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Un étendard sanglant à laver (1ère partie) (info # 012002/6)
Par Serge Farnel

Lundi 20 février [08:23:00 UTC]

tutsie
© Metula News Agency










si à la place de « Tutsis », Péan avait écrit « Arabes »...


M

 

L’actualité relative au Rwanda a été très fournie depuis la publication de ma dernière série d'articles sur les pages de la Ména. Elle est venue modifier certaines considérations fondamentales, notamment quant au rôle que la France a joué lors du génocide des Tutsis. Jusqu’alors on pouvait encore penser que notre pays avait assisté les génocidaires hutus politiquement et sur le plan logistique, mais désormais, nos soldats sont accusés, dans les formes, d’y avoir sauvagement participé. C'est la raison pour laquelle nous sommes amenés à publier, à partir de ce jour, une nouvelle série d'articles sur le sujet.

 

La veille du week-end de Noël dernier, le procureur du Tribunal aux Armées de Paris, le TAP, a annoncé l'ouverture d'une information judiciaire contre X pour « complicité de génocide », suite à une plainte visant, sans les désigner nommément, des soldats français engagés, en juin 1994, dans l’opération soi-disant « humanitaire » Turquoise. C’est la première fois que la justice française est saisie d’une procédure imputant à des militaires français une participation active dans le génocide des Tutsis. Cette plainte avait été précédée d'autres initiatives, dont l'objet consistait à faire le point sur le degré précis d'implication de la France dans cet ethnocide. C’est ce que chercha notamment à faire une commission officielle rwandaise chargée de rassembler des preuves sur le véritable rôle de la France dans cet assassinat de masses. Dans le même temps, des accusations très documentées étaient proférées à l'encontre des soldats français devant le Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR).

 

Nous reviendrons sur ces rebondissements importants dans nos prochaines analyses, de même que sur l'interpellation à l'assemblée nationale du ministre français des Affaires Etrangères par le député communiste Claude Lefort, qui s’est confié à la Ména lors d’une interview exclusive. Lefort fut en son temps le premier signataire de la proposition de mise en place d’une commission d'enquête parlementaire sur le Rwanda, commission qui aurait eu des moyens plus importants, et surtout non opposables, que la mission parlementaire qui a fini par prévaloir. Le député a également expliqué les circonstances particulières dans lesquelles son groupe parlementaire avait approuvé, le 15 décembre 1998, en son absence, les conclusions du rapport de la mission parlementaire dont il était pourtant l'un des vice-présidents.

 

Or, lesdites conclusions blanchissent la France ! Dès le lendemain, Claude Lefort tenait à exprimer publiquement : « je ne saurais me retrouver dans le vote positif de mes collègues communistes », considérant que « des points majeurs ne sont pas éclaircis ». Il avait, à cette occasion, annoncé qu'il prendrait « d'autres initiatives sur ce sujet », ce qu’il fit lors de son intervention en novembre dernier à l'assemblée nationale. Il annonce, d’ailleurs, par l’intermédiaire de notre agence, que des éléments clés sont récemment parvenus en sa possession, éléments qu'il a mis en lieu sûr et qu’il ne manquera pas de rendre publics en temps utile.

 

Ce qui, sur le thème du génocide rwandais, cristallise aujourd'hui l'attention aussi bien de la France que de la communauté internationale, c'est donc l'ouverture de l'enquête confiée au juge d'instruction du TAP, Brigitte Raynaud. Les péripéties politico-médiatiques qui accompagnèrent le déplacement de la juge au Rwanda, dans le but de ramener au procureur les éléments lui permettant de se prononcer sur la recevabilité des plaintes déposées, en disent long sur l'état de confusion des autorités françaises, qui ont fait des pieds et des mains pour dissuader la juge Raynaud  de se rendre à Kigali. La Ména a suivi cette affaire dans tous ses détails et vous les fera partager. A classer dans la catégorie "assez édifiant"…

 

Pas aussi confondants cependant que d’autres témoignages inédits, que la Ména présentera en exclusivité à ses lecteurs. Des témoignages qui confirment, bien malheureusement, l'implication directe de militaires français dans la mise en oeuvre du génocide des Tutsis.

 

Les récentes semaines ont également vu la diffusion sans modération de livres à vocation révisionniste, voire négationniste, qui font aujourd'hui figure de dernières cartouches d'une certaine France. La même qui, à l'instar de l’anti-dreyfusisme d’Etat d’arrière-garde à l’époque de l’Affaire, n'a plus aujourd'hui pour système de défense que celui consistant à enfermer dans le camp de « l'anti-France » ceux qui, fidèles aux idéaux républicains, dénoncent haut et fort l'implication active du pouvoir du pays des Droits de l'Homme dans le troisième génocide du vingtième siècle.

 

Le rôle d’éclabousseur public tenu par le colonel Sandherr à l’époque de l’Affaire Dreyfus est notamment confié au colonel Hogard, qui commanda l'un des trois groupements opérationnels de l'opération Turquoise, et qui n'hésite pas, dans son livre Les larmes de l'honneur (éd. Hugo doc, octobre 2005, 10 €), à considérer que ceux qui dénoncent les manoeuvres ainsi que la rhétorique visant à établir la thèse du double-génocide n'ont pour autre objectif que "d'entacher la république de notre pays et de son armée". Nous avons compulsé son ouvrage ainsi que les déclarations de tous ceux qui participent avec lui à couvrir l'infamie. Les prochains articles de cette série participeront notamment à rendre compte de nos découvertes.

 

Nous reparlerons d’Abdul Joshua Ruzibiza, qui, entre-temps s’est fendu d’un livre-témoignage Rwanda – L'histoire secrète (éd. Panama, octobre 20005, 22 €) . Nous avions consacré un article à ce témoin douteux lorsqu'il s'était agi d’en déconstruire les arguties pour préserver les conditions de la recherche de la vérité, tandis que le magazine Marianne se dépensait tant et plus à lui construire de l’importance. Rappelons que Ruzibiza, dit Vénuste, est considéré comme le témoin principal du juge Bruguière dans son étrange enquête sur l'attentat contre le Falcon qui transportait le président rwandais Juvénal Habyarimana. Attentat qui sonna le coup d’envoi du génocide des Tutsis, soigneusement planifié au préalable, lequel n'attendait qu’un prétexte pour se déchaîner.

 

Le juge Bruguière, dont on ne finit pas – cela fait maintenant des années ! –,  d’annoncer, sans pouvoir dissimuler totalement d’y voir une posture grotesque, la fin de l’enquête. Enquête, dont des éléments choisis ont fait leur chemin des tiroirs du juge aux colonnes de journaux négationnistes, et dont l’objectif consiste manifestement à brouiller toute tentative de communication sur l'implication de la France dans le génocide des Tutsis !

 

Les deux derniers livres que je viens de citer ont été présentés à l'occasion d'un colloque tenu à l'attention des élèves de Sciences po. La Ména était représentée à cette manifestation et ne s’est pas privée de poser aux auteurs des préface et postface du livre de Ruzibiza les questionnements nécessaires.

 

L’analyse des récents ouvrages négationnistes sera pour nous l'occasion de décrire précisément le mécanisme de négation, dont la diabolisation de l'actuel président tutsi du Rwanda, Paul Kagamé, constitue l'un des points clés. « Double-génocide », « Kagamé = Pol Pot », autant d'éléments qui laissent présager la volonté du camp des génocidaires de finir le « travail » commencé. Certains ne prennent même pas la peine de s’en cacher.

 

Notre bataille obstinée pour l'éclatement de la vérité ne se réduit donc pas à une volonté de justice pour la justice ; l’établissement public de la vérité a également pour objet de prévenir un futur génocide dont on retrouve, au sein de la propagande négationniste, les éléments qui alimentèrent celui de 1994. C'est dans cet esprit que nous aborderons de front les accusations de crimes de guerre dont les négationnistes affublent le gouvernement rwandais actuel afin que soient correctement évalués le type, les dates, les circonstances des exactions qu'on lui prête, ainsi que sa responsabilité lors de ces évènements.

 

Nous évoquerons Corneille, le chanteur d'exception rwandais d'origine tutsie, qui a perdu sa famille au cours du génocide.

 

Nous nous pencherons sur le dernier livre de Pierre Péan, Noires fureurs, blancs menteurs (éd. Mille et une nuits, novembre 2005, 22€), dans lequel l’auteur déverse un torrent de haine encore inégalé à l'égard de la « culture du mensonge et de la dissimulation [qui] domine toutes les autres chez les Tutsis ». Nous nous prendrons à imaginer le tollé planétaire que cette caricature raciste aurait déclenchée, si à la place de « Tutsis », on avait écrit « Arabes ».

 

Le genre de stigmatisation déclinée dans la phrase de Péan atteste que nous ne sommes pas encore entrés, pour ce qui concerne l'implication de la France dans le génocide rwandais, dans la phase de contrition, qui va emboîter le pas à celle de la révélation, et qui suivra, dans cet ordre, la période de négation, qui s’étire de 1994 à la publication de l’ouvrage de Péan. Je parle d’un processus inéluctable, tant les éléments de preuves sont nombreux, diversifiés, fiables, mais aussi, tant le continent africain tout entier ne s’apaisera pas avant que la vérité soit dévoilée.

 

Sachons déjà voir que la culture que Péan qualifie de « culture de mensonge » n'est autre que celle de Corneille qui, cerise sur notre gâteau, a été choisi pour écrire la chanson qui représentera la France à l'Eurovision 2006 !

 

Pierre Péan s'est mis aujourd'hui au service de l’entreprise de révision, voire de négation, de l’ethnocide des Tutsis. Il a sciemment choisi de finir grillé comme un énième vulgaire fusible, durant le processus d’éclairage de cette réalité que l'establishment post-gaullien tente de cacher aux Français. Péan est d’ailleurs, depuis le 24 janvier dernier, dans le collimateur de l'association Ibuka, laquelle a annoncé depuis Kigali son intention de porter plainte contre l'auteur d'un livre qu’elle juge raciste et négationniste.

 

Vendredi dernier, l'avocat belge d’Ibuka, a développé ces points à l'occasion d'une conférence de presse. J’ai profité de cette occasion pour m’enquérir d’un projet parlementaire consistant à ne pas restreindre le dispositif répressif de la loi « Gayssot » à la Shoah, comme c’est le cas actuellement, mais de l’étendre aux autres génocides de l’époque contemporaine. Cet amendement permettrait entre autres que des livres comme celui de Pierre Péan puissent être jugés en France, non seulement pour incitation à la haine raciale comme cela va être le cas ces prochaines semaines, mais aussi pour négationnisme.

 

Tenterait-on, par le biais de Pierre Péan, de couvrir l'une des faces les plus sombres de l'ère mitterrandienne ? François Mitterrand n'exerçait-il pas, en effet, le contrôle direct, avec son chef d'Etat-major personnel, sur cette structure parallèle de commandement militaire que nous avions évoquée dans notre précédente série ?

 

Péan prenant la défense de Mitterrand ?

 

Mais Noires fureurs, blancs menteurs va, d’une certaine manière, à l’encontre de l’esprit de Une jeunesse française (Pierre Péan, éd. Fayard, septembre 1994, 24,50 €) dans lequel l'auteur explora le passé vichyste de l'ancien président.

 

Ces contradictions quant aux intentions apparentes de Pierre Péan n’appartiennent pas à notre enquête. Celle-ci concerne l'histoire de la participation française à un génocide à la toute fin du XXème siècle et les efforts des dirigeants de notre système pour fuir leurs responsabilités. C’est celle d'un étendard sali, que d'aucuns aimeraient bien pouvoir laver en famille... dans cette famille qui est la leur et qu'ils ont trop longtemps confondue avec la France.

 

 

 

A suivre ...  

 

 

 

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