, depuis les lieux d’exil à l’étranger dans lesquels il campe, de récupérer les Brigades des Martyrs d’El-Aqsa...
Les forces de sécurité de l’Autorité
palestinienne ont commencé à réagir énergiquement,
dans la bande de Gaza mais également en Cisjordanie, face aux tentatives
de déstabilisation des opposants à Mahmoud Abbas. A plusieurs
reprises, on a vu des membres de la "Sécurité
préventive" intervenir face aux fauteurs de troubles. La "Sécurité
préventive" constitue l’unité d’élite de l’Autorité ;
elle reste largement subordonnée aux ordres de son ancien chef, Mohammed
Dahlan, même si ce dernier n’en assure plus le commandement depuis de
nombreux mois, étant, officiellement à tout le moins,
cantonné à ses prérogatives de ministre de la
Sécurité Intérieure. Jusqu’à maintenant, cette
unité, forte de 1'500 hommes, entraînée et correctement
dotée en moyens par l’intermédiaire de la CIA, était
demeurée en retrait et ne participait que rarement aux opérations
militaires. Au plus fort de l’Intifada, son quartier général
avait été volontairement épargné par l’armée
israélienne. En retour, les hommes de Dahlan avaient chassé de
leurs murs les terroristes de diverses organisations qui avaient tenté
de trouver refuge dans le périmètre de leurs bases.
Ce qui a occasionné la sortie de sa réserve
de la "Sécurité Préventive" résulte de la
dangereuse tentative de Farouk Kaddoumi d’implanter une nouvelle milice
à sa solde dans plusieurs secteurs de la bande de Gaza. En fait, nous
assistons ni plus ni moins à une démarche de la part de Kaddoumi,
depuis les lieux d’exil à l’étranger dans lesquels il campe, de
récupérer les Brigades des Martyrs d’El-Aqsa, brièvement
rebaptisées "Brigades Yasser Arafat" à la mort de l’ancien
raïs. Cette organisation terroriste, créée par Arafat, fait
encore structurellement partie du Fatah, même si, dans les faits, ce qu’il
en reste est désormais en rébellion presque ouverte contre l’Autorité
Palestinienne. Plus précisément encore, ceux de ses
éléments que l’Autorité a jugé "récupérables"
ont été intégrés aux forces
régulières, alors que les autres ont été
privés de tout support et sommés de cesser leurs
activités.
Le recyclage de ces éléments est rendu
particulièrement délicat depuis que l’organisation a
été privée de sa liberté d’action et contrainte de
respecter les accords de cessez-le-feu passés par Mahmoud Abbas avec le
premier ministre israélien.
Farouk Kaddoumi, qui reste le Secrétaire
général du comité central du Fatah ainsi que du
département politique de l’OLP, avait déjà
revendiqué depuis Paris la tête des institutions palestiniennes
à la mort d’Abou Ammar. Il s’agit d’un personnage ambitieux, qui s’était
d’ailleurs souvent opposé à Arafat de son vivant et notamment
concernant le processus d’Oslo. Kaddoumi, qui rejette fermement toute solution
pacifique avec l’Etat hébreu, brigue la place de président de l’Autorité
à laquelle a été élu Mahmoud Abbas. Dans cette
optique, cet opposant de l’intérieur avait établi des bureaux
imposants dans le camp de réfugiés de Khan Yunis dans la bande de
Gaza et avait placé à leur tête l’un des chefs terroristes
des Martyrs, activement recherché par les Israéliens pour
sa participation à plusieurs assassinats-collectifs, répondant au
nom de Souleiman El-Fara. Jugeant que cette initiative menaçait le
pouvoir légitime ainsi que le déroulement pacifique du
désengagement israélien, Abbas a ordonné dimanche dernier
l’arrestation d’El-Fara et la destruction des bâtiments de la milice en
formation de Farouk Kaddoumi. Ce sont les hommes de la Sécurité
Préventive qui se sont chargés de ces missions, incendiant les
locaux en question.
En réaction à ces opérations, une
trentaine d’éléments armés issus des Martyrs se
sont d’abord emparés d’immeubles servant aux services municipaux
à Khan Yunis. Ils ont ensuite menacé l’Autorité de "perpétrer
des actions allant au-delà de l’imagination" au cas où Fara
ne serait pas relâché.
Devant la détermination des autorités, les mêmes
éléments ont tenté de kidnapper des coopérants
étrangers en poste à Gaza. L’une de ces tentatives fut
couronnée de succès lorsque les miliciens de Kaddoumi parvinrent
à intercepter une jeep de l’ONU (UNWRA) circulant munie de son drapeau
bleu distinctif. Les assaillants s’emparèrent de deux coopérants,
la Britannique Christine Blunt et le ressortissant helvétique Steven
Karl, ainsi que d’un assistant palestinien. Dans les minutes qui suivirent l’enlèvement,
des membres de la Sécurité Préventive,
déployés à Khan Yunis, ouvrirent un feu nourri contre les
kidnappeurs et parvinrent à rendre leur liberté aux otages terrorisés.
Dans l’affrontement, l’un des auteurs du rapt ainsi que deux passants ont
été blessés.
Le commandant de la Sécurité
Préventive de la région de Khan Yunis a présenté "les
excuses du peuple palestinien aux deux amis internationaux". Depuis cet
incident, et devant le désordre croissant qui s’instaure dans la bande
de Gaza, les organisations d’aide internationale ont décidé de
limiter leur travail dans cette région au strict minimum. Le
Comité International de la Croix Rouge, pour sa part, a fermé sine
die ses bureaux de Khan Yunis et a confiné ses employés dans
des bureaux sécurisés. Les représentants du CICR ont par
ailleurs rencontré M. Abbas lui demandant d’entreprendre une action plus
résolue afin de mettre un terme aux tentatives d’enlèvements.
Parallèlement à ces incidents, les actions
offensives des forces de l’AP semblent se multiplier et la coopération
avec les forces israéliennes a tendance à s’étendre. Lundi
soir, trois individus, suspectés d’avoir participé au mitraillage
d’Israéliens dans la région de Ramallah dimanche ont
été appréhendés dans le village de Jalazoun et
emmenés pour interrogatoire dans la ville autogérée de Jéricho.
Lors de cette agression, revendiquée à nouveau par les Brigades
des Martyrs d’El-Aqsa, un jeune israélien de 10 ans avait
été sérieusement blessé. Mardi à l’aube, un
suspect supplémentaire de la même agression s’est rendu aux
autorités de Ramallah. Les officiers de liaison palestiniens ont
communiqué à leurs correspondants israéliens les
détails de ces arrestations ainsi que l’identité des personnes interpellées.
Il est significatif d’observer que les initiatives des
alliés de Kaddoumi se produisent à un moment où les
organisations terroristes islamiques, sous la pression croisée de
Mahmoud Abbas, des Egyptiens et des actions de l’armée
israélienne, ont notablement réduit leurs tirs de Qassam et de
mortiers en direction de Sderot et des implantations juives de la bande de
Gaza. Il ressort que les opposants à l’intérieur du Fatah
désirent attiser les désordres à la veille du retrait de
Tsahal. L’explication qui s’impose indique que Farouk Kaddoumi entend faire la
démonstration qu’il possède les moyens d’intervenir de
façon armée sur le terrain, essayant ainsi de voler la vedette
à ceux qui veulent faire croire que les Israéliens plient bagages
en réponse à la pression militaire qu’ils
exerçaient.
Pour l’instant et malgré les tumultes
résiduels, il apparaît que la tentative du dissident en exil a
été efficacement contrée. Dans la même dynamique qui
s’installe, le recours aux forces d’élite de Mahmoud Abbas va augmentant,
dans une démonstration de détermination de la part du pouvoir
palestinien. Il est vrai que l’alternative consiste à perdre
définitivement pied à Gaza ; ce d’autant plus qu’à la
fin du mois, après le départ de l’armée des
Hébreux, celle d’Abbas sera seule pour faire admettre à des
milliers de terroristes armés qu’elle est capable d’imposer la
volonté de notre gouvernement démocratiquement élu.