu lieu, dénoncé périodiquement par Edgar Morin-Nahum dans ses articles dans la presse généraliste. Des carnages imaginaires qu’aurait commis Israël dans le nord du Liban et dont le même sociologue est le seul à avoir entendu parler. Même un barbare peut avoir eu connaissance du fait que, dans le quotidien de référence français, Nahum-Morin, juif, a reconnu que le peuple d’Israël conçoit du plaisir à humilier ses voisins arabes. Comment, aussi, évaluer l’influence de cette pétition, véhiculée par Libération, portant la signature d’une partie de la crème de cette intelligentsia, pour fustiger la condamnation de Nahum et du Monde par la justice pour leur acte raciste pourtant indéniable ?

 

Précisément le genre d’acte qui, selon Rufin, justifie toutes les violences et facilite le passage à l'acte antisémite… Qui donne aux plus fanatisés ou aux plus débauchés – c’est parfaitement égal ! –  d’entre les islamistes l’impression d’accomplir une juste revanche, voire de se sacrifier héroïquement en prenant le risque juridique d’humilier l’humiliant.

 

Il suffit pourtant d’ouvrir les yeux pour saisir que la diabolisation d’Israël et de ses amis, en France, nourrit les extrémistes de raisons d’haïr les Juifs, qui sont cent fois plus fortes que les insignifiantes caricatures du Prophète parues dans le journal danois.

 

Tas d’irresponsables !

 

Qui nourrissez des islamistes de vraies fausses raisons d’agir, eux qui se sont contentés de bien moins que cela pour ravager le quartier chrétien d’Achrafieh à Beyrouth il y a quelques semaines, pour assassiner une religieuse à Alexandrie, il y a quelques mois, ou pour couper le bras des voleurs de dix ans, à Téhéran, tous les jours.

 

Est-ce si difficile que cela de comprendre que les crapules islamisantes de Bagneux ont cru qu’en torturant à mort Ilan Halimi, ils vengeaient, entre autres, le "martyre" du petit Mohamed A-Dura, mis en scène par Talal Abou-Rahma, interprété par Enderlin, et diffusé gratuitement en France et aux quatre coins de la planète par France Télévisions ?

 

Ces accusations fictives et haineuses à répétition de la part de leurs media publics, l’inaction consentante de leurs pouvoirs publics, ont rendu le statut des Juifs en France quasi intenable. Eux qui composent une communauté connue pour sa retenue, et qui peine à rassembler 5'000 personnes, lorsqu’elle est au faîte de son écoeurement, pour les faire défiler dans la rue. Eux qui forment la plus républicaine des minorités de la mosaïque tricolore, parce qu’ils n’oublient pas que c’est la République qui les a émancipés. Eux, enfin, qui font de la démocratie leur seconde religion, conscients qu’ils sont qu’aucune démocratie n’a jamais persécuté ses Juifs, se sentent aujourd’hui mal en France. A-t-on cependant jamais entendu parler d’une mosquée incendiée par des Israélites ? D’un étudiant en islam roué de coups par des barbus à kipa ?

 

Les Juifs sont insultés chaque jour par des media aux ordres, toujours prêts à faire du zèle contre l’Etat hébreu. A manquer de respect à leur intelligence et à leur honneur, au mépris absolu de leur attachement sans faille à la France, et même des quatre ans durant lesquels ils ont été la France, pendant que la plupart de leurs concitoyens suivaient des cours d’allemand accélérés.

 

Tout cela pour subir Béatrice Schoenberg, sur FR2, la voix de son maître, ânonner en ouverture de trois journaux télévisés successifs que "les Palestiniens ont choisi un chef modéré du Hamas afin de former leur nouveau gouvernement" ? Ismaïl Hanya, un modéré ? L’aplatissement de France Télévisions devant la propagande islamiste n’aurait-elle réellement aucune frontière aux confins de la stupidité ? Dire de Hanya qu’il est un modéré, c’est d’abord établir, devant les téléspectateurs, qu’un mouvement prônant la destruction totale d’Israël, l’anéantissement physique de ses habitants, et refusant jusqu’à entrevoir la possibilité théorique de vivre en paix avec les Juifs, peut compter des adhérents modérés. Cela équivaut, très précisément, à affirmer sur le media officiel numéro un de la France, que le parti national-socialiste allemand, en 39, comptait dans ses rangs des dirigeants modérés.

 

 

A suivre…

 

 


 

 

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