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Le coupable est connu, il est ailleurs (info # 011909/5)
Par Stéphane Juffa

Lundi 19 septembre [16:53:00 UTC]

Charles Enderlin (Photo Menapress)
© Metula News Agency







Chaque fois qu’un présentateur du J.T annonce un reportage de Charles Enderlin et Talal Abou-Rahma, ce n’est pas de la Ména que FR2 se fout, c’est de ses téléspectateurs, de sa charte éthique, des institutions et de la justice française

M

 

Depuis hier, Israël est secouée par la remise du rapport final de l’enquête réalisée par le Département d’investigation de la police (MAkhlakat KHAkirat HASHotrim) du ministère de la Justice au sujet du comportement des policiers lors des émeutes d’Arabes israéliens, au tout début d’octobre 2000.

 

Ce qui peut étonner, c’est que les conclusions du Makhash vont à l’opposé des recommandations de la commission juridique ad hoc Or, rendues publiques il y a maintenant deux ans. Alors que l’avis de la Commission Or préconisait notamment la mise à pied de certains officiers supérieurs de la police – ce que la police s’empressa de réaliser, sans même attendre la fin de l’enquête –, Makhash décide qu’il n’y a lieu de poursuivre aucun agent de l’ordre.

 

La police des polices israélienne justifie sa décision par le fait qu’il n’existe aucune preuve permettant la mise en cause sur des bases juridiques de tel ou tel policier. Elle ajoute s’être heurtée, lors de son enquête, à un refus de collaboration de la part des familles des treize victimes qui, dans la plupart des cas, se sont opposées à l’exhumation de leurs proches aux fins de l’enquête balistique, essentielle pour établir les responsabilités.

 

Comme vous pouvez l’imaginer, l’émotion est vive dans le Migzar, la communauté arabe-israélienne, qui envisage de recourir contre la décision auprès de la Haute cour de justice, et si cette démarche s’avérait insuffisante, d’ester auprès des institutions internationales de justice.

 

Au-delà des aspects de l’affaire liés à la question directrice de savoir si les éléments à disposition pouvaient permettre d’obtenir des condamnations de policiers devant la justice – question à laquelle Makhash répond par la négative – et ceux attenants à la portée de l’attitude des familles, durant l’enquête, sur la possibilité de réunir ces charges, il est deux interrogations décisives que nous allons considérer.

 

L’exemple de Teradion

 

La première tient à la nature des heurts lors des événements concernés, et, plus précisément, au degré de dangerosité que faisaient encourir les émeutiers-manifestants tant aux forces de l’ordre présentes sur place, en nombre insuffisant, qu’à la sécurité publique. Car il ne fait aucun doute que des agents en uniforme ont tiré sur la foule qui les agressait ; l’un des policiers à avoir perdu son poste des suites des recommandations de la Commission Or, m’a accordé plusieurs heures d’interview à ce propos. Gay Reiff commandait le poste de police de Misgav à l’époque des événements. Le premier octobre 2000, il avait à sa disposition 15 agents du poste et en recevra une vingtaine d’autres, plus tard, en renfort, envoyés depuis les autres commissariats de la région suite à ses appels répétés par les canaux hiérarchiques. C’étaient tous de simples flics et pas des hommes des forces spéciales ou de la Police des frontières, selon la décision incompréhensible de ses supérieurs.

 

Avec ses quinze agents, avant l’arrivée des maigres renforts, Reiff installa un barrage sur la route principale, à l’entrée de la ville de Sakhnin, rendue célèbre par son équipe de football, la première formation arabe à disputer une coupe européenne. Devant le barrage s’agitait une foule de plusieurs milliers de personnes ; à la droite de la petite escouade, l’une des entrées de Raphaël, la RAshout mimshaltit le PitouAkh Emtzaé Lekhima, un des emplacements les plus sensibles du Moyen-Orient, où l’Etat hébreu développe  ses armes de haute technologie. Sur la gauche, la zone industrielle de Teradion et ses nombreuses usines.

 

La foule ne s’est pas approchée de l’institution militaire. Heureusement, on risquait l’hécatombe ! Par contre, Reiff distingue un groupe de 70 à 80 casseurs qui se sont frayé un chemin dans la Z.I. et qui détruisent tout sur leur chemin. L’officier de police s’y rue. Il a distingué que les fauteurs de troubles s’approchaient de l’immense réservoir d’hydrogène de l’usine Petros et que, dans leur rage destructive, ils menacent d’y mettre le feu. On risque la catastrophe. Reiff entreprend de défendre le réservoir. Il fait face, avec un seul collègue, aux intrus. Ceux-ci leur lancent tout ce qui passe à portée de leurs mains, y compris des cocktails Molotov et d’imposants blocs de pierre. Le commissaire affirme avoir entendu des coups de feu, ce que les enquêtes successives ne parviendront jamais à établir. En tout état de cause, Reiff est blessé au visage durant l’altercation et il saigne, lorsqu’un individu s’approche du réservoir, se postant devant le flic avec dans sa main un objet que ce dernier ne parvient pas à identifier. Reiff tente tout ce qu’il peut pour le dissuader d’agir. Le somme, avec toutes les précautions d’usage. Mais l’autre continue d’avancer ; alors le policier le vise de son arme de poing, aux jambes, bien évidemment, et il fait feu. L’individu s’écroule mais il s’avérera impossible d’établir la gravité de ses blessures, ni s’il s’en est tiré, car ses camarades, par crainte qu’il ne soit arrêté, l’enlèvent rapidement, quittant au pas de course la zone industrielle.         

 

Ce qui sera reproché à Reiff par la Commission Or ? D’être intervenu avec des effectifs inappropriés relativement à la taille de l’évènement. La Commission Or se gardera cependant d’établir ce qui serait advenu si les agents étaient restés dans leur commissariat de Misgav, à cinq kilomètres de là, laissant Raphaël, les usines de Teradion et leur personnel sans défense contre les humeurs de la foule. Les juges se rendent parfois la vie facile !

 

La faute à qui ?

 

Reiff sera exclu de la police avec effet immédiat, même mis aux arrêts durant un court intervalle. Il aurait aussi bien pu recevoir la médaille du mérite pour comportement héroïque, mais il fallait rapidement jeter des suspects aux lions pour apaiser la colère du peuple et surtout, pour noyer la responsabilité des huiles de la police israélienne. Car on tient là assurément l’un des coupables de la tragédie : l’état-major de la police. Il a dramatiquement sous-évalué les retombées du film de France 2 sur la population arabe-israélienne ; il a mis un temps beaucoup trop long à réagir aux désordres et il a envoyé les mauvais renforts, et en trop petit nombre. S’il s’était trouvé cinq cents gardes-frontières, dotés simplement de matraques, de boucliers et de grenades lacrymogènes pour faire face à la foule à chaque point de friction, personne ne serait tombé lors des événements d’octobre 2000. Mais à 15 contre 2000, les forces de l’ordre perdent tout effet dissuasif et le déséquilibre numérique invite aux débordements. Il fallait aux grands chefs sacrifier un petit chef pour sauvegarder leurs arrière-trains et le sort a choisi Gay Reiff, qui ne méritait certainement pas de porter ce chapeau.

 

Manifestations ou émeutes, au niveau du terrain, et donc de la responsabilité des officiers présents sur les lieux des affrontements, tout dépend de cette distinction. Si c’étaient des émeutes, à Um-El-Fakhem, où on releva un mort et sept blessés parmi des citoyens israéliens, on doit objectivement justifier l’ordre que donna à ses tireurs d’élite l’officier supérieur de police Alik Ron – en charge de toute la région Nord – d’ouvrir le feu. S’il s’est agi de manifestations, même violentes, cet ordre fut criminel. Disons que c’étaient des manifestations extrêmement violentes, qui, çà et là, ont tourné à l’émeute et qu’a posteriori, connaissant ce que nous connaissons désormais, il est plus que téméraire de nous ériger en juges.

 

La faute aux Arabes de Galilée alors ? On pourrait le penser mais ce faisant aussi, on oublierait l’essentiel. Et l’essentiel en la matière consiste à mentionner que la minorité arabe-israélienne de Galilée, notamment à Nazareth, où on compta le nombre le plus élevé de victimes, et puis à Arabeh, à Sakhnin et partout ailleurs, constitue une population disciplinée, laborieuse et réfléchie qui ne cause aucun problème sécuritaire particulier. Ni avant ces jours de folie, ni depuis. Il n’est, pour s’en persuader, que de relever qu’à Sakhnin, une agglomération forte de 20'000 âmes, il n’y avait pas de poste de police avant les événements d’octobre 2000 et il n’en a pas été ouvert un à leur suite. Kiriat-Shmona, par contraste, ville juive de la même importance, nécessite la présence permanente de dizaines de gendarmes. Qui plus est, si l’on prend l’exemple des heurts qui se sont produits à Teradion, la moitié du contingent de policiers de Gay Reiff faisait partie de cette même minorité arabe, et ils durent affronter des fauteurs de troubles appartenant à leurs propres villages, souvent, à leur propre famille.

 

Il s’est donc passé un évènement terriblement fort et inhabituel pour jeter sur le pavé des milliers de personnes d’ordinaire absolument paisibles.

 

La faute à pas de chance, la faute au fatum et à la nature humaine ? La faute à personne ? Telle est notre seconde interrogation. Répondre de la sorte équivaudrait à faire omission de la cause majeure ayant occasionné les affrontements, telle qu’elle est établie par la Commission Or à l’article 172 de ses recommandations (de façon partielle, pour consulter l’analyse spécifique, se référer à l’article "Le reportage de FR2 sur A Dura à la base des émeutes d’octobre 2000 (info # 011609/3)" [lire] :

 

"La mort de Mohamed Al-Dura, telle qu’elle est reflétée par les images de la télévision (FR2 Ndlr.) a eu une influence marquante sur l’état d’esprit de la rue arabe, en ce jour (le 30 septembre Ndlr) et en son lendemain. Ce fait a été mis en exergue par de nombreux leaders de la minorité arabe ayant comparu devant la commission. L’opinion partagée par la plupart d’entre eux fut que les images de Mohamed Al-Dura, qui furent diffusées par les médias, constituèrent l’un des éléments qui conduisirent des gens du secteur arabe à descendre dans la rue le 1.10.00 (et pour certains à y mourir ! Ndlr.) De même, des sources policières et d’autres sources de sécurité considérèrent que la présentation des images a pesé d’un poids conséquent, en tant que facteur de l’éclatement des événements".

 

La faute à personne ?

 

Au lendemain de la publication des conclusions de la police des polices, il importe de marquer, plus clairement que jamais, la différence entre les causes de terrain, je parle du comportement de la foule et de la police lors des affrontements, et LA cause émotionnelle ayant déclenché la dynamique d’affrontement. Les causes de terrain, à ne pas s’y tromper, et le débat qu’elles suggèrent, n’étant que l’effet de la cause émotionnelle.

 

Le Responsable des Evènements d’octobre existe donc. Celui qui diffusa les images d’une mise en scène "qui constituèrent l’un des éléments qui conduisirent des gens du secteur arabe à descendre dans la rue le 1.10.00", a un nom, il s’appelle France Télévisions.

 

Il faut toute l’artificielle insouciance d’un Patrick Saint-Paul pour continuer à mentionner, le 14 courant, soit à quelques jours du cinquième anniversaire de la plus grande imposture médiatique de tous les temps, "le jour de la mort du petit Mohammed Al Doura, mort sous les balles israéliennes". Et tout le collaborationnisme des journaux à emballer les poissons, comme le Figaro, pour prolonger le mensonge homicide, comme s’il n’avait pas encore fait assez de mal.

 

Difficile de s’émouvoir outre mesure de la servilité des media français, engoncés jusqu’au cou dans leur pensée unique, lorsqu’on vient de finir la lecture de l’enquête du génocide tutsi que nous a proposée Serge Farnel. C’est une spécialité des élites parisiennes que de rester vautrées dans les mystifications de leurs régimes. Mais après avoir entendu, il y a deux ans, sur RFI, leur actuel premier ministre et futur candidat à l’investiture suprême, évoquer le "double génocide" du Rwanda, en dépit des dizaines de preuves disponibles établissant qu’un tel évènement ne s’est jamais produit, lorsqu’on constate le suivisme de nos collègues hexagonaux, incapables d’alerter leur opinion, bouffant unanimement au râtelier de "l’opinion officielle", on ne peut plus s’étonner des délires des Patrick Saint Paul et de leurs éditeurs.

 

Chaque fois qu’un présentateur du J.T annonce un reportage de Charles Enderlin et Talal Abou-Rahma, ce n’est pas de la Ména que FR2 se fout, c’est de ses téléspectateurs, de sa charte éthique, des institutions et de la justice française.

 

Et que Jeambar et Leconte cessent donc de parler d’une enquête qu’ils n’ont jamais menée, ou alors qu’ils la produisent ! L’enquête dont ils parlent leur a été rapportée in extenso par le véritable journaliste Luc Rosenzweig, c’est celle de la Ména et celle de Nahum Shahaf. Quant à leur affirmation selon laquelle ce seraient les Palestiniens qui ont tué l’enfant ou celle selon laquelle, au milieu d’un flot d’images qu’ils affirment avoir été fabriquées, pour une raison qu’ils ne partagent avec personne, ils déclarent que celles de la mort de Mohamed sont authentiques, elles leur font mériter la pire des critiques que l’on peut attribuer à des journalistes de leur renommée : amateurs !

 

Il existe une monoculture médiatique française et elle est de plus en plus montrée du doigt. J’en veux à Jeambar et Leconte de se plier à ses lois et de manquer du courage de crier la vérité que nous leur avons apprise.

 

Mais cette France-là, celle du double génocide rwandais et de l’imposture A Dura, s’époumone, elle s’isole et se perd dans ses vérités parallèles. La recommandation de la Commission Or sur le rôle de la télévision de l’Etat français dans les misères de l’Orient a valeur juridique. Les dizaines de preuves que nous avons produites aussi, que la monoculture chiraco-gaullienne dissimule à la connaissance des Français.

 

Car c’est un mal que la France traîne depuis qu’un certain général eut, d’un coup de baguette magique, transformé une nation vaincue en nation victorieuse et que depuis, tout en maltraitant les habitants du monde, en maintenant des colonies sous toutes les latitudes et une légion étrangère, elle se permet de juger les nations honnêtes.

 

A part une poignée d’initiés et d’intéressés, le public français ignore tout du génocide d’un million d’Africains, perpétré avec la collaboration active de son gouvernement, tout autant qu’elle ignore que sa télévision est responsable de la mort de citoyens israéliens. Les hommes du régime s’imaginent pouvoir vivre indéfiniment à l’intérieur de leurs systèmes, pour autant que ceux-ci soient bien cloisonnés. Leur ministre des Affaires Etrangères a illustré, la semaine dernière à Jérusalem, la nature de l’exception française, lorsqu’il a demandé à ses hôtes pourquoi la communauté juive de Grande Bretagne n’avait pas été exterminée par les Nazis.

 

Pour établir la responsabilité pénale de France 2 lors des affrontements d’octobre 2000, ce n’est pas à leur ministre de la culture que la Ména s’adressera ; pour établir la culpabilité de la France – Abou Rahma, Enderlin, FR2, France Télévisions, le CSA, le Conseil d’Etat – qui laisse entretenir l’imposture A Dura, au Tribunal des Droits de l’Homme, ce n’est pas son garde des sceaux que Farnel et Maître Haddad ont saisi.  

 

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