L’actualité relative au Rwanda a été très
fournie depuis la publication de ma dernière série d'articles sur
les pages de la Ména. Elle est venue modifier certaines
considérations fondamentales, notamment quant au rôle que la
France a joué lors du génocide des Tutsis. Jusqu’alors on pouvait
encore penser que notre pays avait assisté les génocidaires hutus
politiquement et sur le plan logistique, mais désormais, nos soldats
sont accusés, dans les formes, d’y avoir sauvagement participé. C'est
la raison pour laquelle nous sommes amenés à publier, à
partir de ce jour, une nouvelle série d'articles sur le sujet.
La veille du week-end de Noël dernier, le procureur du
Tribunal aux Armées de Paris, le TAP, a annoncé
l'ouverture d'une information judiciaire contre X pour « complicité
de génocide », suite à une plainte visant, sans les désigner nommément,
des soldats français engagés, en juin 1994, dans l’opération
soi-disant « humanitaire » Turquoise. C’est la première
fois que la justice française est saisie d’une procédure imputant
à des militaires français une participation active dans le
génocide des Tutsis. Cette plainte avait été
précédée d'autres initiatives, dont l'objet consistait
à faire le point sur le degré précis d'implication de la
France dans cet ethnocide. C’est ce que chercha notamment à faire une
commission officielle rwandaise chargée de rassembler des preuves sur le
véritable rôle de la France dans cet assassinat de masses. Dans le
même temps, des accusations très documentées étaient
proférées à l'encontre des soldats français devant
le Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR).
Nous reviendrons sur ces rebondissements importants dans
nos prochaines analyses, de même que sur l'interpellation à
l'assemblée nationale du ministre français des Affaires Etrangères
par le député communiste Claude Lefort, qui s’est confié
à la Ména lors d’une interview exclusive. Lefort fut en
son temps le premier signataire de la proposition de mise en place d’une
commission d'enquête parlementaire sur le Rwanda, commission qui aurait
eu des moyens plus importants, et surtout non opposables, que la mission
parlementaire qui a fini par prévaloir. Le député a
également expliqué les circonstances particulières dans
lesquelles son groupe parlementaire avait approuvé, le 15
décembre 1998, en son absence, les conclusions du rapport de la mission
parlementaire dont il était pourtant l'un des vice-présidents.
Or, lesdites conclusions blanchissent la France !
Dès le lendemain, Claude Lefort tenait à exprimer publiquement :
« je ne saurais me retrouver dans le vote positif de mes collègues
communistes », considérant que « des points majeurs ne sont
pas éclaircis ». Il avait, à cette occasion, annoncé
qu'il prendrait « d'autres initiatives sur ce sujet », ce qu’il fit lors
de son intervention en novembre dernier à l'assemblée nationale.
Il annonce, d’ailleurs, par l’intermédiaire de notre agence, que des
éléments clés sont récemment parvenus en sa
possession, éléments qu'il a mis en lieu sûr et qu’il ne
manquera pas de rendre publics en temps utile.
Ce qui, sur le thème du génocide rwandais,
cristallise aujourd'hui l'attention aussi bien de la France que de la
communauté internationale, c'est donc l'ouverture de l'enquête
confiée au juge d'instruction du TAP, Brigitte Raynaud. Les
péripéties politico-médiatiques qui accompagnèrent
le déplacement de la juge au Rwanda, dans le but de ramener au procureur
les éléments lui permettant de se prononcer sur la
recevabilité des plaintes déposées, en disent long sur
l'état de confusion des autorités françaises, qui ont fait
des pieds et des mains pour dissuader la juge Raynaud de se rendre à
Kigali. La Ména a suivi cette affaire dans tous ses
détails et vous les fera partager. A classer dans la catégorie
"assez édifiant"…
Pas aussi confondants cependant que d’autres témoignages
inédits, que la Ména présentera en
exclusivité à ses lecteurs. Des témoignages qui confirment,
bien malheureusement, l'implication directe de militaires français dans
la mise en oeuvre du génocide des Tutsis.
Les récentes semaines ont également vu la
diffusion sans modération de livres à vocation
révisionniste, voire négationniste, qui font aujourd'hui figure
de dernières cartouches d'une certaine France. La même qui,
à l'instar de l’anti-dreyfusisme d’Etat d’arrière-garde à
l’époque de l’Affaire, n'a plus aujourd'hui pour système de
défense que celui consistant à enfermer dans le camp de
« l'anti-France » ceux qui, fidèles aux idéaux
républicains, dénoncent haut et fort l'implication active du
pouvoir du pays des Droits de l'Homme dans le troisième génocide
du vingtième siècle.
Le rôle d’éclabousseur public tenu par le colonel Sandherr à
l’époque de l’Affaire Dreyfus est notamment confié au colonel Hogard,
qui commanda l'un des trois groupements opérationnels de
l'opération Turquoise, et qui n'hésite pas, dans son livre
Les larmes de l'honneur (éd. Hugo doc, octobre 2005, 10 €),
à considérer que ceux qui dénoncent les manoeuvres
ainsi que la rhétorique visant à établir la thèse
du double-génocide n'ont pour autre objectif que "d'entacher
la république de notre pays et de son armée". Nous avons compulsé
son ouvrage ainsi que les déclarations de tous ceux qui participent avec
lui à couvrir l'infamie. Les prochains articles de cette série
participeront notamment à rendre compte de nos découvertes.
Nous reparlerons d’Abdul Joshua Ruzibiza, qui, entre-temps s’est
fendu d’un livre-témoignage Rwanda – L'histoire secrète
(éd. Panama, octobre 20005, 22 €) –. Nous avions consacré
un article à ce témoin douteux lorsqu'il s'était agi d’en déconstruire
les arguties pour préserver les conditions de la recherche de la
vérité, tandis que le magazine Marianne se
dépensait tant et plus à lui construire de l’importance. Rappelons
que Ruzibiza, dit Vénuste, est considéré comme le
témoin principal du juge Bruguière dans son étrange
enquête sur l'attentat contre le Falcon qui transportait le
président rwandais Juvénal Habyarimana. Attentat qui sonna le
coup d’envoi du génocide des Tutsis, soigneusement planifié au
préalable, lequel n'attendait qu’un prétexte pour se
déchaîner.
Le juge Bruguière, dont on ne finit pas – cela fait
maintenant des années ! –, d’annoncer, sans pouvoir dissimuler
totalement d’y voir une posture grotesque, la fin de l’enquête. Enquête,
dont des éléments choisis ont fait leur chemin des tiroirs du
juge aux colonnes de journaux négationnistes, et dont l’objectif
consiste manifestement à brouiller toute tentative de communication sur
l'implication de la France dans le génocide des Tutsis !
Les deux derniers livres que je viens de citer ont
été présentés à l'occasion d'un colloque
tenu à l'attention des élèves de Sciences po. La Ména
était représentée à cette manifestation et ne s’est
pas privée de poser aux auteurs des préface et postface du livre
de Ruzibiza les questionnements nécessaires.
L’analyse des récents ouvrages négationnistes
sera pour nous l'occasion de décrire précisément le
mécanisme de négation, dont la diabolisation de l'actuel
président tutsi du Rwanda, Paul Kagamé, constitue l'un des points
clés. « Double-génocide », « Kagamé = Pol
Pot », autant d'éléments qui laissent présager la
volonté du camp des génocidaires de finir le
« travail » commencé. Certains ne prennent même pas la
peine de s’en cacher.
Notre bataille obstinée pour l'éclatement de
la vérité ne se réduit donc pas à une
volonté de justice pour la justice ; l’établissement
public de la vérité a également pour objet de
prévenir un futur génocide dont on retrouve, au sein de la
propagande négationniste, les éléments qui
alimentèrent celui de 1994. C'est dans cet esprit que nous aborderons de
front les accusations de crimes de guerre dont les négationnistes
affublent le gouvernement rwandais actuel afin que soient correctement évalués
le type, les dates, les circonstances des exactions qu'on lui prête,
ainsi que sa responsabilité lors de ces évènements.
Nous évoquerons Corneille, le chanteur d'exception
rwandais d'origine tutsie, qui a perdu sa famille au cours du génocide.
Nous nous pencherons sur le dernier livre de Pierre
Péan, Noires fureurs, blancs menteurs (éd. Mille et une
nuits, novembre 2005, 22€), dans lequel l’auteur déverse un torrent de
haine encore inégalé à l'égard de la « culture
du mensonge et de la dissimulation [qui] domine toutes les autres chez les
Tutsis ». Nous nous prendrons à imaginer le tollé planétaire
que cette caricature raciste aurait déclenchée, si à la
place de « Tutsis », on avait écrit « Arabes ».
Le genre de stigmatisation déclinée dans la
phrase de Péan atteste que nous ne sommes pas encore entrés, pour
ce qui concerne l'implication de la France dans le génocide rwandais,
dans la phase de contrition, qui va emboîter le pas à celle de la
révélation, et qui suivra, dans cet ordre, la période de négation,
qui s’étire de 1994 à la publication de l’ouvrage de Péan.
Je parle d’un processus inéluctable, tant les éléments de
preuves sont nombreux, diversifiés, fiables, mais aussi, tant le
continent africain tout entier ne s’apaisera pas avant que la
vérité soit dévoilée.
Sachons déjà voir que la culture que
Péan qualifie de « culture de mensonge » n'est autre que celle
de Corneille qui, cerise sur notre gâteau, a été choisi
pour écrire la chanson qui représentera la France à
l'Eurovision 2006 !
Pierre Péan s'est mis aujourd'hui au service de l’entreprise
de révision, voire de négation, de l’ethnocide des Tutsis. Il a
sciemment choisi de finir grillé comme un énième vulgaire
fusible, durant le processus d’éclairage de cette réalité
que l'establishment post-gaullien tente de cacher aux Français.
Péan est d’ailleurs, depuis le 24 janvier dernier, dans le collimateur
de l'association Ibuka, laquelle a annoncé depuis Kigali son
intention de porter plainte contre l'auteur d'un livre qu’elle juge raciste et
négationniste.
Vendredi dernier, l'avocat belge d’Ibuka, a
développé ces points à l'occasion d'une conférence
de presse. J’ai profité de cette occasion pour m’enquérir d’un
projet parlementaire consistant à ne pas restreindre le dispositif
répressif de la loi « Gayssot » à la Shoah, comme c’est
le cas actuellement, mais de l’étendre aux autres génocides de
l’époque contemporaine. Cet amendement permettrait entre autres que des
livres comme celui de Pierre Péan puissent être jugés en
France, non seulement pour incitation à la haine raciale comme cela va
être le cas ces prochaines semaines, mais aussi pour
négationnisme.
Tenterait-on, par le biais de Pierre Péan, de
couvrir l'une des faces les plus sombres de l'ère mitterrandienne ?
François Mitterrand n'exerçait-il pas, en effet, le
contrôle direct, avec son chef d'Etat-major personnel, sur cette
structure parallèle de commandement militaire que nous avions
évoquée dans notre précédente série ?
Péan prenant la défense de Mitterrand ?
Mais Noires
fureurs, blancs menteurs va, d’une
certaine manière, à l’encontre de l’esprit de Une jeunesse
française (Pierre Péan, éd. Fayard, septembre 1994,
24,50 €) dans lequel l'auteur explora le passé vichyste de l'ancien président.
Ces contradictions quant aux intentions apparentes de
Pierre Péan n’appartiennent pas à notre enquête. Celle-ci
concerne l'histoire de la participation française à un
génocide à la toute fin du XXème siècle
et les efforts des dirigeants de notre système pour fuir leurs responsabilités.
C’est celle d'un étendard sali, que d'aucuns aimeraient bien pouvoir
laver en famille... dans cette famille qui est la leur et qu'ils ont trop
longtemps confondue avec la France.
A suivre ...