Depuis hier, Israël est secouée par la remise du rapport
final de l’enquête réalisée par le Département
d’investigation de la police (MAkhlakat KHAkirat HASHotrim) du
ministère de la Justice au sujet du comportement des policiers lors des
émeutes d’Arabes israéliens, au tout début d’octobre 2000.
Ce qui peut étonner, c’est que les conclusions du Makhash
vont à l’opposé des recommandations de la commission juridique ad
hoc Or, rendues publiques il y a maintenant deux ans. Alors que l’avis
de la Commission Or préconisait notamment la mise à pied de certains officiers
supérieurs de la police – ce que la police s’empressa de
réaliser, sans même attendre la fin de l’enquête –, Makhash
décide qu’il n’y a lieu de poursuivre aucun agent de l’ordre.
La police des polices israélienne justifie sa
décision par le fait qu’il n’existe aucune preuve permettant la mise en
cause sur des bases juridiques de tel ou tel policier. Elle ajoute s’être
heurtée, lors de son enquête, à un refus de collaboration
de la part des familles des treize victimes qui, dans la plupart des cas, se
sont opposées à l’exhumation de leurs proches aux fins de l’enquête
balistique, essentielle pour établir les responsabilités.
Comme vous pouvez l’imaginer, l’émotion est vive
dans le Migzar, la communauté arabe-israélienne, qui
envisage de recourir contre la décision auprès de la Haute cour
de justice, et si cette démarche s’avérait insuffisante, d’ester
auprès des institutions internationales de justice.
Au-delà des aspects de l’affaire liés
à la question directrice de savoir si les éléments
à disposition pouvaient permettre d’obtenir des condamnations de
policiers devant la justice – question à laquelle Makhash
répond par la négative – et ceux attenants à la
portée de l’attitude des familles, durant l’enquête, sur la
possibilité de réunir ces charges, il est deux interrogations
décisives que nous allons considérer.
L’exemple
de Teradion
La première tient à la nature des heurts lors
des événements concernés, et, plus
précisément, au degré de dangerosité que faisaient
encourir les émeutiers-manifestants tant aux forces de l’ordre
présentes sur place, en nombre insuffisant, qu’à la
sécurité publique. Car il ne fait aucun doute que des agents en
uniforme ont tiré sur la foule qui les agressait ; l’un des
policiers à avoir perdu son poste des suites des recommandations de la
Commission Or, m’a accordé plusieurs heures d’interview à
ce propos. Gay Reiff commandait le poste de police de Misgav à l’époque
des événements. Le premier octobre 2000, il avait à sa
disposition 15 agents du poste et en recevra une vingtaine d’autres, plus tard,
en renfort, envoyés depuis les autres commissariats de la région
suite à ses appels répétés par les canaux
hiérarchiques. C’étaient tous de simples flics et pas des hommes
des forces spéciales ou de la Police des frontières, selon la
décision incompréhensible de ses supérieurs.
Avec ses quinze agents, avant l’arrivée des maigres
renforts, Reiff installa un barrage sur la route principale, à
l’entrée de la ville de Sakhnin, rendue célèbre par son
équipe de football, la première formation arabe à disputer
une coupe européenne. Devant le barrage s’agitait une foule de plusieurs
milliers de personnes ; à la droite de la petite escouade, l’une
des entrées de Raphaël, la RAshout mimshaltit le PitouAkh
Emtzaé Lekhima, un des emplacements les plus sensibles du
Moyen-Orient, où l’Etat hébreu développe ses armes de
haute technologie. Sur la gauche, la zone industrielle de Teradion et
ses nombreuses usines.
La foule ne s’est pas approchée de l’institution militaire.
Heureusement, on risquait l’hécatombe ! Par contre, Reiff distingue
un groupe de 70 à 80 casseurs qui se sont frayé un chemin dans la
Z.I. et qui détruisent tout sur leur chemin. L’officier de police s’y
rue. Il a distingué que les fauteurs de troubles s’approchaient de
l’immense réservoir d’hydrogène de l’usine Petros et que,
dans leur rage destructive, ils menacent d’y mettre le feu. On risque la
catastrophe. Reiff entreprend de défendre le réservoir. Il fait
face, avec un seul collègue, aux intrus. Ceux-ci leur lancent tout ce
qui passe à portée de leurs mains, y compris des cocktails
Molotov et d’imposants blocs de pierre. Le commissaire affirme avoir entendu
des coups de feu, ce que les enquêtes successives ne parviendront jamais
à établir. En tout état de cause, Reiff est blessé
au visage durant l’altercation et il saigne, lorsqu’un individu s’approche du
réservoir, se postant devant le flic avec dans sa main un objet que ce
dernier ne parvient pas à identifier. Reiff tente tout ce qu’il peut pour
le dissuader d’agir. Le somme, avec toutes les précautions d’usage. Mais
l’autre continue d’avancer ; alors le policier le vise de son arme de
poing, aux jambes, bien évidemment, et il fait feu. L’individu
s’écroule mais il s’avérera impossible d’établir la gravité
de ses blessures, ni s’il s’en est tiré, car ses camarades, par crainte
qu’il ne soit arrêté, l’enlèvent rapidement, quittant au
pas de course la zone industrielle.
Ce qui sera reproché à Reiff par la Commission Or
? D’être intervenu avec des effectifs inappropriés
relativement à la taille de l’évènement. La Commission Or
se gardera cependant d’établir ce qui serait advenu si les agents
étaient restés dans leur commissariat de Misgav, à
cinq kilomètres de là, laissant Raphaël, les
usines de Teradion et leur personnel sans défense contre les humeurs de
la foule. Les juges se rendent parfois la vie facile !
La faute
à qui ?
Reiff sera exclu de la police avec effet immédiat, même
mis aux arrêts durant un court intervalle. Il aurait aussi bien pu
recevoir la médaille du mérite pour comportement
héroïque, mais il fallait rapidement jeter des suspects aux lions
pour apaiser la colère du peuple et surtout, pour noyer la
responsabilité des huiles de la police israélienne. Car on tient
là assurément l’un des coupables de la tragédie :
l’état-major de la police. Il a dramatiquement sous-évalué
les retombées du film de France 2 sur la population arabe-israélienne ;
il a mis un temps beaucoup trop long à réagir aux
désordres et il a envoyé les mauvais renforts, et en trop petit
nombre. S’il s’était trouvé cinq cents gardes-frontières,
dotés simplement de matraques, de boucliers et de grenades
lacrymogènes pour faire face à la foule à chaque point de
friction, personne ne serait tombé lors des événements
d’octobre 2000. Mais à 15 contre 2000, les forces de l’ordre perdent
tout effet dissuasif et le déséquilibre numérique invite
aux débordements. Il fallait aux grands chefs sacrifier un petit chef
pour sauvegarder leurs arrière-trains et le sort a choisi Gay Reiff, qui
ne méritait certainement pas de porter ce chapeau.
Manifestations ou émeutes, au niveau du terrain, et donc de
la responsabilité des officiers présents sur les lieux des
affrontements, tout dépend de cette distinction. Si c’étaient des
émeutes, à Um-El-Fakhem, où on releva un mort et sept
blessés parmi des citoyens israéliens, on doit objectivement justifier
l’ordre que donna à ses tireurs d’élite l’officier
supérieur de police Alik Ron – en charge de toute la région Nord
– d’ouvrir le feu. S’il s’est agi de manifestations, même violentes, cet
ordre fut criminel. Disons que c’étaient des manifestations
extrêmement violentes, qui, çà et là, ont
tourné à l’émeute et qu’a posteriori, connaissant
ce que nous connaissons désormais, il est plus que
téméraire de nous ériger en juges.
La faute aux Arabes de Galilée alors ? On pourrait le
penser mais ce faisant aussi, on oublierait l’essentiel. Et l’essentiel en la
matière consiste à mentionner que la minorité arabe-israélienne
de Galilée, notamment à Nazareth, où on compta le nombre
le plus élevé de victimes, et puis à Arabeh, à Sakhnin
et partout ailleurs, constitue une population disciplinée, laborieuse et
réfléchie qui ne cause aucun problème sécuritaire particulier.
Ni avant ces jours de folie, ni depuis. Il n’est, pour s’en persuader, que de relever
qu’à Sakhnin, une agglomération forte de 20'000 âmes, il
n’y avait pas de poste de police avant les événements d’octobre 2000
et il n’en a pas été ouvert un à leur suite. Kiriat-Shmona,
par contraste, ville juive de la même importance, nécessite la
présence permanente de dizaines de gendarmes. Qui plus est, si l’on
prend l’exemple des heurts qui se sont produits à Teradion, la
moitié du contingent de policiers de Gay Reiff faisait partie de cette
même minorité arabe, et ils durent affronter des fauteurs de
troubles appartenant à leurs propres villages, souvent, à leur
propre famille.
Il s’est donc passé un évènement terriblement fort
et inhabituel pour jeter sur le pavé des milliers de personnes
d’ordinaire absolument paisibles.
La faute à pas de chance, la faute au fatum et à la nature
humaine ? La faute à personne ? Telle est notre seconde
interrogation. Répondre de la sorte équivaudrait à faire
omission de la cause majeure ayant occasionné les affrontements, telle
qu’elle est établie par la Commission Or à l’article 172
de ses recommandations (de
façon partielle, pour consulter l’analyse spécifique, se
référer à l’article "Le reportage de FR2 sur A Dura
à la base des émeutes d’octobre 2000 (info # 011609/3)" [lire] :
"La mort de Mohamed Al-Dura, telle qu’elle est
reflétée par les images de la télévision (FR2
Ndlr.) a eu une influence marquante sur l’état d’esprit de la rue arabe,
en ce jour (le 30 septembre Ndlr) et en son lendemain. Ce fait a
été mis en exergue par de nombreux leaders de la minorité
arabe ayant comparu devant la commission. L’opinion partagée par la
plupart d’entre eux fut que les images de Mohamed Al-Dura, qui furent
diffusées par les médias, constituèrent l’un des
éléments qui conduisirent des gens du secteur arabe à
descendre dans la rue le 1.10.00 (et pour certains à y mourir ! Ndlr.)
De même, des sources policières et d’autres sources de
sécurité considérèrent que la présentation
des images a pesé d’un poids conséquent, en tant que facteur de
l’éclatement des événements".
La faute
à personne ?
Au lendemain de la publication des conclusions de la police des
polices, il importe de marquer, plus clairement que jamais, la
différence entre les causes de terrain, je parle du comportement
de la foule et de la police lors des affrontements, et LA cause
émotionnelle ayant déclenché la dynamique d’affrontement.
Les causes de terrain, à ne pas s’y tromper, et le débat qu’elles
suggèrent, n’étant que l’effet de la cause émotionnelle.
Le Responsable des Evènements d’octobre existe donc. Celui qui diffusa
les images d’une mise en scène "qui constituèrent l’un des éléments
qui conduisirent des gens du secteur arabe à descendre dans la rue le
1.10.00", a un nom, il s’appelle France
Télévisions.
Il faut toute l’artificielle insouciance d’un Patrick Saint-Paul pour
continuer à mentionner, le 14 courant, soit à quelques jours du
cinquième anniversaire de la plus grande imposture médiatique de
tous les temps, "le jour de la mort du petit Mohammed Al Doura, mort sous
les balles israéliennes". Et tout le collaborationnisme des
journaux à emballer les poissons, comme le Figaro, pour prolonger le
mensonge homicide, comme s’il n’avait pas encore fait assez de mal.
Difficile de s’émouvoir outre mesure de la servilité des
media français, engoncés jusqu’au cou dans leur pensée
unique, lorsqu’on vient de finir la lecture de l’enquête du
génocide tutsi que nous a proposée Serge Farnel. C’est une
spécialité des élites parisiennes que de rester
vautrées dans les mystifications de leurs régimes. Mais après
avoir entendu, il y a deux ans, sur RFI, leur actuel premier ministre et futur
candidat à l’investiture suprême, évoquer le "double
génocide" du Rwanda, en dépit des dizaines de preuves
disponibles établissant qu’un tel évènement ne s’est
jamais produit, lorsqu’on constate le suivisme de nos collègues hexagonaux,
incapables d’alerter leur opinion, bouffant unanimement au râtelier de "l’opinion
officielle", on ne peut plus s’étonner des délires des
Patrick Saint Paul et de leurs éditeurs.
Chaque fois qu’un présentateur du J.T annonce un reportage de
Charles Enderlin et Talal Abou-Rahma, ce n’est pas de la Ména que FR2 se
fout, c’est de ses téléspectateurs, de sa charte éthique,
des institutions et de la justice française.
Et que Jeambar et Leconte cessent donc de parler d’une enquête
qu’ils n’ont jamais menée, ou alors qu’ils la produisent !
L’enquête dont ils parlent leur a été rapportée in
extenso par le véritable journaliste Luc Rosenzweig, c’est celle de la
Ména et celle de Nahum Shahaf. Quant à leur affirmation selon
laquelle ce seraient les Palestiniens qui ont tué l’enfant ou celle
selon laquelle, au milieu d’un flot d’images qu’ils affirment avoir
été fabriquées, pour une raison qu’ils ne partagent avec
personne, ils déclarent que celles de la mort de Mohamed sont authentiques,
elles leur font mériter la pire des critiques que l’on peut attribuer
à des journalistes de leur renommée : amateurs !
Il existe une monoculture médiatique française et elle
est de plus en plus montrée du doigt. J’en veux à Jeambar et
Leconte de se plier à ses lois et de manquer du courage de crier la
vérité que nous leur avons apprise.
Mais cette France-là, celle du double génocide rwandais et
de l’imposture A Dura, s’époumone, elle s’isole et se perd dans ses
vérités parallèles. La recommandation de la Commission Or
sur le rôle de la télévision de l’Etat français
dans les misères de l’Orient a valeur juridique. Les dizaines de preuves
que nous avons produites aussi, que la monoculture chiraco-gaullienne dissimule
à la connaissance des Français.
Car c’est un mal que la France traîne depuis qu’un certain
général eut, d’un coup de baguette magique, transformé une
nation vaincue en nation victorieuse et que depuis, tout en maltraitant les
habitants du monde, en maintenant des colonies sous toutes les latitudes et une
légion étrangère, elle se permet de juger les nations
honnêtes.
A part une poignée d’initiés et
d’intéressés, le public français ignore tout du
génocide d’un million d’Africains, perpétré avec la
collaboration active de son gouvernement, tout autant qu’elle ignore que sa
télévision est responsable de la mort de citoyens
israéliens. Les hommes du régime s’imaginent pouvoir vivre
indéfiniment à l’intérieur de leurs systèmes,
pour autant que ceux-ci soient bien cloisonnés. Leur ministre des
Affaires Etrangères a illustré, la semaine dernière
à Jérusalem, la nature de l’exception française, lorsqu’il
a demandé à ses hôtes pourquoi la communauté juive
de Grande Bretagne n’avait pas été exterminée par les
Nazis.
Pour établir la responsabilité pénale de France 2
lors des affrontements d’octobre 2000, ce n’est pas à leur ministre de
la culture que la Ména s’adressera ; pour établir la
culpabilité de la France – Abou Rahma, Enderlin, FR2, France Télévisions,
le CSA, le Conseil d’Etat – qui laisse entretenir l’imposture A Dura, au
Tribunal des Droits de l’Homme, ce n’est pas son garde des sceaux que Farnel et
Maître Haddad ont saisi.