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Un menteur
Un proverbe allemand affirme que "le mensonge a de courtes pattes". A l'époque où s'élaborait la sagesse populaire germanique, on ne connaissait ni les méthodes modernes d'entraînement, ni les produits dopants qui permettent, même à des nains, de devenir des marathoniens convenables.
Dans l'affaire Al Dura, le mensonge du trio Charles Enderlin-Talal Abou Rahma -France 2, consistant à affirmer que le jeune Mohammed Al Dura est mort sous les balles israéliennes le 30 septembre 2000 au carrefour de Netzarim, et que son père, Jamal Al Dura, a été grièvement blessé lors de cet incident, est en train de s'écrouler. Mais il aura tenu plus de quatre ans, cimenté par d'autres mensonges annexes destinés à écarter les légitimes interrogations suscitées par cette affaire.
Avant d'opérer une analyse de la nature et de la fonction de ces mensonges, il convient d'en établir une liste, qui ne comportera que les mensonges avérés du trio, ceux que l'on peut aisément retrouver en se plongeant dans l'abondante documentation écrite et filmée existant sur la controverse de Netzarim. Charles Enderlin, polyglotte, y montre une impressionnante capacité à mentir dans toutes les langues.
Il commence, dès le lendemain de la diffusion du reportage sur France 2 et de sa reprise par les télévisions du monde entier, par mentir en français, à l'hebdomadaire Télérama, qui publiera le 25 octobre un entretien, où il affirme : "j'ai coupé les images de l'agonie de l'enfant, c'était trop insupportable". Ces images n'existent pas, comme j'ai pu le constater en visionnant le 22 octobre 2004 les rushes fournis par Enderlin à la direction de la chaîne. Se pourrait-il que ces images existent et restent cachées ? C'est peu vraisemblable, car dans ce cas, Charles Enderlin et France 2 n'auraient pas manqué de les montrer pour faire taire ceux qui, depuis deux ans, signalent cette anomalie. Ce mensonge fut réitéré en anglais, en mai 2003 dans un droit de réponse adressé au mensuel américain Atlantic monthly, qui avait publié un article de James Fallows mettant en doute la version de l'incident donnée par France 2 : "I cut a few seconds of the agony of the child" écrit-il, qui étaient "too unbearable". En 2002, Charles Enderlin ment en hébreu lors d'un débat à la télévision israélienne, où il affirme : " Je n'ai jamais dit que c'étaient les Israéliens qui avaient tué l'enfant".
Auparavant, son caméraman Talal Abou Rahma avait menti en arabe sous serment le 3 octobre 2000 en déclarant, entre autre faussetés, devant Me Raji Surani, président du Centre Palestinien des Droits de l'Homme de Gaza (PCHR), avoir filmé 27 des 45 minutes qu'avait duré la fusillade.
Lorsqu'il est apparu, en octobre 2004, que ces 27 minutes n'existaient pas, Charles Enderlin tente de sauver la mise en mentant, en français, à Télérama encore, en transformant cette déclaration sous serment en une interview prétendument manipulée par " une ONG même pas reconnue par l'ONU".
Charles Enderlin savait parfaitement, au moment où il déclarait cela, que le PCHR et son président sont parfaitement reconnus par l'ONU et la Fédération Internationale des Droits de l'homme. Il a vainement tenté de faire publier un rectificatif sur ce point par Télérama, qui ne l'a pas fait, à juste titre, car le journaliste de l'hebdomadaire n'avait commis aucune faute en reproduisant exactement les propos d'Enderlin.
Charles Enderlin a encore menti, en français, à son amie Elisabeth Schemla, en lui faisant une description de la topographie des lieux de l'affrontement, qui l'amenait à conclure que seuls les Israéliens étaient en mesure de pouvoir atteindre Mohammed et Jamal depuis leur position. Elisabeth Schemla a même eu droit à une double ration de mensonges, sur les lieux même du drame, où la baladèrent, au sens propre comme au figuré, Talal Abou Rahma et "le commandant Oussama", chef de la position de la gendarmerie palestinienne au carrefour de Netzarim. Elisabeth Schemla répercuta ces mensonges dans son livre " Ton rêve est mon cauchemar", paru en 2003. On avait simplement "oublié" de lui signaler la position palestinienne dite "Pita" située juste en face du baril derrière lequel s'étaient réfugiés l'homme et l'enfant.
Le 5 décembre 2003, Charles Enderlin ment, en anglais et en dessin, au professeur américain Richard Landes venu le voir à propos de cette affaire dans son bureau de Jérusalem. Il lui trace un schéma qui déplace la position israélienne de l'autre côté du carrefour, rendant ainsi plausible l'hypothèse d'un angle de tir ouvert sur les "victimes".
Charles Enderlin pratique encore le mensonge à usage d'intimidation en me mettant en garde, lors de la visite que je lui ai rendue à Jérusalem, le 1er juillet 2004. Il m'affirma, l'air menaçant, avoir porté plainte, et, plus tard, fait condamner ceux qui l'accusaient de manipulation dans cette affaire, et que je devais m' attendre à subir les foudres de la justice si je m'associais à ses détracteurs. En fait, la seule plainte déposée à cette date, qui aboutit à une condamnation en septembre 2004, visait une personne qui avait formulé des menaces de mort à son encontre, et non ceux qui, déjà nombreux, contestaient sa version des faits.
D'autres propos de Charles Enderlin, de Talal Abou Rahma et de responsables de France 2, qui nous ont été rapportés, comportent de graves entorses à la vérité, mais nous n'en ferons pas état, ne disposant pas de preuves directes de leur existence.
Du mensonge patriotique au mensonge protecteur
Avant de nous livrer à l'analyse du mensonge enderlinien, penchons-nous quelques instants sur ceux, avérés, du cameraman Talal Abou Rahma, expliquant le grand mensonge que l'on subodore : la mise en scène pure et simple de l'incident. Ils ont tous comme objectif de " charger" les Israéliens. Outre la déclaration sous serment citée plus haut, où il affirme que "les tirs mortels ne pouvaient venir que de la position israélienne", Talal Abou Rahma a prétendu, devant la caméra de la journaliste allemande Esther Shapira qu'il "n'avait pas livré tous ses secrets dans l'affaire", laissant entendre qu'il conservait, par devers lui, d'autres éléments prouvant la culpabilité de Tsahal. Depuis ces déclarations, la direction de France 2 a interdit formellement à Talal Abou Rahma de s'exprimer sur l'affaire, et n'a pas accédé à la demande formulée par moi-même, Denis Jeambar et Daniel Leconte de le rencontrer alors qu'il se trouvait à Paris.
Talal Abou Rahma fait partie de ces quelques dizaines de journalistes, photographes et cameramen palestiniens qui travaillent à Gaza pour les médias internationaux. Depuis une dizaine d'années, il collabore régulièrement avec CNN et France 2. Le système d'informations en provenance de Gaza est verrouillé par ces collaborateurs palestiniens des grands médias, sans lesquels il n'est pas possible de travailler sur le terrain. Leur allégeance à l'Autorité palestinienne est pour eux une condition de survie physique et matérielle, et nombre d'entre eux, dont Talal Abou Rahma, se considèrent de surcroît comme des militants de la cause nationale palestinienne. Avant les accords d'Oslo, il existait dans les Territoires un " Bureau d'information palestinien" animé, entre autres, par Raymonda Tawill, qui allait devenir la belle-mère de Yasser Arafat. Ce bureau alimentait en informations les journalistes étrangers venus dans les Territoires, leur fournissait de la documentation et organisait des interviews avec les responsables. L'administration militaire israélienne, irritée par la propagande diffusée par ce bureau, le ferma après le déclenchement de la première Intifada, en 1988. Aujourd'hui, les responsables israéliens estiment que ce fut une erreur. En effet, l'OLP donna alors la consigne à ses membres et sympathisants des Territoires ayant les capacités requises, d'offrir leurs services d'interprètes, de cameramen, de "fixeurs" aux médias étrangers couvrant le conflit. Ces derniers accueillirent à bras ouverts des collaborateurs compétents, qui leur facilitaient l’accès aux responsables palestiniens et, surtout, leur coûtaient beaucoup moins cher que leurs homologues israéliens.
Dans le cas de la controverse de Netzarim, il est évident, lorsque l'on voit les rushes, qu'il y a une tentative concertée des photographes et cameramen, tous palestiniens, présents sur le terrain, de fabriquer des images-choc, de fausses blessures, de faux transports en ambulance, un fait que même la direction de France 2 reconnaît. On pratique, au carrefour de Netzarim, un petit théâtre, où l'on voit, par exemple des miliciens palestiniens tirer des rafales de Kalachnikov prétendument sur le poste israélien, mais vu sous un autre angle, les mêmes images montrent le tireur, bien à l'abri, lançant ses rafales en direction d’un immeuble vide.
Vu avec le recul, on s'aperçoit que le "moment politique" exigeait, du coté d'Arafat, que l'on relance des manifestations insurrectionnelles qui allaient devenir l'Intifada El Aqsa. Les manifestations violentes en Cisjordanie et à Gaza du 29 septembre 2000, qui avaient fait plusieurs dizaines de morts parmi les Palestiniens, avaient été déclenchées par la visite "musclée", la veille, d'Ariel Sharon sur le Mont du Temple-Esplanade des Mosquées. Sharon n'étant, à l'époque, ni membre du gouvernement, ni même chef de l'opposition, il était difficile de mobiliser la population palestinienne sur ce seul thème. Il fallait donc alimenter la colère populaire par des images dont la violence galvaniserait les militants et montrerait Israël comme monstrueux aux yeux du monde entier. Talal Abou Rahma fut donc le plus habile et le plus chanceux professionnellement dans la construction de l'un de ces "mensonges patriotiques" dont les Palestiniens sont coutumiers. "Tous leurs efforts" résume Ra'anan Gissin, porte-parole d'Ariel Sharon " tendent à transformer un champ de bataille en scène du crime". Le film montrant les cicatrices de Jamal, tourné en octobre 2004 par Talal Abou Rahma, est la continuation de ce "mensonge patriotique" où l'on fait passer des blessures d'il y a 16 ans pour celles prétendument reçues au carrefour de Netzarim. Signalons, à ce sujet, que la direction de France 2 a refusé ma suggestion de faire examiner Jamal Al Dura par un médecin légiste indépendant (mise en évidence par la rédaction).
Pour revenir aux mensonges d'Enderlin, il est utile de définir le statut par rapport à la vérité du commentaire qu'il prononce, au journal de 20 heures de France 2 le 30 septembre 2000, donc de le reproduire dans son intégralité : "1l est 15h, tout vient de basculer près de l'implantation de Netzarim, dans la bande de Gaza. Les Palestiniens ont tiré à balles réelles, les Israéliens ripostent. Ambulances, journalistes et simples passants sont pris entre deux feux... Ici Jamal et son fils Mohammed sont la cible de tirs venus de la position israélienne. Mohammed a douze ans, son père tente de le protéger. Il fait des signes, mais... une nouvelle rafale, Mohammed est mort et son père gravement blessé." Charles Enderlin n'était pas sur place et écrit cela sur les seules indications de son cameraman, en lequel il dit avoir toute confiance. Il n'obtient pas de confirmation de cet incident du côté israélien, où le porte-parole de Tsahal de service ce jour-là, Yarden Vatikaï, lui répond qu'il va faire une enquête dont il le tiendra informé. Enderlin accuse donc Tsahal de ce crime, car c'en est un aux yeux des lois de la guerre, sans même citer la non-réponse à ses questions des responsables de l'armée israélienne. Aujourd'hui, il prétend, dans une tribune du Figaro du 27 janvier 2005, que "l'image correspondait à la réalité de la situation, non seulement à Gaza, mais en Cisjordanie". Faute de témoin, donc, on tiendra pour vrai un fait parce qu'il vous paraît vraisemblable. La réalité de la situation, c'était aussi que la direction palestinienne cherchait à tout prix à donner de la répression israélienne des manifestations, l'image la plus noire possible, par tous les moyens. D'un point de vue déontologique, l'attitude d'Enderlin est, pour le moins, sujette à débat : peut-on porter une accusation aussi grave sur la foi d'une seule source, quelle qu'elle soit ?
Au moment où il accuse Tsahal, Enderlin n'a aucun élément qui l'autorise, professionnellement, à le faire. Cette entorse aux règles de l'art aurait pu être, à la rigueur, pardonnée si les événements ultérieurs avaient confirmé de manière irréfutable cette version des faits. Or, c'est le contraire qui s'est produit : les enquêtes de Nahum Shahaf, celles de la Mena, d'Esther Shapira, de James Fallows, de Richard Landes, la mienne, réalisées indépendamment par des personnes ne se connaissant pas avant d'avoir mis le nez dans cette affaire, convergent sur un point : la version d'Enderlin ne tient pas. Cette conviction est également celle, aujourd'hui, d'Arlette Chabot et de Didier Epelbaum, hauts dirigeants de France 2, qui ont déclaré récemment : "on ne connaîtra sans doute jamais la vérité de cette affaire", en faisant allusion au débat sur l'origine des tirs mortels, palestiniens ou israéliens. On notera, à ce propos, la curieuse conception de France 2 du droit à la vérité dû aux téléspectateurs de la chaîne publique : ces derniers n'ont même pas été informés de l'évolution de la pensée des hautes sphères de France 2 sur ces images et leurs commentaires par Enderlin. Doit-on leur rappeler ce qu'affirmait Marc Tessier dans un entretien au "Monde", le 25 janvier de cette année : "Il faut reconnaître ses erreurs et le faire savoir à l'antenne" ? L'honneur des soldats de Tsahal n'a pas moins de prix que celui de M. Dominique Baudis, président du CSA, dont M. Tessier se fait ici le défenseur après les dérapages de France 2 dans l'affaire Alègre.
Les Allemands - encore eux - ont deux verbes pour désigner l'action de mentir : "schwindeln" et "lügen". Le premier s'applique, par exemple au pêcheur marseillais qui décrit ses prises du jour à ses copains de bistrot, où au jeune ambitieux qui "arrange" son CV pour décrocher un emploi. Le second désigne une distorsion ou une dissimulation grave et volontaire de la vérité dans l'objectif d'en tirer des bénéfices ou de nuire à autrui. Je laisse à chacun le soin de qualifier la nature des mensonges du trio Enderlin-Talal Abou Rahma -France2.