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Le Hamas n’est pas une bande de joyeux campeurs (info # 013001/6)
Par Sami El Soudi

Lundi 30 janvier [19:01:00 UTC]

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© Metula News Agency





Ismaïl Hanya : le futur 1er ministre de Palestine ?
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En fin de compte, le Hamas a remporté 76 sièges au parlement palestinien, contre 43 au Fatah. Les sondages à la sortie des urnes, que j’avais réalisés avec mon équipe, donnaient, après correction des incertitudes statistiques et introduction des particularités régionales connues, une avance de huit sièges pour le parti du président Mahmoud Abbas.

 

Notre sondage a été correctement effectué sur la base d’un programme informatique éprouvé. Les cinq autres sondages professionnels, réalisés par des confrères, établissaient tous également une avance de l’OLP de 3 et 18 sièges.

 

Lorsque j’ai proposé ma démission à la Ména, après avoir annoncé à tort la victoire du Fath, je n’ai pas songé un seul instant avoir commis une erreur professionnelle. Je n’avais, non plus, aucune autre raison de quitter cette agence, dont je suis l’un des actionnaires (comme tous les rédacteurs attitrés) et que je considère être l’un des espaces d’expression les plus libres de la planète. Simplement, il était inconcevable pour moi, que quelqu’un qui avait écrit une dépêche aussi erronée que la mienne puisse décider par lui-même, comme si rien ne s’était passé, de conserver son poste.

 

Ailleurs, peut-être, ce sont des choses qui se font mais pas à la Ména. Il fallait que le conseil de rédaction se plonge dans l’examen de mon travail et me blanchisse au plan professionnel, sinon, ma plume perdait sa crédibilité et ma carrière au sein d’un media respectable était hypothéquée. Pire que cela, c’était ma présence au sein de l’équipe rédactionnelle qui ébranlait la fiabilité de notre agence de presse.

 

L’enquête réalisée par le comité était donc à mon sens irremplaçable, de même que la publication de ses conclusions. Il ne s’agissait pas d’un caprice de débutante, pour ceux qui s’y sont mépris, ni d’un appel aux lecteurs afin qu’ils plébiscitent mon "retour". Ceux qui me connaissent un peu savent que je n’aurai jamais recours à de semblables artifices. Non ! Il faut en certaines occurrences qu’un media sérieux vérifie qu’il n’est pas en train de perdre la tête et que ce ne sont pas ses pieds qui décident de la manière dont il fonctionne. Lorsqu’il diffuse une information fausse, et que celle-ci est reprise par des dizaines de revendeurs d’informations se fiant aveuglément à leur source, un media doit se remettre en cause, questionner son mode de travail, celui de ses collaborateurs, analyser les raisons de son erreur et la capacité de ses responsables rédactionnels à réagir rapidement et en toute transparence.

 

Je n’en attendais pas moins de la maison qui édite mes textes et reportages et je dois dire que j’aurais été fort dépité que la Ména réagisse autrement. La capacité de notre direction rédactionnelle à mener une investigation de fond en moins de 24 heures et à publier des conclusions détaillées et tranchées montre que nos pratiques sont correctes et que nous avons conservé notre vitalité intacte. Ceci est d’autant plus réconfortant que seul le rédacteur en chef siège en permanence au comité de rédaction et que les autres membres de la Ména du Moyen-Orient y participent à tour de rôle. Cela prouve aussi que nous sommes toujours à prendre notre tâche plus au sérieux que nos fonctions et nos modestes avantages, et c’est heureux.

 

Avant de refermer cette page administrative de l’histoire de notre petite agence, je veux remercier les nombreux lecteurs qui m’ont demandé sur le forum de revenir sur ma démission et ceux qui m’ont adressé des mails et des fax. Citer leur nombre serait de ma part un manque d’humilité, aussi, préféré-je amplement leur dire, vous dire, combien votre affection m’a touché, et combien j’ai été étonné de constater que mes articles étaient si largement et si correctement compris ! Vous lire m’a fait du bien, me rappelant l’importance relative de notre témoignage direct, selon le concept informationnel de la Ména.

 

Mais ces témoignages ont démontré autre chose encore : venant d’Européens, de Juifs, d’Israéliens et de nombreux Arabes et musulmans, ils ont indiqué qu’il était possible de respecter les opinions de quelqu’un qui n’a jamais fait mystère de ses objectifs politiques et nationaux. Vos manifestations contre ma démission ont montré que le problème moyen-oriental se situait bien moins au niveau de l’objet (la délimitation d’un compromis mettant fin au différend) qu’à celui de la confiance entre les sujets ; de la capacité à croire ce que l’autre affirme.

 

Pour ma part, je n’ai jamais dissimulé le fait que j’aspire à un Etat palestinien démocratique et laïc, instauré à l’intérieur des frontières jordaniennes et égyptiennes (Gaza) d’avant 1967, avec des modifications mineures et basées sur la réciprocité. Je n’ai jamais caché qu’il fallait à Jérusalem un statut spécial et que cette ville ne pouvait pas rester uniquement la capitale de l’Etat d’Israël, sous la souveraineté exclusive et globale de celui-ci.

 

J’ai également écrit sur la Ména que cette recette pour la solution du conflit, qui inclut de ma part le renoncement au retour des réfugiés d’avant 47 et de leurs descendants dans la partie désormais israélienne de la Palestine et le caractère permanent et non renégociable de la paix qui serait signée, constituent pour moi un compromis pénible quoique nécessaire. Que je considère que toute la Palestine appartient à mon peuple et sans jamais oublier que nous sommes chez nous à Safed, Haïfa et Jaffa. Ce qui me différencie de certains, c’est que je conçois également que les Juifs peuvent légitimement considérer que toute la Palestine, incluant Hébron et l’esplanade des Mosquée, leur appartient aussi.

 

Cette constatation de l’existence d’une double légitimité d’ordres différents sur la même terre me mène à rechercher une solution pragmatique et viable à cette situation. Une situation excluant le génocide de l’autre composante et ne croyant pas à l’éventualité de son évaporation spontanée, ni son asservissement politique ou national à long terme. Une constatation qui, ne tenant pas forcément et dans chaque détail compte des principes de justice absolus, leur préfère l’acceptation de faits accomplis et de réalités démographiques ; cela, pour une seule raison, mais suffisamment valide à mon goût : la prévalence incontestable de la vie sur la mort et celle du progrès et du bien-être des hommes sur la destruction permanente.

 

A la question d’actualité : l’accession du Hamas à la direction des affaires du peuple palestinien permet-elle la mise en œuvre d’une solution du type que je préconise, je réponds sans détour par la négative. J’étais à trois mètres de Mahmoud Abbas, mercredi soir, lorsque ce dernier, apprenant la débâcle du Fatah, a annoncé sa décision de démissionner, pour la raison que je viens de mentionner. Puis tous les téléphones de la Moukata de Ramallah se sont mis à crépiter. De Washington, de Tel-Aviv, du Caire et du monde entier, on demandait à Abou Mazen de rester en place, on commençait à imaginer la cohabitation à la sauce palestinienne. Un président du Fatah, élu jusqu’en 2009, et un gouvernement islamiste.

 

Mais Abbas, parlant abondamment à son entourage des incompatibilités constitutionnelles, politiques, programmatiques et conceptuelles d’une telle mitoyenneté, revenait, vers minuit, à son idée de tout laisser tomber et de voir "comment ces fous se débrouilleront seuls", pour citer littéralement ses propos. "Ils ont gagné, il faut qu’ils prennent leurs responsabilités", martela-t-il encore.

 

Re-coups de fil de toutes les capitales et résignation de l’intéressé : on ne résiste pas à autant d’intérêts. L’avenir ? Incertain, est le moins que l’on puisse en dire. Avec l’intervention des agents très spéciaux de toutes les grandes puissances présentes dans la région, jeudi, et surtout vendredi, tous les responsables de toutes les forces armées de l’Autorité Palestinienne sont venus jurer allégeance à Abbas. A Gaza, sous l’injonction de Mohammed Dahlan, le Fatah (les hommes de la Sécurité Préventive) sont venus "nettoyer" des bâtiments officiels qui avaient été investis par le Hamas et ses sympathisants.

 

Certes, mais le Hamas n’est pas une bande de joyeux campeurs ! C’est la branche palestinienne – l’une des plus puissantes du monde arabe – de la confrérie des Frères musulmans, les mentors de ce qu’on appelle Al-Quaëda. Renoncer à un pouvoir qu’ils ont remporté démocratiquement ? Impossible, inconcevable. Sitôt les résultats officiels annoncés, ils parlaient déjà de leur "volonté de faire respecter la liberté de la femme… musulmane". Et les femmes tout court de la bourgeoisie palestinienne et les chrétiennes de Jérusalem ont regardé avec effroi les défilés de la victoire du Hamas à Ramallah : un pour les hommes et un autre, séparé, pour les femmes, toutes voilées.

 

Heureusement, dans la pratique, un gouvernement du Hamas ne pourra pas fonctionner sans l’accord des Israéliens. Cela va de traverser de Cisjordanie à Gaza, à percevoir les taxes qui sont encaissées par les Israéliens et reversées d’habitude à l’AP. Or Olmert a déclaré qu’il ne transférerait pas de l’argent qui servirait à la destruction d’Israël. Le monde occidental reprend à l’unisson le refrain du premier ministre par intérim, à commencer par Condoleezza Rice, qui a appelé les Européens à ne pas se tromper : "On ne peut pas, d'un côté, soutenir le processus de paix, ce que nous faisons tous au sein du Quartet, et de l'autre soutenir les activités d'un partenaire à ces négociations ne reconnaissant pas l'existence de l'autre partenaire".

 

Oui mais si les Israéliens, les Européens et les Américains coupent tous les robinets, Mahmoud Abbas ne pourra pas se maintenir. Les salaires des 150'000 fonctionnaires ne seront pas payés et le chaos intégral s’instaurera. "C’est une solution", m’a soufflé à l’oreille l’un des tontons britanniques présent jeudi à Ramallah, "on peut ne transférer que les sommes minimales et qu’à Abou Mazen", a-t-il poursuivi. "Et qui est-ce qui va trinquer en premier lieu", ai-je répondu à ce James Bond ? "Les plus pauvres d’entre les pauvres, de quoi les jeter encore plus dans les bras islamistes, surtout si les Iraniens, les parrains du Hamas, financent notre islamisation avec leurs pétrodollars".

 

Pas simple, n’est-ce pas ! Vous n’allez d’ailleurs pas tarder à faire la connaissance du Dr. Mahmoud Al-Zahar, le dernier des fondateurs du Hamas en 1988 qui n’ait pas encore été éliminé par les Israéliens. Encore n’est-ce pas faute d’avoir essayé : en septembre 2003, leurs F-16 ont détruit sa maison, tuant son fils aîné Khaled et le blessant gravement à la jambe, de même que vingt autres personnes.

 





Al-Zahar, sur son lit d’hôpital après l’attaque israélienne ayant coûté la vie à son aîné

 

Le monde va découvrir l’islamo-hégémonisme, le fascisme oriental avec machisme absolu en bonus. Les doutes vont être dissipés assez rapidement : par exemple, Al-Zahar a affirmé, le 17 janvier 2003, que "si l’Irak était attaqué… toutes les cibles américaines deviendraient des cibles légitimes pour tout musulman, Arabe ou Palestinien. Toute attaque contre l’Irak sera contrée par la résistance, partout, et les intérêts américains seront visés, partout. Nous disons que toutes les cibles américaines seront des objectifs autorisés pour chaque musulman, Arabe ou Palestinien".

 

Voici la conviction du chef de l’organisation victorieuse des élections générales. Il y a quelques temps, Benjamin Netannyahou avait écrit un livre, intitulé : "Une place au soleil". Al-Zahar lui répondit en publiant : "Nulle part sous le soleil" ; un livre que liront ceux qui veulent vraiment savoir ce qui attend la Palestine.

 

Moi je resterai jusqu’à ce qu’on m’interdise de voir le visage de ma femme ou de mes filles. Ou jusqu’à ce que je ne puisse plus m’asseoir avec elles dans un café, et je ne parle même pas d’y commander une bière. Nous sommes mal…  

 

Il y a ceux qui pensent que l’évolution positive pour l’homme consiste à le placer au centre des préoccupations de la société. Et il y a les autres, qui sont persuadés que le progrès consiste à placer le ciel au centre de la terre. La coexistence entre ces deux groupes est une fiction ou un wishful thinking. La guerre des civilisations est inéluctable entre ces deux groupes qui avancent en sens inverse, et les hommes du second groupe sont toujours là, à Ramallah, Tel-Aviv, New York, Madrid ou Londres, pour le rappeler aux humanistes. Et la semaine dernière, ils ont gagné la Palestine.

 


 

 

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